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que cette fusion s'est opérée en lui, en nous incitant à la provoquer en nous, qu'il suggère, nous donne à entendre à mots couverts, nqus^et en rapport, a recours, en un mot, à « la divine loi de l'expression détournée » ; et son verset se fait aussi subtil que les forces auxquelles il cherche à nous incliner. Ce fluide élément prédomine dans ses poèmes au point que parfois les objets concrets y surgissent comme des archipels ou des îlots que leurs fermes contours sauvent seuls d'être submergés. Et des artistes estimés par nous très subtils paraissent assez lourds auprès de ce dispensateur d'effluences qui s'insinuent en nous si furtivement que nous pouvons à peine nous en défendre.
Whitman n'a même pas besoin d'avouer dans ses notes ce que nous sentons si bien : créer l'atmosphère propre à ses fins demeure son grand souci d'artiste. Car îâ vertu des mots ne se propagera jusqu'à nous que si l'air environnant est d'une certaine qualité. Aussi tout est-il subordonné à celle-ci. Ce n'est pas seulement dans quelques poèmes — comme les Dormeurs, où l'atmosphère même du rêve nocturne est si merveilleusement recréée avec son intensité surréelle de vision, son étrange sérénité — mais dans tous, plus ou moins, que règne cet élément^uide, avec la mission de « ré- A'^éler » des images qui resteraient invisibles pour nous si elles n'y étaient plongées. Nombre de ses mots, dont la relation logique avec leurs voisins n'apparaît pas, n'ont été choisis qu'à cause de leur pouvoir de suggestion. Les longs cortèges d'appositions qu'il affectionne n'ont d'autre raison d'être
que cette raison profonde : ils sont plus aptes qu'une phrase g^rammalicale à imprégner Fair environnant de la vertu vive et intacte des choses. Ainsi la seule perfection qu'il ambitionne, il la cherche et la réalise dans la qualité irrésistible des arômes qu'il voudrait nous faire respirer.
11 écrivait, dès le début, que l'expression du nouveau poète doit être a indirecte et non directe, ni descriptive, ni épique. Sa qualité passe à travers tout cela pour réaliser bien davantage. » Tout l'exprimé d'un poème n'est que moyens pour nous amener au seuil, une invitation à pénétrer en la demeure, puis s'avancer à travers le grand domaine qui en dépend. Quelques-uns n'entendent pas l'invitation, qui s'arrêtent au portail et en examinent avec curiosité l'architecture sans soupçonner tout ce à quoi il conduit. La vraie beauté d'un livre est un peu comme la séduction qu'un individu dégage, beaucoup moins dans les traits de son visage que dans l'atmosphère de sa personne : ce ne sont ni les syllabes, ni les paragraphes, ni les phrases qui l'emprisonnent, mais elle est bien plutôt ce qui flotte après les pages et vous pénètre lorsque vous le lisez et l'absorbez — cette chaleur secrète qui en émane au contact de votre chaleur, cette invisible force qui vous étreint et que les mots servent seulement à dégager. Le contenu d'uijLvrai livre n^ se trouvejpoint figé dans l'épaisseur de ses caractères typographiques. Ndïïs^ avons chance bien plus grande de Te découvrir dans les marges et les interlignes. C'est là que Whitman abrite sa plus efficace puissance et entasse les richesses dont il est le plus
orgueilleux. Les mots sont moins goaflés de sucs que l'espace entre les mots n'est frôlé de souffles, d'aspirations, de messag-es. Il y a des silences denses, électriques, ckargés, qui ressemblent à ceî muettes et immobiles secondes d'un drame où tout( l'intensité du dialogue et du g-este s'est comme ramassée pour de là jaillir sur vous et vous empoigner. Ce sont de tels instants qu'il choisit poui nous faire ses communications les plus importantes afin que nous les saisissions bien. Dans ses poèmes l'implicite et l'impalpable ont toujours le pas sur U formel et l'exprimé. Même quand il nous offre h concret par blocs et qu'il rassasie nos sens, son bui réel est de dégager cet ineffable qui est par delà, l prétend que son poème soit une sorte d'accumula teur spirituel chargé de fluides et de courants, ei dont le contact doit nous mettre en communicatioi avec les forces qu'il voudrait faire aboutir à nous comme elles aboutissent à lui.
