LX.W
Ma clière. «le tous ceux que tu pris à ta glu Tu savais démêler ie plus obscur mobile. Tu t'es vantée à moi d'être toujours habile À voir clair dans le cœur du plus patte-pelu.
Et je suis sûr qu'avec ce coup d'oeil absolu Tu peux bien, en effet, discerner entre mille Quelle est l'àme la plus parfaite ou la plus vile; Mais dans mon cœur à moi, non, tu n'as jamais lu.
Non, tu n'en sus jamais déchiffrer le grimoire. On dit l'amour aveugle; et j'aurais donc pu croire Que ton amour pour moi passait tous les amours.
Mais non. vois-tu, je sentais trop, quoi que tu fisses. Que ton amour était de l'amour le rebours. Puisque tu ne taxais lire en moi que mes vices!
LXWI
« Je t'aimais mal: mais, toi. tu ne m'aimais pas mieu*
Diras- tu. « Dans le cœur misérable de celle
Que, si cruellement, ta censure harcèle
Ne pouvais-tu donc rien trouver de merveilleux?
« Si ton amour avait été plus vrai, tes yeux fy' auraient-ils pas su découvrir cette parcelle De pureté dont tu parlais et qui se cèle Dans la vase des cœurs les plus pernicieux?
\s-tu fait de ce cœur misérable ta cible? N est-il donc rien en lui que de répréhensïble ? Quoi! tout le mal du monde y serait renfermé!
Quoil ce cœur ne serait pétri que de mensonge! Pour l'avoir aimé mal, ne l'a-1 il pas aimé? » Cela >p peut, ma chère... Il faudra quej') songe.
Quand tu disais m'aimer, tu sais, le premier jour, Le croyais- tu? Pour moi ce n'est pas un problème. Quand tu disais m'aimer, tu te dupais toi-même. Non, tu ne m'aimais pas : tu n'aimais que l'amour 1
Après d'autres je vins, à mon heure, à mon tour. Comme aux autres, parbleu ! tu me crias : « Je t'aime! » Mais, comme ceux d'avant, je ne te fus qu'un thème : On n'en brode pas moins, à changer de tambour.
Tu te plus, dès l'abord, ainsi que c'est l'usage Eternel des amants, à parer mon visage De toute la splendeur du visage idéal.
Mais, de cette splendeur une fois défleurie. Ma face n'eut pour toi plus rien de nuptial ; Et tu me reprochas ta propre duperie.
L R PO E m r: s a NS nom yy
LXXA III
Hélas! chacun de nous vers le rêve emporté Use en ce vol oiseux toute sa force humaine! Tu sais bien que le rêve est hors de ton domaine. Mais tu veux toujours plus que la réalité.
Pourquoi t'obstiner vers l'irréelle Beauté? Il n'est pas de chemin terrestre qui t'y mène. Tu n'auras point la récompense de ta peine. \ie, enfin, la pudeur de ta stupidité.
\s-tn donc le désir d'ouïr ton glas qui tinte ! Cette Beauté, qui ne peut craindre ton atteinte. Si tu l'irrites, peut te foudroyer demain.
De ceux qu'elle a tués on ignore le nombre... L'Idéal ost la proie interdite à ta main. Allons! contente-toi, sagement, de son ombre.
fff
LE POEME SANS N O M . i O ï
LXXÏX
Les premiers jours (le souvenir m'en désaltère!), Tu n'eus d'yeux que pour moi. Comme tu m'admirais! J'étais à ces chers yeux comme un secret tout frais, Dont il serait si bon de percer le mystère!
Nul autre n'existait pour toi sur cette terre. Aucun autre à tes yeux n'avait tous ces attraits. Non, à personne, alors, tu ne me comparais, Car tu voyais en moi le plus grand caractère!
De moi je ne t'avais encore rien livré;
Et tout te semblait, donc, de moi sublime et vrai.
Ta curiosité te faisait frémir toute;
Mais tu la retenais dans son premier élan...
Bref, cette fois, comme les autres, sans nul doute.
Tu crovnis bien l'avoir trouvé, ton merle blanc!
loi LE POEME SANS > OM
premiers jours, notre œil esl avide, il se soûle De ces traits qui pour lui sont encor tout nouveaux. En a-t-il vu jamais de plus purs, de plus beaux.' Furent-ils pas empreints sur le plus divin moule?
Sans fausse honle. ingénument, devant la foule Aussi bien qu'à l'abri des plus denses rameaux. Dans l'oubli de tout l'univers, de tous ses maux. \ l'aspect de ces traits, notre regard roucoule!
