LXXXVIII
Elle n'était pas forte, Et, dans ce mauvais lieu, Elle toussait un peu; Et je sais qu'elle est morte.
Oui, le diable m'emporte!
Un jour de Fête-Dieu...
Tu méprises, parbleu!
Les filles de sa sorte.
Ma chère, sur ce point.
Je ne t'approuve point ; Car cette fausse blonde
Fut. par égarement.
La femme à tout le monde.
Oui. — mais loyalement.
il, I K POÈMK S A N 8 >' O M
LX\\l\
Ci-git Laetitia, catin d'un bas hôtel.
Triste bûcher d'amour dont a péri la flamme. Elle se consuma dans l'ombre et dans le blâme. Et mourut, à trente ans. d'un mal accidentel.
Ovant tinter son heure au lugubre cartel. Elle dit : « Je bénis celle qui me réclame! » Dans l'éther aussitôt s'envola sa belle àme; Dans la terre s'étend son pauvre corps mortel.
D'un cœur reconnaissant et sans peur du scandale. Je lui fais le cadeau dernier de cette dalle. Moi. l'un de ses clients et quelle initia.
La voici là-dessous dans le peignoir de soie — Blanc qu'elle préférait Ci ^rit Laetitia, D'aujourd'hui seulement une fille de joie.
Elle, du moins, me fit toutes ses confidences : Je sus le lieu de son naufrage et ses brisants, Et puis comment, fille d'honnêtes paysans, Elle vint échouer dans la maison de danses...
La pauvrette! tëlle avait vécu deux existences : L'une toute de pureté jusqu'à seize ans. L'autre faite de jours malpropres et cuisants; Et j'ai connu des deux toutes les circonstances.
Or, son malheur advint au confluent des deux :
Elle fut le jouet d'un passant hasardeux...
Elle l'aima, d'ailleurs, ce monstre! Et. Dieu le damne!
Une nuit qu'il en eut assez, il la laissa...
Dieu me damne, à mon tour! Je pense à Marianne,
\ présent que. glacé, je me rappelle ça !
A mon étable, en ville, oui, porc, je suis rentré. J'ai retrouvé tous mes corrupteurs dieux pénates, Mon grand divan, mes mois coussins, mes fines nattes Tout mon plaisant confort de bipède vautré.
Sur les bras du fauteuil si joliment cambré
J'ai cru revoir le creux léger de tes mains mates :
Et j'ai briïlé, tu sais, de ces bons aromates
Qui sont cousins germains de ton parfum ambré.
Car ta mémoire ici demeure souveraine...
Je vais, je viens; d'un meuble à l'autre je me traîne:
Et je finis par m'écrouler sur le divan:
Et j'y reste, inactif... Que veux-tu que je fasse?..
Je reparcours notre passé toujours vivant...
Tout fiévreux d'une ardeur sombre, je nous repasse!
1 1 S L K POÈME S \ n B NOM
XGII
J'ai retrouvé, bien entendu, ma vieille Ëlvire. Qui fut, dans tous les temps, servante sous mon toit, Et dit si drôlement : u Selon que ça se doit » . Et qui t'évoque une sorcière de Shakspeare!
Or, depuis ma rentrée, elle, qui tant t'admire. Ne m'a pas demandé de nouvelles de toi ! Mais, à tous les instants, elle se plante un doigt Sur le front, et s'arrête à mes pieds, et soupire.
lit, notant que s'accroît mon ténébreux souci. Depuis déjà vingt jours, elle soupire ainsi; Kt je l'entends qui marmotte dans sa cuisine.
Et, je ne sais plus quoi m'ayant par là mené.
Je l'ai surprise en tiain de dire à la voisine :
« Pauvre monsieur! Il est toujours <'iii|>oisonné ! »
\GIII
Je ne reçois personne et ne vais voir personne. Je ne sors plus, malgré le soleil printanier. Jamais on ne me vit à ce point casanier. Bêtement, je tressaille, à toute heure qui sonne.
exacte panetière, attentive échansonne.
La vieille Elvire seule anime mon foyer.
J'ai honte de la voir sur moi s'apitoyer
Et souffrir, dirait-on, du mal qui m empoisonne.
Elle me plaint comme un enfant. << Pauvre petit ! »» Murmure-t-elle. Et, l'autre soir, elle m'a dit : « Elle vous reviendra, votre belle entêtée. »
Et, comme je criais : « Pas de mots superflus! Elle, me revenir! C'est moi qui l'ai quittée! », Elle me répondit : « Oh! bipn, raison de plus. »
ft
l 2<> L \: FORME SANS NOM