Ce n'est pas à première vue, ni même à un( seconde lecture^ que l'on découvre le grand arl subtil qu'il a si bien dissimulé en cette création d'un« atmosphère l>onne conductrice de certains mes^ sages. Cela n'apparaît que plus tard, bribe à bribe, avec le glissement de tels mots fluides qui trouvent leur chemin jusqu'à nous, porteurs d'une parcelli plus précieuse de l'âme du poète, et ont la qualitc intraduisible d'un regard ou d'une intonation, avec un certain bouquet que nous ne respirons dans aucun autre livre. Ce « manœuvre brutal » s'effa? rouche aisément et ne se livre pas volontiers : il devient aussi pudiquement secret, par moments,
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qu'il était franc et ouvert, lorsque Tinstant le lui conseillait. Plus précieux sont les germes que charrie sa poésie, mieux il les enveloppe, il nfr veut les dispenser qu'à bon escient. Il faut que nous les méritions en les découvrant sous la bag-ue, la capsule et les fines membranes. Dans la mise au point de cette qualité essentiellement whitmanienne, celle de semer sur nous comme un pollen, de nous g-lisser secrètement quelque chose avec « un air de n'y pas toucher », tôt ou tard nous reconnaissons l'artiste incomparable, avec son mélange très particulier d'astuce et de candeur. Walt Whitman, en son langage nourri d'images familières, faisait, un jour, cet aveu à son ami Ed^^ard Carpenter : « Il y a quelque chose derrière les Feuilles d'herbe que peu, bien peu, pas plus d'un lecteur par-ci par-ià, — des femmes le plus souvent, peut-être, — sont en é^at de saisir. Cela se trouve derrière presquêchaque verset, mais cacJhé, caché d'une manière étudiée, avec certains'pâssagêl' laissés obscurs à dessein. Il y a dans ma nature quelque chose de^îftif comme chez une vieille poule! Vous voyez une poule rôder le long de la haie d'un air en apparence tout à fait détaché ; mais, l'instant d'après, la voilà qui trouve un endroit caché, y pond un œuf et s^éloigne comme si de rien n'était ! C'est dans ce même sentiment que j'ai écrit les Feuilles d'herbe... » Dans un art d'un ordre aussi nouveau, qui exprime moins qu'il ne laisse à deviner, ne cherche point à réaliser des fonnes parfaites, mais à nous atteindre, à nous envelopper aussi intimement que possible, en nous
ouvrant des chemins et des perspectives, Whitman est un maître absolu dont bien peu de poètes possèdent le pouvoir de traduire, avec cette force sûre et merveilleusement subtile, « le vrai chant de l'âme, capricieux, à l'aventure ».
