CLXXXVIII
Aurais-tu pas payé quelque homme de police? Ou par ton seul instinct n'aurais-tu pas appris Qu'aussitôt que le jour revêt son habit gris, Oenis — notre Denis — dans ma maison se glisse?
Ou bien en as-tu fait, à ton tour, ton complice, (On peut tout acheter quand on y met le prix) Croyant que ce garçon (à ce penser, je ris) Pourrait par ses rapports aggraver mon supplice?
Le fait est qu'il m'a dit, ce soir : « Il s'est produit Quelque chose de neuf, aux Orbots, aujourd'hui : La dame est revenue... Elle n'était pas seule... »
Qu'importe que Denis me serve de cette eau! Cela m'est bien égal! Mon cœur n'est plus ta meule. Et tu peux sur un autre aiguiser ton couteau.
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Comme je me taisais, Denis reprit, soudain : u Moi, tout en arrosant, n'est-ce pas? j'examine. De-ci. de-là, les gens, sans en avoir la mine... Ils ont bien parcouru quatre fois le jardin...
Je ne sais pas ce qu'il disait. C'était badin,
Sans doute : elle riait... oui. comme une gamine...
Il est bien avec elle, oh! ça! ça se devine!...
Il est très chic, d'ailleurs : il a 1 air d'un gandin. »
♦ >ui. c'est, probablement, un des hommes du monde Qui te font, à t'en croire, une cour furibonde Et qui sont entichés si fort de tes appas!...
Ma chère, lu peux bien combler ce nicodème! Je ne suis point jaloux de qui ne me vaut pas; ne lo serais que d'un autre moi même.
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Mais revenons... Denis m'apprend que ton galant Depuis trois jours dans le jardin paraît t'attendre. Mais que tu ne viens plus rejoindre ce Çlitandre Si bien verni, si purement guêtre de blanc!
« Il croque le marmot. ïl prend pied comme un plant. Debout au même endroit. » fait Denis; « c'est à fendre Le cœur, vraiment! Fichtre! la dame n'est pas tendre!.. Hein? croyez-vous! Ce bon monsieur! C'est désolant! »
Et j'écoute Denis, mais reste bouche close. Le merle siffle. Je souris. Denis arrose. L'ombre tout doucement brunit mon jardinet.
Le rossignol va préluder. L'heure est insigne... Pourquoi fais- lu souffrir, ma chère, ce benêt? .h t'assure qu'il est de toi tout à fait digne.
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Je m'explique fort bien Taise que tu ressens Quand, tes chiens devant toi courant à perdre haleine. Tu cherches une proie au bois ou dans la plaine. Tu naquis chasseresse: et, dès tes jeunes ans,
Vouée à tes instincts féminins malfaisants, Tu t'en allais, que l'aube fût belle ou vilaine. Le fusil dans les mains, la cartouchière pleine, Pour t'exercer sur nous comme sur des faisans.
Nous roulions, sous tes coups, dans l'herbe ou sur la mousse. En ce temps-là, déjà, ta peau seule était douce: Ton cœur, déjà féroce, ignorait la douceur.
Le gibier regardé, tu faisais volte-face.
Tu fais encore ainsi, comme tout vrai chasseur.
Qui ne goûte pas tant le gibier (jue la chasse.
Tous ces faisans que ta rage passionnelle, Aussi bien par temps chaud que par temps de frimas, Faisait lever en foule à chacun de tes pas, Tu ne les tuais point : tu leur cassais une aile!
Puis, les ayant jaugés de ta froide prunelle, Qui sait si bien vous regarder de haut en bas. Tu partais, je l'ai dit, ne les ramassant pas. Imix te suivaient, sanguinolents, dans la venelle...
\h! que n'étranglais-tu de tes petites mains.
Là, sur-le-champ, ces malheureux faisans humaine
Qui si vite perdaient ta meurtrière trace.
Et, la perdant, restaient de désespoir frappi
I ) i ie ne leur donnais-tu, dis-moi. le coup de grdu \u lieu Je les laisser ;i jamais éclopéfl
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Moi, tu m'as ramassé; tu m'as fait cet hommage! Oui, tu me ramassas, tout seul d'entre un millier! Or, je n'étais pas plus que d'autres singulier; Je ne t'étonnai point par un plus beau plumage.
Mais il était écrit, sans doute, sur ma page Que, pourtant, tu voudrais me tirer du hallier; Et tu le fis, rêvant d'imposer un collier A celui qui semblait redouter l'esclavage.
Car, tandis que les autres, criblés de tes plombs.
Sautelaient, suppliants, derrière tes talons.
Je demeurai sur place; et, cette chose est sûre,
\ leur honte j'aurais préféré le trépas;
Et tu voulus me prendre et panser ma blessure.
Lorsque tu vis que. moi, je ne te suivais pas!
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GXCIV
Dans ton petit salon d' œillets tout parfumé, Parmi tes bibelots d'art et tes copenhagues. Tu liras ces sonnets pointus comme des dagues Et dans lesquels notre combat est résumé.
Et je te vois, de ton fin geste accoutumé, Le long de tes doigts blancs faisant glisser tes bagues. Pendant que tu diras : « Peuh ! mon cher, tu divagues ! N'écrivis- tu donc pas : Tu parus, je t'aimai? »
Tu trouveras, j'en jurerais, dans notre histoire. Ce chapitre de chasse un peu contradictoire... Ma chère, il est l'un des plus vrais de notre amour;
Car il est vrai qu'aimable à la l'ois el princière. Tu me fis pénétrer chez toi. le premier jour. Comme un faisan blessé dans une carnassière.
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cxc\
Au jardin des Orbots, où plus rien ne m'attire, Tu venais, fréquemment, toute seule, t'asseoir, Pour goûter la fraîcheur, tiède encore, du soir. Or, une fois (comment me l'osas-tu bien dire!),
Près de toi, sous un hêtre, un bizarre Tityre, Bouleversé, crois-tu, par ton fier nonchaloir. Perdit, soudain, toute pudeur, et laissa voir Ce que, jadis, montrait aux nymphes le satyre.
Et, bien qu'à cet instant, il s'accusât viril Hautement, tu savais n'être pas en péril, Ce type étant classé d'exhibitionniste...
Néanmoins, tu partis, le froudroyant de l'œil ï A merveille! mais j'ai cette impression triste Que tu ne narrais point cette horreur sans orgueil
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