II. - LE RODRIGO OU CHRONIQUE RIMEE DU CID(i
Ce poème supplée en partie, pour les Enfances ou Mocedades de Rodrigue, au silence du Cantar de mio Cid : c'est à ce titre surtout que nous en parlerons brièvement et que nous en traduirons quelques-uns des fragments les plus intéressants. Sa valeur historique est nulle, son mérite littéraire des plus médiocres, mais il a recueilli quelques traditions relatives au Cid et fourni
(1) Bibliographie sommaire. — Un manuscrit unique à la Bibliothèque nationale de Paris (ancien 9988, actuellement Espagnols 12), de la fin du xiv« siècle, ou du commencement du xv-e. Ce manuscrit contient la Chronique du Cid, empruntée à la chronique générale de Castille, d'Alphonse X, puis, du f° 188 recto au f° 201 verso, et sans titre particulier, le Rodrigo.
Éditions : — de Francisque Michel {Wiener Jahrb.f.Literat., 116" livraison, Vienne, 1846); — de F. "Wolf (Ueher die Romamen-Poesie der Spanier), Vienne, 1847 : — de Damas- Hinard, Poème du Cid, 1858, Appendice, avec traduction et notes ; — d'Agustin Durân, Romancero General, tome II {Bibî. Aut. Esp. t. XVI). 1851. p. 651 etsuiv., avec notes et commentaire; — de Benjamin P. Bourland, The rimed Chronicle of the Cid [El Cantar de Rodrigo), Revue Hispanique, n° 68 (juin 1911), p. 310-357.
A consulter : D. V. A. Huber, C/ironica del famoso cavaU
lero Cid Ruy Diaz Campeador,, Marburg, 1844, et Stuttgart,
1853 ; — A. de los Rios, Hist. Crit., t. III, cap. ii. — Comte
matière à plusieurs romances. L'auteur est inconnu, comme celui du Poème. La date de la composition a donné lieu aux hypothèses les plus contradictoires, sans intérêt désormais : on s'accorde maintenant à la considérer comme sensiblement postérieure à celle du Poème. Si l'on prend au pied de la lettre le vers 726 (Cinq sont les royaumes d'Espagne), elle ne peut remonter au delà de 1157, ni descendre plus bas que 1250.
L'étude de la langue ne permet pas de préciser davantage. A côté de rajeunissements dus sans doute aux copistes successifs, elle renferme des archaïsmes contemporains du Poème. Dans l'ensemble, elle paraît à Menéndez Pelayo v< incomparablement plus moderne que celle du Poème >^. Le style composite, de mains et de dates diverses, dénote une compilation de matériaux mal soudés ensemble. Sur ce point, la critique est à peu près unanime.
Le début, en prose, est un résumé fragmentaire, rapide et décousu, de l'histoire d'Espagne. Les détails sur la fondation de l'évêcLé de Palencia ont fait supposer — sans autres raisons d'ailleurs — que l'auteur devait être un clerc de cette ville. L'auteur en arrive enfin à la légende des Mocedades, et les vers se substituent définitivement à la prose. Il commence par les démêlés
de Puyinaigre, Vieux auteurs castillans, V'' série, nouvelle édition, 1888, p. 185-212;— M. Menendcz Pelayo, Antologia de liricos castellanos, t. XI (1903), chap. vi, p. 290-345; — K. Hofinanii, Zur Crùnica Ritnada dvl Cid (Sitsungsherichte dcr Kœniglich Bayerischen Akad. zit Mucnchcn, 1870, t. II). — Beaucoup des critiques cités à propos du Poème du Cid (J. A. de los Rios, Milâ y Fontanals, Dozy, Malo de Molina, Restori, Gorra, etc.) ont également étudié le Rodrigo.