Lorsque çà et là, parmi les étalag-es rayonnants de belle matière et l'éclosion des sugg^estions vivantes, nous rencontrons dans son livre des passages ternes, sans vibration ni chaleur, c'est que — pour certains motifs, bons ou mauvais, mais siens — il est infidèle à sa propre loi de l'expression détournée. Alors il définit, didactise ou prêche, il en est réduit aux pauvres ressources de l'intellect, tandis que le poète un instant sommeille, tels les plus g^rands depuis Homère. Le mot cesse d'être le canal des choses ou des courants spirituels, il n'a plus que le contour sec d'un mot. La transmutation qu'est l'art ne s'est pas opérée. Plus d'accent ni d'envol, le faucon est au g"îte, les ailes repliées; il ne reste qu'un vieil homme aug^uste et doux qui ressasse des pensers chers, non sans noblesse, mais sans dilater notre âme à la chaleur de la sienne. Ce sontj^es inévitables scories de tout génie. Lui-même, avec une pincée d'ironie, s'avouait « trop démocrate » pour éviter certaines « platitudes ». Il oubliait d'ajouter, ce précurseur, qu'en s'avançant sur un terrain absolument inconnu, le désir lui venait parfois de s'arrêter pour en relever le plan, faire des constatations théoriques, — il lui arrivait, par exemple, d'enseigner les hommes et les poètes au lieu de les susciter par son seul exemple. Dans une note très ancienne
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parmi ses papiers se trouve curieusement cette condamnation par lui-même des quelques pages didactiques de son œuvre — qu'il y a maintenues néanmoins «pour des raisons d, malgré toutes les révisions et les suppressions : « Je pense aujourd'hui qu'il vaudrait mieux ne m'embarrasser aucunement dç. raisonnements contre les modèles étrangers — mais simplement continuer à créer des modèles américains. » Parfois aussi la page terne est tout à coup soulevée par un jrand souffle prophétique, comme si le poète dans son sommeil s'était r^ourné ou avait ouvert les yeux. En quoi, d'ailleurs, le fait que de tels passages existent dans les Feuilles serait-il de nature à nous inquiéter? 11 n'est pas d'autre façon de comprendre Whitman que de l'embrasserjlans sa masse et son unité, où toutes les nuances se fondent. La même atmosphère baigne le tout, la même qualité d'âme s'éprouve du premier au dernier de ses versets. « La loi des conditions requises pour un grand poème ou toute autre œuvre complète — déclare-t-il — est l'originalité, ainsi que la superbe beauté moyenne de l'ensemble. »
Si Whitman avait disposé ses Feuilles avec le souci majeur d'offrir un « bel ouvrage », comme le ciseleur ou le paysagiste jardinier en proposent à notre admiration, nous pourrions lui reprocher plus d'un échec, mais nous savons combien différente était sa préoccupation. L'impression a été maintes fois notée que ses poèmes semblenj^oins avoir été faits qu^^oir poussé, comme un organisraê~lîûr s'éploie inéluctablement selon la loi
latente de son g-erme : impression qu'appuierait curieusement, d'ailleurs, un examen de ses méthodes de composition. Ses versets possédaient en effet, avec les qualités souples, ductiles, libres, évolutives de la vie, la vertu essentielle de la matière vivante qui est de se développer. Whitman demandait q^ue la poésie fût, avec les moyens qui lui sont propres, comme les g-ermes qui fendent, d'une lente poussée irrésistible, la croûte épaisse de la glèbe et pointent vers la lumière ; il exigeait du poète que celui-ci eût assez profondément inhalé la volonté secrète de la nature pour la faire jouer à son gré dans ses propres créations, comme si ce vouloir continuait positivement de s'exercer à travers lui et ses mots. Les Feuilles — le mot seul ne le montre-t-il pas assez clairement? — sont une croissance, et une croissance indéfinie. Ce n'est pas de la matière refroidie et cristallisée aux formes immuables, mais la vie même des choses qui coule, se transforme, se ramifie, avec sa faculté inépuisable de renaissance. Les versets flexibles et vagabonds se prolongent et se balancent, appelant d'autres rameaux qui sorlirontsous de nouvelles ondées et de nouveaux soleils. La musique ne cesse pas dès que le son de la dernière syllabe s'est éteint : on dirait bien plutôt qu'elle commence alors. La rareté du point dans ces poèmes est comme l'indice extérieur de ce sens de continuité, précisé encore par la répétition fréquente de tels mots évocateurs comme celui de « flot », qui évoque le ravta psEt des Anciens. Ce sont les chants d'un univers où tout est lié à tout, où chaque chose serait inachevée si, par
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tant de branches invisibles, elle ne se prolongeait dans l'ambiant. On y sent la même pulsation chaude que celle du poignet sous les doigts qui l'entourent. Quelque chose de frais et de vivace s'épand vers nous avec le mouvement libre et fort d'une vague ou d'un vol de mouette. Que l'on soit sensible à cette poésie ou qu'on la repousse, elle n'accuse du moins nulle concession au métier, elle ignore le remplissage, les chevilles et la médiocrité, son tissu ferme et plein contient des muscles et du sang : elle est entièrement exempte de littérature.
