LIVRE CINQUIÈME
Droit au péril de mort vont marcher d'un pas sûr. Partout au même instant, brûlant des mêmes flammes, De sublimes instincts ont visité les âmes ; Magistrats, citoyens, prêtres, peuples, soldats, Tous se sont disputé les plus nobles mandats; Pour s'élancer au poste où le devoir le somme, Chrétien, Français, chacun s'est senti deux fois homme, Et les grands dévoùments devant un grand danger N'ont réhabiliter la France et la venger.
XVUI
J'ai vu, j'ai vu de près cet émouvant spectacle; Bouillonnant, bondissant et dévorant l'obstacle, Nos ruisseaux familiers, naguère si soumis. Aux plus prochains faubourgs grondent en ennemis. La Borne va debout, comme un mur d'eau qui marche. Le pont, un pont d'hier, assailli d'arche en arche. Résiste encor; voici qu'un bruit soudain, sans nom, Plus grand que l'ouragan, plus sourd que le canon, Comme le cri d'un monde épouvanté qui sombre,
Retentit ; mille échos répondent dans cette ombre :
C'est le gouffre affamé, le gouffre qui reçoit
Dans son lit le géant de pierre, et qui le boit;
Puis plus rien! le flot passe, et, tant notre œuvre est vaine,
Du fier travail de l'homme un débris reste à peine.
Avec la même audace et la même fureur,
Ailleurs le Dolaizon roule plus de terreur.
La foule sur le quai, consternée, éperdue,
Klève en vain au ciel sa voix inentendue;
D'âpres anxiétés à tous mordent le cœur;
Car, au bord opposé que bat le flot vainqueur,
Sont des toits chancelants, où de pâles victimes
Que fascine une mort pleine d'horreurs intimes,
S'attendent, d'un instant à l'autre, à voir monter
La vague au large flanc qui doit les emporter.
Mais, pleins du noble orgueil qui dompte la mort même. Montrant dans cette nuit où sonne un glas suprême C-e que peut demander, pour un dernier espoir,