LIVRE CINQUIÈME
L'égoïsme hautain cl la cupidité
Ne voilent même plus leur triste nudité.
l'n souffle impur, prodigue en semences fatales,
Baise le front charmé des grandes capitales;
Nul ne se résignant à son destin normal,
En haine du devoir on adora le mal;
Rigide à la vertu, mais indulgent au vice,
Plus d'un penseur flétrit la loi du sacrifice;
Le culte de Mammon se propage en tout lieu,
Et, l'homme aimant la nuit, l'ombre se fait sur Dieu.
Oui, le vieux paganisme a trouvé son émule ;
Le siècle est à la fois dur et lâche; il cumule.
Oui, la grande impudeur des forfaits sans remords,
Les haines sans courage égratignant les morts.
De fragiles hymens qu'un lendemain dénoue,
De lourds sommeils cuvant l'ivresse dans la boue.
En des raffinements jusqu'à nous inouïs,
Tous les sens dans l'orgueil de l'or épanouis,
Et la brute cachant ce qu'affichent les hommes,
Voilà ce qui s'est vu dans les jours où nous sommes;
Voilà ce qui se voit sous ce grand ciel d'azur,
Où Dieu semble avoir mis le reflet d'un cœur pur;
Voilà ce qui remplit d'une angoisse profonde
Quiconque a su le prix du grand rachat du monde;
Voilà ce qui ferait pour toi, siècle vénal, A Virgile lui-même un cœur de Juvénal !
E]\ bien, même en ce siècle et même en cette France, Des appétits grossiers esclave en apparence, Quand l'or divinisé règne seul désormais. L'honneur a pu pâlir, mais s'éteindre, jamais!
Voyez ! la main de Dieu pour châtier la terre, Des mornes profondeurs qu'habite le mystère, Déchaîne un des fléaux qui dans leur vaste essor Sèment le désespoir, la ruine et la mort. Et rinondation, ce conquérant sauvage, Bondit en écumant de ravage en ravage.
Qu'un long cri de terreur, implorant le secours, Frappe alors vainement les cieux devenus sourds, Et contre une nature ardente et convulsive. Improvisant partout leur noble défensive. L'héroïsme sans gloire et le courage obscur