C'est pourquoi on lit moins Whitman qu'on jie l'éprouve et l'aspire, qu^on ne Fabsorbe^par les séris et parTâme, sans le disséquer davantage que nous n'analysons le vent qui nous souffle au visage. Nous ne cherchons pas à en faire le tour comme on fait le tour d'une belle fontaine sur une place. Nous le buvons comme un air plus fortifiant et plus subtil, nous le goûtons comme un merveilleux cordial, nous le humons délicieusement comme une touffe de thym ou de menthe sauvage. Nous ouvrons son livre, délivrés de la préoccupation d'y trouver ce que l'on a accoutumé de chercher dans un livre; nous le parcourons avec abandon^n je laissant venir à nous par bouffées, en nous laissant peu à peu imprégner par son arôme, en le savourant comme nous savourons « la musique, les fleurs, la beauté des hommes et des femmes ». 11 prend lentement possession de nous par toutes les émanations furtives qui s'élèvent, comme des bulles, d'entre ses feuilles, plus encore que par la couleur et le déroulement de ses versets.
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Nous le sentons encore, même quand son sens ultime, enfermé aux flancs des mots, nous échappe, car sa chaleur ne nous manque presque jamais, et cela suffit puisqu'elle est si bonne.
Celui qui me tient la main m'a complètement satisfait.
Nous ne demandons pas non plus à la nature ce qu'elle sig-nifie quand elle nous baigne; notre bonheur en sa présence ne questionne ni ne barguigne. La plénitude de son attrait et de notre jouissance se mesure au peu de désir qu'elle nous inspire d'en chercher le pourquoi. Essayerons-nous de deviner par quels moyens, dissimulés sous ses versets hirsutes, ce poète nous enlace si étroitement, comment il se fait qu'il sente si bon la terre, le vent et la mer et la chair des hommes, qu'il nous imprègne comme l'odeur d'une forêt ou d'une
grève? Vaine recherche
Nous pouvons estimer, par la force de cette attirance, jusqu'à quel point Whitman a réalisé le premier de ses vœux qui était d'offrir un art en concordance avec la nature. Ses poèmes agissent sur nous ainsi qu'un rayon de soleil qui nous réchauffe ou qu'un fleuve qui nous entraîne. Ils nous impressionnent aussi réellement que les éléments et les spectacles et les hommes vivants s'imposaient à lui vivant, et d'une façon analogue, c'est-à-dire par leur puissance irrécusable, leurs effluences, leur magnétisme. En captant dans son livre les odeurs, les couleurs, les rythmes de la
nature et le rayonnement de la présence humaine, le poète a chargé les mots d'une si mystérieuse qualité qu'ils exsudent à jamais ce qu'il a lui-même inhalé si voluptueusement durant son existence , comme si ces mots étaient devenus eux-mêmes des êtres et des choses, placés à notre portée et dépouillés de leurs g-angues. Aux marins les Feuilles se révéleront par bouffées messagères des souvenirs de la terre, et pour les terriens elles bruiront de l'appel de l'océan. Dans les instants de leur plus pure efficacité elles se gardent bien de nommer, plaider ou définir : elles se délivrent en nous, tendrement, du trésor d'une émotion dont nous devenons l'unique dépositaire, elles nous mettent en rapport avec les courants qui sont avides de nous, elles nous arment et nous saturent, parce qu'il n'est pas de moyen plus sûr de nous convaincre.
L'humidité de la nuit pénètre plus avant dans mon âme...
Apparenté lui-même par sa structure physique autant que par sa nature spirituelle aux forces élémentaires, Whitman, en maître puissant, les a inclinées à son gré pour les faire entrer dans son livre, afin qu'elles y manifestent, mêlées au parfum d'une âme humaine, leur souveraine efficacité. En déterminant ce mélange, il s'est placé au delà des zones poétiques connues, il s'est créé sa propre atmosphère, et c'est pourquoi l'impression reçue de ses poèmes est si absolument différente
de celle que nous laisse tout autre livre écrit, même le plus affranchi des traditions. On s'approche de lui comme on va au bord de l'océan pour éprouver son effet puissamment tonique.