Pour moi, je l'entendis, le doux chant de tes yeu\. Les premiers jours. C'est une musique des ciem. Écrite seulement à l'usage <!«' l'âme.
\niMin musicien ne l'exprime ici-bas.
'Iioven lui même en ressentit la flnmme. Et voulut la fixer, mais n y réussit pas!
T.E POEME SANS NOM. lo3
Ces traits, que nous pensions dignes d'une statue Céleste et qu'un dieu seul avait pu concevoir, Trop tôt dans cet éclat nous cessons de les voir. Cet éclat radieux, l'habitude le tue!
Qui, trop vite, notre œil infirme s'habitue A cet éclat qu'il a créé sans le savoir: Et, tout d'un coup, de cet éclat, ô désespoir! Nous trouvons la si chère face dévêtue.
Cette face n'est plus ce que nous la croyions : Tristesse! elle a perdu, soudain, tous ses rayons: Elle n'est plus qu'humaine, avant été divine.
\ notre œil refroidi, qui brûla, tout d'abord. D'un l'eu qui la dorait, plus rien ne l'illumine: Et ce soleil d'amour n est plus qu'un soleil mort.
lo4 LE POÈME SANS NOM.
LXXXÏI
Sache-le, toutefois, non, jamais ta figure,
Même quand je la vis dans sa réalité,
Ta figure jamais n'a pour mes yeux été
Ce soleil d'amour mort, cette planète obscure!
Quand mon illusion, perdant son envergure, S'abattit sur le sol, comme un aigle amputé. Ta figure à mes yeux garda cette clarté Oue l'unique désir de plaire lui procure.
Ah! certes, j'aperçus ce qu'elle a d'imparfait, Lorsque je ne lus plus sous le magique effet. Sous l'empire trompeur de l'ivresse première;
liait CC visage, alors terrestrement charmant. S'il ae les prisait plus de l'ancienne lumière, ii.ui eacor me* \<'u\ d'un cher rayonnement
LE POE AIE SANS NOM. lo5
LXXXÏTÏ
Un de nos premiers jours, bras dessus, bras dessous. Pareils aux deux amants de l'idylle bourgeoise, Nous marchions tout le long du bord gentil de l'Oise. Vers toi je m'inclinais, de tendresse dissous...
Deux ouvriers qui nous suivaient (étaient-ils soûls?) Crièrent, d'une voix canaillement narquoise, L un : « Quel chiqué, bon Dieu ! Qu'est-ce qu'il lui dégoise ! » L'autre : ci II ne lui dit pas qu'il l'aime pour ses sous! •>
Ainsi, l'amour qui passe incite au persiflage;
Et, lorsque deux ramiers, blottis dans le feuillage,
Roucoulent joliment, au soleil de l'été,
Le canard gouailleur, interpellant la cane, La veut prendre à témoin de leur stupidité, Tandis que le pivert, en s envolant, ricane...
LE POEME SANS NOM. icr
Nous étions des amants d'identique lignage
Et formions, comme on dit, un couple bien couplé.
Du meilleur avenir nous possédions la clé;
Et (Yénus en pourrait fournir le témoignage)
Nous limes dans le port un sûr appareillage,
Et nous partîmes sous un ciel bien étoile.
Et. déjà, nous chantions le vers de du Bella\ :
« Heureux qui. comme Ulysse, a fait un beauvovage!
Pourtant, notre voyage, hélas! ne fut pas beau,
Et l'orgueil éteignit souvent notre flambeau;
Car nous n avions pas mis l'orgueil à fond de cale!
Combien obstinément le méchant nous a nui! Nous le sentions entre nous deux, à chaque escale... \h! que n'avons nous fait le voyage sans lui!
4fy *8* ^
LE POEME SANS NOM. ioq
Donc, si j'avais tenu pour dûment avérés Les chapitres tout blancs de ton passé splendide, J'aurais bien dû te croire, au physique, candide, Puisque tu n'avais fait que des désespérés!
Et quand, enfin, tous tes scrupules libérés, Et prenant un parti que plus rien n'intimide, Tu te levas de ton altière pyramide Et, pour me joindre, descendis tant de degrés,
Avais-je pas le droit d'espérer la vestale
Qui se renonce et va s'abandonner totale
A. son premier amant, dans son premier émoi?
Je n'étais pas si .sot! Quand tu commis cet acte, Je ne m'attendais pas, hélas! pauvre de moi! À te trouver de corps plus que de cœur intacte.