‹ Le poète François MainardChapitre 100 sur 375 · Ed. Garriss., t. II, p · texte numérisé non relu

Ed. Garriss., t. II, p

MAINARD PRÉSIDENT AIT l'HÉSILMAL iVaURILLAC 189

magnifiques destinées1. Ces prophéties ne devaient guère s'accomplir. Deux ans après sa brillante campagne du Piémont, Henri de Montmorency, qui avait trempé dans le complot de Gaston d'Orléans, eut la tête tranchée dans la cour du Capitale de Toulouse. Mainard pleura longtemps, comme les juges l'avaient fait eux-mêmes, le sort tragique de ce jeune homme, beau, séduisant, brave, d'une race illustre, et à qui l'avenir le plus brillant semblait être réservé'.

L'année même où Mainard avait chanté les prouesses du gouverneur du Languedoc, il avait adressé une longue ode au rival de ce dernier, le maréchal de Bassompierre3. Le poète y glorifiait la valeur militaire du maréchal qui, tout récemment encore, s'était signalé en Savoie'1, et y prônait l'habileté et l'éloquence dont il avait fait preuve dans cinq illustres ambassades \ Les bons mots du maréchal et sa liaison avec la princesse de Conti, restée fidèle à la reine-mère, le perdirent auprès du Cardinal. Le 26 février 1631, ce dernier le fit mettre

1. Cf. éd. Garriss., t. III, p. 199, ode publiée pour la première fois dans le Recueil de Du Bray de 1630 où elle porte le titre Au Prince Filidor. On serait tenté de croire qu'elle est adressée au prince de Gondé, si l'auteur n'y parlait de la grande jeunesse de son héros. En effet la première des strophes citées de cette pièce, présente en 1630 la variante :

Devant que ta jeunesse en merveilles féconde

De tes ans les plus beaux n'ait commence le cours,

Le nom de Filidor sera le seul discours'

Dont la voix de la gloire entretiendra le monde.

2. Cf. 1. XLIII de Mainard. — Chapelain, un des adulateurs de Richelieu, déplore vivement, lui aussi, la mort de Montmorency, dans une lettre du 24 novembre 1632. Cf. Lettres inédites de Chapelain publ. par Tamizey de Larroque, t. I, p. 7.

3. Cette pièce a été reproduite par M. Lachèvre dans sa Bibliographie, t, II, p. 708 d'après le Recueil de Sercy de 1653, où elle est signée d'un C. M. Lachèvre La attribuée (o. c, p. 373, note 2) à Mainard, vu qu'elle figure dans le t. XXI des Recueils Conrart parmi des pièces de ce poète. La présence de cette ode dans le ras. 843 de la Bibl. de Toulouse, f°8 126 v. et s. confirme pleinement cette attribution. V. les quatrains dont se piquèrent Bassompierre et Montmorency dans le commentaire de P. Paris et Monmerqué à Y Historiette citée de Tallemant sur Montmorency.

4. La Savoye en reste confuse Et le démon de ta valeur N'eust pas avec tant de chaleur Forcé les murailles de Suze.

La ville de Suze fut prise le 6 mars 1629. L'allusion à la conquête de la Savoie date cette pièce du début de l'année 1630.

.*). Ambassade de juin 1606, en Lorraine, pour assister de la pari du roi aux noces du duc de Bar ; de mai 1606, pour disposer le duc de Lorraine au mariage de sa fille aînée avec le Dauphin ; de fin décembre 1620, en Espagne, au sujet de la Yalteline, mission qui devait amener le traité de Madrid (5 avril 1621) ; de

à la Bastille d'où Bassompierre ne sortira qu'à la mort de son ennemi 1.

De quelque côté qu'il se tournât, Mainard voyait se dresser devant lui la figure de Richelieu. Le roi se laissait de plus en plus conduire par son premier ministre, et qui voulait plaire à Sa Majesté devait auparavant plaire à Son Eminence. Le Cardinal disposait à son gré des Noailles auxquels Mainard était lié, et de Condé, qu'il avait inutilement flatté. Seigneurs et bourgeois, prêtres et juges, financiers et gens de lettres, tous ceux qui voulaient réussir dans leur carrière s'efforçaient de gagner ses bonnes grâces. Mainard comprit ce qui lui restait à faire.

novembre-décembre 1025, en Suisse, pour contrebalancer les influences allemande et espagnole et resserrer les liens de l'alliance avec la Confédération ; de 1626, en Angleterre, pour négocier le rétablissement des ecclésiastiques et des serviteurs français auprès de la reine d'Angleterre (cf. la notice du marquis de Gliantérac en tête de son édition des Mémoires de Bassompierre).

1. Cf. à ce sujet Tallemant, Historiettes, t. III, p. 337. — V. le récit de son arrestation dans Mémoires, éd. c, t. IV, p. 130.

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