Vous respirez la fraîcheur du matin dans votre courtil. Il y fait délicieux parmi les fleurs alignées, les plantes grimpantes et les berceaux de verdure. Un désir vous prend néanmoins de pousser le portillon et de sortir, parce que vous savez que ce jardinet n'est pas tout, que le monde alentour est vaste et vous réserve des surprises. Et par des sentiers que vous connaissez, vous grimpez jusqu'au plateau voisin parmi les champs, les rocs, les broussailles et les fleurs sauvag-es. Mais il y a surtout l'air qui est plus vif, plus succulent à mesure que vous vous élevez, l'air qui vous lave de vos vieux péchés et vous emplit d'un bonheur complet à ne savoir dire s'il est plutôt physique que spirituel. Il y a la perspective qui est mag"nifique, lorsque vous êtes arrivé au sommet : toute la vaste plaine avec les bourgs, les fermes, les animaux, la rivière et la forêt, qui se rassemble et se dénombre jusqu'à l'horizon pour monter unanimement vers vos yeux et s'eng-ouffrer en vous. Il y a cette transfiguration glorieuse des moindres réalités dans la lumière et l'espace. Et si vous pensez encore à votre courtil, où vous reviendrez pourtant, c'est parce qu'il est dans le prolongement du paysage que vous aspirez. Vous vous sentez épanoui, fortifié, illuminé, vous vous exaltez à la pensée des grandes choses que vous pourriez accomplir avec le plein air et la vallée comme alliés, et nul ne vous per-
suadera que vous n'êtes pas, à cette minute, un homme nouveau.
Vous foulez ce plateau quand vous êtes avec Walt Whitman. Un signe certain auquel se reconnaissent, selon lui, les très grandes œuvres, c'est qu'on y respire à pleins poumons. En présence de la sîêrihe, en touT cas, nous sommes baig"nés par l'air des hauteurs et des plages, nos puissances se dilatent, le cours de notre sang- devient plus vif. Nous ne pensons pas à l'admirer en juge rassis de la beauté : nous nous en grisons. Nous rendons ainsi hommage à son caractère inspirateur bien plus que réalisateur.
Le poète savait bien que cette vertu de son livre ne se manifesterait qu'à des âmes parentes {« Nul ne m'appréciera parfaitement qui n'a en luimême un peu de ma rudesse, de ma sensualité et de ma fierté »), qu'à ceux qui aiment ce qui les invigore, et sous certaines conditions. Il y avait bien des chances que tout le plein air qu'il y avait condensé demeurât peureusement enfermé dans les mots, si l'on se réfugiait, pour l'interroger, entre les murs d'une chambre. Cette puissance tonique ne se dégagerait pleinement que sollicitée par le contact parent des souffles du dehors. Là seulement ses poèmes offriraient leur vraie signification, leur efficacité et leur senteur. Écoutez ces avertissements :
Je jure que je ne me traduirai jamais plus qu'à celui ou celle qui restera seul à seul avec moi en plein air. ,.Atï<».-*ï<r^..
I Si tu veux me comprendre, va sur les hauteurs ou
I la plage
Il avait répété lui-même l'expérience de ce singulier effet du plein air sur les plus g^rands g-énies, en lisant Homère, Shakespeare et Dante devant l'océan ou dans les bois. Il connaissait assez bien les salles de lecture pour nous demander de soustraire ses Feuilles à leur fade atmosphère.
... dans les bibliothèques, je reste comme un muet, un benêt ou un à naître ou mort
II y a des livres qui dég-agent leur parfum spécial au coin du feu, fenêtres closes, des livres exquis et doux que l'air brutal flétrirait. Il en est d'autres qui « ont besoin d'un larg-e espace pour tourner, comme un grand navire ». Le sien était un de ces grands navires.