‹ Le poème des champsChapitre 89 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Qui, dans tous les travaux d'urgence s'allardant,

Sur sa chère moisson, trop fragile ricliesse,

A laissé le péril s'accumuler sans cesse!...

L'orage! c'est l'orage aux bonds désordonnés,

Et la grêle et la pluie et les vents déchaînés !

Fureurs! mugissements! rébellions! révoltes!

C'est la grêle broyant et hachant les récoltes;

C'est le vent et la pluie écrasant à la fois

La splendeur des coteaux, la splendeur des grands bois !

C'est l'orage ! 11 a pris d'abord un orbe immense,

Puis il a condensé sa force et sa démence ;

11 s'arrête, il s'acharne, il arrache à grand bruit

Le cèdre et le buisson entraînés dans sa nuit ;

11 rebondit, il vole, et son aile mouvante

Chasse pâtre cl troupeau dans la même épouvante,

Et l'inondation, aux rives qu'elle mord.

Prodiguera demain le désastre et la mort.

Ah !irhomme brandissant en tous lieux sa cognée. Osa découronner la montagne indignée?

Il a criblé des coups de sou fer meurtrier, La lorèl frissonuaule et qui semjjlait crier! Sur les sommets boisés, immense réceptacle, Devant les eaux du ciel il rompit tout obstacle; Sur ces versants rugueux visités des hivers, Les chênes, les sapins et les mélèzes verts, Terrifiant le sol de leurs vastes ruines. Ont jonché tour à tour la berge des ravines! Barrages naturels par le temps amassés, Les tertres protecteurs ont été renversés ! La trombe, en sillonnant l'escarpement aride, Creuse à présent au vif sa monstrueuse ride ! Sur les paliers terrus le gazon s'est flétri; Et le torrent se forme où la source a tari. Plus rien d'inattaqué ! plus de cime inconnue Où l'arbre centenaire en divisant la nue, Disperse la tempête et change sa fureur Eu bienfaisante ondée, espoir du laboureur; On cherchera bientôt aux pentes dépouillées, Ces ombrages massifs, ces puissantes feuillées Heureuses d'abriter sous leur épais rideau La suave fraicheur des naissants filets d'eau* -Et lorsque nous disons, nous pionniers des campagnes, Qu'il est bien temps, qu'il faut reboiser nos montagnes.

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