LIVRE CINQUIÈME
Elle arrive; soudain toute clameur s'apaise.
Et la débarrassant du fardeau qui lui pèse,
Quelque joyeux garçon qui n'est pas encore las,
Sur le sol inégal l'aide à ranger les plats.
Lodeur du lard aux choux ragaillardit la troupe.
Dans l'écuelle à fleur rouge on voit fumer la soupe;
Appétissante et ferme, en son vase écumeux.
Une peau de safran couvre le riz crémeux ;
Et plus tard, quand viendra le dessert, quel dommage,
Si l'appétit manquait devant ce beau fromage.
Vain souci ! Ce n'est pas l'appétit, bien s'en faut,
Qui parmi ces gaillards pourrait faire défaut.
Dîners de moissonneurs, ce sont franches lippées;
Mais quels beaux coups de dents ! quelles riches lampées !
Parlez-nous des moissons pour développer l'art
De humer d'un seul trait une tranche de lard;
Pour former un maître-homme à vider d'une haleine,
De cidre ou de vin gris une écuelle bien pleine !
Et, braves gens! tant mieux! le dîner ne doit rien;
Vous l'avez bien gagné. Buvez et mangez bien!
(î'est au profit de tous que, pour ce rude ouvrage,
Vous buvez à pleins bords la force et le courage.
Quelques bons coups de vin, sur des récits joyeux, Font rire la gaîté franche dans tous les yeux, Mais tout finit. Prenant pour oreiller sa veste, Au long chacun s'étale et va faire la sieste. Dans un sommeil rapide, un bienfaisant repos Sèche aux fronts la sueur et rend les corps dispos ; Et les bras vont s'armer d'une vigueur nouvelle, Pour brandir la faucille ou masser la javelle.
Le maître s'est levé; debout, enfants, debout!
Moitié du champ est faite, il faut aller au bout.
Bras nus et la cravate autour des reins nouée,
Hâtez-vous d'élargir la profonde trouée.
Ayez ce coup rapide où l'art se reconnaît ;
La main sera moins lasse et le travail plus net.
Coupez bas ; c'est ainsi que des granges entières
Regorgeront de paille et de bonnes litières :
(Le fourrage et l'engrais, double et fécond trésor!)
Hâtez-vous ! hâtez-vous ! le beau temps vaut de l'or,