LIVRE CINQUIÈME
Criblant l'épais massif des sveltes résineux De reliefs imprévus et d'effets lumineux, Font au crêpe du soir qui tombe des nuées, Dans de brusques accrocs de profondes trouées; Et la fête du calme, en chœurs silencieux, Comme un rêve indécis se déroule à nos yeux.
Mais la vigne a senti la première gelée. Le cep s'est dégarni, de rosée emperlée La grappe se dilate, et dans son grain vermeil Ont filtré l'ambre et l'or fusibles du soleil. Sur les coteaux que baigne une lueur plus tendre, Dès l'aube, mille cris joyeux se font entendre ; Avec les travailleurs, femmes, vieillards, enfants. Sont aussi de la fête et marchent triomphants; Les voyez-vous monter et courir aux corbeilles ! Oh! les enfants surtout! rapide essaim d'abeilles, Dans les pampres jaunis au hasard enlacés, Bourdonnant, butinant, les voilà dispersés.
Les plus démons, déjà tout barbouillés de mûres, Mordent à belles dents aux grappes les plus mûres, Puis rougissant leurs doigts d'un vin fait sans pressoir, Picotent grain à grain au plus jaune, au plus noir.
Cependant, le jour marche, et riant à la tâche, Les vendangeurs de choix se hâtent sans relâche. Paniers, mannes, cuviers, remplis jusques au bord, S'entassent sur les chars qui s'éloignent d'abord. Les chars d'où rejaillit une mousse fumeuse, Vont vider leur trésor dans la cuve spumeuse; Et la cuve, o.ù déjà fermente un pur levain. Dissout l'or de l'été dans la pourpre du vin.
Le vin ! qui n'a chanté le bon vin ? Quelle lyre N'a célébré le vin, sa gloire et son délire, Et l'ivresse rieuse 'et les festins joyeux, Où la gloire du Vin brille dans tous les yeux? 0 vin, cher aux amours, Anacréon, Horace, Ont dit tes voluptés que couronne la grâce