‹ Le poème sans nomChapitre 7 sur 35 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Non, Marianne, non tu n'as pas spéculé! Rien d'impur ne grouillait dans ta blanche cervelle, Lorsque tu t'es offerte à moi, toute nouvelle, Et quand je te cueillis comme une fleur de blé.

Par nul souci marchand ton esprit n'est troublé. 0 fille sans détour de la bonne Cybèle, Je te sens dans mes mains comme une colombelle, Avec une chair chaste, un cœur immaculé.

Gomme la fleur, comme l'oiseau, ta petite âme Fleurit, vole au-dessus de toute boue infâme, Et, même en y tombant, ne pourrait s'y tacher.

Marianne, tu ne savais rien de la vie

Ni des traits vénéneux que décoche l'Archer :

A moi tu t'es donnée ainsi qu'on se conlic.

Ma peine était immense :

El mon cruel tourment, Dès Je premier moment.

Te fit mal. Oui. j'y pense.

Ah! mon Dieu! je commence V comprendre comment \ mon embrassement

Tu cédas sans défense!

Oui, tu te désolas De me sentir si las De la douleur soufferte;

Oui, c'est la vérité Que, si tu t*es offerte, < le fut par charité.

Donc, je sais sa raison profonde!

Oui. je sais, maintenant, pourquoi Cette enfant s'est livrée à moi, La plus innocente du monde!

A cette aumône sans seconde.

\ cet acte de noble aloi (C'est à toi que je parle, à toi).

Comment faut-il que je réponde?

Ah! ah! de ma part craindrais-tu Quelque accès soudain de vertu?...

Non. non! Cette enfant qui se donne

Moi. le pécheur sans repentir.

Nouveau Restif de la Bretonne, Je tente de la pervertir!

J'ai commencé ma tâche infâme!

Mes vieux instincts ne sont pas morts.

Et je m'y livre sans remords.

Mais je ne puis rien sur cette âme !

Il faut bien que quelque dictame Agisse sur ce jeune corps, Puisqu'en dépit de mes efforts, Rien ne l'atteint, rien ne l'entame.

Sensible au seul plaisir normal, Ce corps est réfractaire au mal ; Et de vice en lui pas une once.

Malgré mes ongles et mes dents, Non. jo n \ puis rien. J'y renonce.

,l'\ perds ma science <'t mon terne

Va, retourne- t-en de ce pas.

Toi, de Valmont reflet vulgaire!

Tu l'avais bien senti, naguère :

Le mal pour elle est sans appas.

C'est en vain que ton désir bas Sur tout son corps angélique erre :

Tu peux salir le reliquaire; Mais la relique, ah! que non pas!

Même, userais-tu de pratiques Cinquante lois plus erotiques, Tu n'en serais pas triomphant.

Va, porc, retourne à ton étable, \ la ville! Car, cette entant.

C'est la pureté véritable!

LYIU

Quoi! parce qu'elle est ta maîtresse Et qu'en toute ingénuité Elle pâme de volupté Sous ton odieuse caresse,

Tu crois que de manière expresse

lu qu'en toute réalité.

Cette intangible pureté,

Elle la souille et la transgresse.

Quel cerveau stupide est le tien'.

Mais tu ne peux comprendre rien A cette pureté, pauvre homme,

\ présenl ni <lans l'avenir.

Miême le prêtre blanc de Rome pourrait le la définir!

Et loi-même, eh! oui, toi, qui te crois gangrené, Oui, toi de qui les mains sont du mal les servantes, Toi qui cours à l'enfer, pauvre homme, et qui te vantes D'être par le démon joyeusement mené,

Ne désespère pas d'un retour fortuné;

Car tu gardes, sous des matières dissolvantes.

De cette pureté des parcelles vivantes.

Sache que pour le vice aucun de nous n'est né,

Que nous pouvons subitement nous reconnaître. Que cette pureté refoulée en ton être De te reposséder un jour a le pouvoir:

Que ce pouvoir est grand, que rien ne le resserre. Et qu'il t'est donc permis, ce radieux espoir. De devenir, vieux diable, un ermite sincère!

Marianne, à qui te dirait

Que, ce soir même, je déserte,

Tu répondrais : « Vous mentez! » Certe!

Et, pourtant, c'est vrai. Je suis prêt.

J'ai refait mon sac en secret; Et, pour ton salut, ou ta perte, Aussitôt la lune couverte.

Je pars... En aurai- je regret?

Ah! pour le moment, je l'ignore.

Ce que je sais, c'est qu'à l'aurore.

Je serai loin... Oui, je m'en vais.

Et je couronne ainsi ma tâche. Je n'étais encor que mauvais; Mais je serai, ce soir, un lâche.

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