‹ Le poème des champsChapitre 98 sur 181 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Pour moi, chanteur rustique épris d'autres leçons,

Instruit à préférer aux folâtres chansons

Les accents primitifs de la Bible ou d'Homère,

Je louerai seulement, dans mon œuvre éphémère,

La force généreuse et la mâle vigueur.

Qu'après de durs travaux un vin vieux met au cœur.

Aux champêtres banquets d'où j'exclus la mollesse,

Louons aussi le vin, ami de la vieillesse,

Qui verse dans un corps par le temps engourdi

L'essence du soleil des coteaux du Midi,

Offre au bon pèlerin pour qui la marche est lourde

Un puissant élixir concentré dans sa gourde,

Et rend en un moment le courage des forts

Au soldat qu'ont brisé d'héroïques efforts.

Puis, c'est dans le ciel môme, et c'est la voix des anges,

Qui chantera parmi les célestes louanges,

Qui chantera parmi les splendeurs du saint lieu,

Le calice où le vin se change au sang d'un Dieu,

Et le verre de vin devant l'humble chaumine

Offert par d'humbles cœurs au pauvre qui chemine,

Au pauvre qui mendie et dont il fut écrit

Que son haillon sacré peut cacher Jésus-Christ...

Ainsi j'ai parcouru, dans ma course obstinée, Le cycle des labeurs principaux de l'année ; Puis, un seul mot aidant, à mon gré je reviens A la loi du bienfait et du devoir chrétiens.

0 mes doux bien-aimés, toi mon fils, vous mes filles,

Doux enfants qui jouez encor sous mes charmilles!

Vous par qui j'ai chéri jusqu'à l'obscurité

Du foyer sans renom où mon sort est resté, .

Vous qui pouvez semer sur ma modeste voie,

Semer comme à plaisir ou la peine ou la joie,

Vous à qui je n'ai rien à demander, sinon

Que vous ayez la vie heureuse et le cœur bon,

Vous du moins, de ces vers, nés pour mourir sans gloire,

De ces vers, n'est-ce pas? vous garderez mémoire;

Quand j'aurai clos les yeux pour la dernière fois,

Vous saurez y trouver et mon cœur et ma voix ;

Vous vous ressouviendrez! Eh bien! si l'or des plaines

Met l'abondance amie en vos granges bien pleines,

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