LIVRE CINQUIÈME
Au l)ras qui sait agir l'âme qui sait vouloir,
Des héros imprévus que le danger convie
Se sont multipliés pour prodiguer leur vie.
Voyez! voyez-les tous, inconnus ou connus;
Et ceux dont le courage ennoblit les pieds nus,
Et ceux de qui la force, au travail inhabile,
Vit pourtant, par l'audace, au fond d'un corps débile.
Tous, dans un dévoùment intrépide à s'oflrir,
Tous ont dit dans leur cœur : « Les sauver ou mourir ! »
Tous, les chefs en avant guidant leurs camarades,
Ils sont là confondant et les rangs et les grades;
Il est là l'ouvrier, familier du péril.
Ce généreux soldat du bataillon civil,
Qui, les haches au poing, quand l'incendie éclate,
Fait resplendir au feu son panache écarlate.
Vous voici vous encor, brigades qui toujours
Où surgit un désastre apportez un secours.
Tous, noble légion, élite magnanime
Que l'austère beauté du sacrifice anime.
Tous, fervents au labeur, disputent au trépas
Des femmes dont l'effroi vient de figer les pas,
Des vieillards, des enfants, qui, parmi tant d'alarmes,
Opposent au fléau l'impuissance des larmes.
Cependant le dani^er augmente, les plus forts
En stériles projets épuisent leurs efTorts,
Et riiorame enfin vaincu, l'homme, la force altière,
A fléchi sous l'assaut de l'inerte matière.
Tout serait-il fini? Doivent-ils tous périr,
Ces malheureux que nul ne peut plus secourir?
Le flot qui va briser leur fragile demeure
Les appelle ; la mort se hâte, c'est son heure !
Non! non! Un homme est Là, calme, ferme et puissant,
Que n'a point envahi le désespoir croissant :
C'est Ferret. Le voici comme l'Hercule antique,
Imposant et debout dans sa beauté rustique.
Cœur et bras ont toujours en lui même vigueur;
Une échelle! et que Dieu soit en aide au grand coMir!
Du quai jusqu'aux maisons, comme un pont qui chancelle.
On jette hardiment la gigantesque échelle,
Et l'onde, au lit nouveau dans sa chute efi"ondré,
Mugit plus puissamment, comme un monstre effaré,