‹ Le poème sans nomChapitre 8 sur 35 · FAI · texte numérisé non relu

FAI

Il arrive qu'un bûcheron, dans la fureur De son travail et quand de fatigue il ahane. Se trompe et va blesser quelque naissant platane Ou quelque jeune et frissonnant saule- pleureur.

Alors, le bûcheron, navré de son erreur. El tout s'injuriant, retourne à sa cabane... Moi, sciemment, je viens de blesser Marianne. Et je rentre chez moi sans éprouver d'horreur.

CVst ainsi ! Je n'éprouve aucune horreur, vous dis-je ! Et, même (qu'est-ce donc, dites, que ce prodige? ). Je sens comm? une main qui sur mon cnnur brutal

Exprimerait le sur d'une odorante grappe!... Eh! ne sais tu pas bien, méchant, que le santal Parfume oxquisrment la hache qui le frappe!...

L fc. POEME SANS NOM . 79

Nous ne connaissons rien de la loi qui motive L'harmonieux aplomb des lignes de nos corps. Toi, tu tends à la grâce: et tes gestes discords Ruinent malgré toi ta belle tentative.

C'est en vain que par l'Art ton cerveau se cultive: De ta grâce apprêtée on voit les faux ressorts. Bien que rustique, Marianne, sans efforts, Sans y penser, ravit: car sa grâce est native.

Elle acquit de sa pureté ce don divin.

C'est là tout son secret, ma chère; et c'est en vain

Que tu le chercheras dans les bibliothèques.

Marianne en ce point te tient toute en échec. Elle est comme l'enfant qui prit les poses grecques Sans avoir consulté les flancs d'un vase grec.

8o LE POÈME SANS NOM

Page 1