LIVRE CINQUIÈME
0 bienfaiteurs obscurs par qui vivent les autres, Le pain est assuré pour vous et pour les vôtres. Or, puisant maintenant au grenier déjà plein, Réservez votre part, la part pour le moulin ; Puis, que vos chars massifs aux longs timons de chêne, Transportent à loisir vers la ville prochaine, Dans les sacs de gros chanvre au ventre rebondi. Les grains de premier choix dorés au plein midi. Oui! SIC vos NON voBis, c'est trop souvent la règle. A d'autres les froments, vous garderez le seigle. Mais vous, humbles de cœur, vous vous tenez heureux De voir brunir au four le seigle savoureux. 0 frères nourriciers de la famille humaine. Vous fécondez pour tous le rustique domaine; Transportez donc vos fruits, ces fruits, joyeux fardeaux, Gonflés de la sueur qui mouilla votre dos. Et l'oisif opulent, et l'ouvrier des villes, Qui souvent a quitté pour des taches serviles, Le grand devoir, les champs, noble usine du pain. Cette foule toujours esclave de la faim. Qu'elle soit au besoin plus ou moins asservie, Riche ou pauvre, vous doit l'aliment de sa vie ; Et, son ingrat oubli dût-il peser sur vous, Louez Dieu, laboureurs, car Dieu vous bénit tous!
Le seul repos, pour vous, c'est le labeur qui change;
Récoltes et regains Unis, vient la vendange.
C'est l'automne ; voici les doux soleils versant
Au paysage ému leur regard caressant.
Voici, dans l'atmosphère aux vagues rellets d'ambre,
Le mat rayonnement des brumes de septembre
Qui des coteaux lointains émoussent le contour.
Les jours passent. Octobre apparaît à son tour ;
Octobre aux soirs pensifs, au sourire plus triste.
Mais plein d'attraits encor pour l'œil du coloriste.
Voyez! sur les coteaux, aux vallons, aux grands bois,
Quelles chaudes vigueurs éclatent à la foisi
Ce qui reste d'ombrage au châtaignier qui penche,
Ce qui reste de feuille au plus sain de la branche,
Ce qui survit au fruit et survit à la fleur,
Par la forme appauvri, s'enrichit de couleur.
Chênes et merisiers aux splendeurs mordorées,
Tremble au ton de safran, ronce aux teintes pourprées.