‹ Le poème des champsChapitre 90 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME iG · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME iG

Gazonner les talus, refréner les torrents;

Que le mal est certain, que les périls sont grands,

Que tout presse, que l'heure est peut-être suprême ;

Lorsque, seul clairvoyant, le Souverain lui-même,

Au pays qui s'endort dénonce le danger,

Le pays reste sourd et n'y veut pas songer!

Citadins! citadins! vous l'apprendrez encore :

Fléau déprédateur qui terrasse et dévore,

Oui! l'inondation, effroi de vos cités,

Elle vous vient des monts follement dévastés!

Dans le monde rural, dédaignant toutes choses,

Riez donc de leffet, vous qui riez des causes;

Allez, le flot qui passe emportant les hameaux.

Sait aussi vous atteindre, et nos maux sont vos maux!

Regardez! c'est l'éclair! écoutez! c'est la foudre! Les cieux dans l'ouragan ont semhlé se dissoudre. Tout un jour, tout un soir, toute une longue nuit,

Les écluses d'en haut s'épanchent à grand ])ruit; Dans les rocs ébranlés entrouvrant des abinies, La trombe aux pics lointains a déchiré leurs cimes; Les torrents sont déjà des fleuves, les ruisseaux Gomme des bras de mer roulent de vastes eaux, 0 nuit ! terrible nuit ! combien de cœurs tu navres ! Combien dans les débris rouleront de cadavres, Combien de voyageurs que des vœux superflus Appellent au retour, et qu'on ne verra plus ; Combien, qui sans adieu comme sans sépulture, Aux monstres des flots verts serviront de pâture ! Tandis qu'humble holocauste au fléau triomphant La hutte du vieillard, le berceau de l'enfant. L'unique habit du pauvre et le grain de la veuve. Dispersés commeune algue aucourrouxd'un grand fleuve, Laisseront, loin de nous, tant d'êtres inconnus Orphelins, sans asile, affamés, sans pain, nus !

Oh ! trop souvent notre âge indigne de l'histoire Savoura son opprobe et renia sa gloire.

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