‹ Le poème des champsChapitre 94 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Et semble, boudissaiit à chaque iiislaut plus prompte,

S'apprêter à punir 1 "audace qui ralîronte.

Ferret n'hésite pas. Que de vœux Tout sui\i!

Tous les yeux éperdus le couvent à Tenvi.

Marchant sur ses genoux, sans mesurer Tespace,

D'un à l'autre échelon il se hasarde, il passe.

Qu'un échelon se brise il est perdu. Lui seul

Ne tremble pas. Le flot comme un mouvant linceul,

Prêt à rouler son corps dans les abimes sombres,

S'entr'ouvre sous ses pieds; l'heure épaissit les ombres,

Des bruits sourds et voilés, de l'un à l'autre bord.

Passent en alternant comme un hymme de mort;

Lui seul ne tremble pas, et lui seul, ô prodige,

Sur le gouffre béant terrasse le vertige!...

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Enfin il a franchi l'espace et pénétré Aux combles que le flot envahit par degré. Pour le hardi sauveur la foule n"a qu'une àme. Il reparait bientôt rapportant une femme.

Il rcprcud à genoux son périlleux chemin, Et, ployant au fardeau qu'il retient d'une main, Par cette obscurité muette et désolante, Repasse lentement sur l'échelle tremblante.

En vain grondent sous lui les (lots qu'il a bravés ; Il arrive, il atteint le bord, ils sont sauvés ! Sauvés! mais est-ce assez pour ce mâle courage: Non ! il complétera son héroïque ouvrage : Femmes, enfants, vieillards, par la terreur brisés, Trente-cinq malheureux sont encore exposés, Et lui, trente-six fois vainqueur, il recommence Le glorieux trajet qu'acclame un peuple immense : Et ce ne fut qu'alors qu'il revint, harassé, Se reposer devant le gouffre courroucé, Lorsqu'il put dire enfin à la foule entraînée : « Plus personne là-bas! J'ai fini ma journée. » Bien dit! et la journée était bonne, vraiment. Et le poète épris de tout beau dévoùment, Le poète voudrait, dispensateur de gloire, Dans un vers immortel en garder la mémoire.

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