‹ Le poème des champsChapitre 87 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME lo · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME lo

Profltez d"un beau jour quand le ciel vous le donne; Hier nest plus, et demain n'est encore à personne. Pour n'avoir pas compris ces faciles leçons, Combien perdront, combien perdirent leurs moissons!

Des vieux us routiniers si l'empire était moindre,

Si l'on ouvrait les yeux quand le progrès veut poindre,

Si quand s'offrent à tous des procédés meilleurs,

On pratiquait chez soi ce qu'on vit faire ailleurs,

Aux périls renaissants de la saison contraire,

Un maître intelligent saurait bien se soustraire.

Aux machines ! Mon Dieu, par elles que de fois

S'accomplit en six jours l'œuvre de tout un mois !

Et leur succès n'est plus douteux. Les moissonneuses

Bien vite au champ d'épreuve ont suivi les faneuses;

L'essai fut décisif. Et pourtant, désormais,

Manquant à des besoins plus pressants que jamais.

L'ouvrier en fuyant laisse aux moissons désertes,

Pour quelques jours perdus, d'irréparables pertes!

Mais des engins nouveaux, je sais, le coût est lourd,

Et plus d'un, à bon droit, ici veut rester sourd.

Eh bien! vous qu'elTrairait le haut prix des machines,

Proscrivez tout au moins les plus soties routines.

Pourquoi d'un vieux système aimer jusqu'aux défauts

Et ne pas préférer aux faucilles la faux?

De quatre hommes courbés et suant sans relâche,

Un seul faucheur debout dévorera la tâche ;

Les quatre moissonneurs soufflent et sont rendus ;

Le faucheur chante encor sous les rayons ardus.

Donc, pour mener à bien la moisson sans mécompte, Introduisez partout la faux quatre fois prompte, Et vous aurez, du temps sagement ménagers. Supprimé pour moitié l'orage et ses dangers. Moi, j'ai vu trop souvent l'inepte négligence Aux heures du péril méconnaissant l'urgence. Quand de pressants travaux voulaient toute vigueur, Lésiner, marchander et traîner en longueur.

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