Ed. Garriss., t. II, p. 193, str
3. V. ses lettres de 1628 à un ami inconnu et à Balzac dans notre Tableau chronologique des lettres de Mainard.
4. Plainte de Cléon, avant-dernière strophe, (Durand-Lapie et Lachèvre, Deux homonymes, p. 84).
cette ode1. C'était prendre de bien grands détours pour complaire au Cardinal, comme c'était user de moyens bien faibles pour s'attirer sa faveur, que de le louer dans des pièces qui pouvaient ne pas tomber sous ses yeux. Comment s'y prendre pour se faire bien venir de Richelieu ? Un voyage que Mainard fit dans la capitale, au début de 1G32 % lui laissa entrevoir la manière dont il pouvait en gagner la faveur.
Pour le moment, il avait réussi à placer quelques vers dans le ballet donné le 7 mars, au Louvre, à l'Arsenal et à l'Hôtel-de-Ville, par le comte de Soissons. Le sujet de ce divertissement était un défilé des personnes, des animaux et des esprits auxquels les ruines du château de Bicêtre servaient de rendez-vous le jour et la nuit1. Devant une grande toile sur laquelle on avait peint les ruines de cette forteresse, vinrent successivement réciter des vers, chanter et danser les hôtes de cet endroit : des gueux, des paysans ivres, des bohémiens, des bravi... Un chant lugubre annonça l'heure des mystères. Attirés par les incantations d'un magicien, on vit paraître parmi les hôtes nocturnes de Bicêtre, des seigneurs pour lesquels Mainard avait composé des vers.
Costumés en lutins, vêtus de satin noir et coiffés de plumes grises, les ducs de Longueville et de Candale battirent des entrechats et débitèrent des strophes. L'un d'eux exprima sur un ton cavalier des vœux dont la liberté fit rougir les jeunes et jolies spectatrices :
Seroy-je toujours enfermé, Dans ces effroyables mazures, Où les siècles ont consumé Jusques aux pierres les plus dures.
1. La voir dans Deux homonymes, p. 104. M. Lachèvre n'a rencontré cette pièce que dans un exemplaire du Recueil de 1630, faisant partie de sa collection. La Bibliothèque de Toulouse possède deux exemplaires de cette anthologie, dont un exemplaire renferme cette ode. Dans les exemplaires défectueux, des cartons avec des poésies d'autres auteurs remplacent les stances de Mainard.
2. Lettre de Mainard à Fr. de Noailles, publ. par Tamizey de Larroque dans le Bulletin du Bouquiniste, du 1" mai 1867. Sur la date 21 février 1632 de cette missive, v. notre Tableau chronologique des lettres de Mainard.
3. On parlait beaucoup, en 1632, de cette forteresse féodale, puisque le roi ; avait résolu d'en faire un hospice pour les soldats estropiés. Cf. les vers sur le château de Bicêtre, dans Paris ridicule et burlesque au XVII' siècle, par P.-L. Jacob, Paris, s. d., in-8°, p. 103.
MAINARD ET RICHELIEU 195
Faut-il que le son le plus doux Oui puisse flatter mes oreilles, Soit le concert que les hibous Ajustent avec les corneilles.
Astres que le ciel embellit De sa lumière la plus grande, La ruelle de vostre lit Est le séjour que je demande.
Scachés que je suis un lutin De qui les aymables folies, Peuvent du soir jusqu'au matin, Dissiper vos mélancolies 1.
L'autre, pirouettant devant les vieilles dames de l'assemblée, émit cette déclaration, dépourvue totalement de galanterie :
Arrière dames antiques Qui me tendes vos filets ; Vos rides climatériques Font peur aux esprits follets.
Ma petite renommée Seroit bientôt diffamée Si je m'attachois à vous, On diroit que je veux estre Renfermé dans les vieux trous Des mazures de Bicestre !
Mainard, qui avait assisté aux répétitions, partit avant la représentation finale2. Il avait appris par Bautru qu'on voulait faire hommage au premier ministre d'un recueil de poésies.
1. Cf. ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f08 137 recto et s. — V. la description du ballet du comte de Soissons dans la Gazette de France du 12 mars 1632. Le 2 mars, le comte de Soissons pria le roi de lui permettre de danser son ballet au Louvre.
2. Dans sa lettre déjà citée à Noailles, Mainard lui parle du ballet du comte de Soissons et de sa rencontre avec Bautru à la foire de Saint-Germain. Si notre personnage était resté à Paris jusqu'au 7 mars, il aurait certainement assisté au ballet dansé dans la grande salle du Louvre. Or, il dit quelque part (1. XVII) n'avoir plus mis les pieds au Louvre depuis la mort de Henri IV. Nous concédons rependant qu'il aurait pu se trouver le 7 mars parmi les spectateurs de l'Arsenal ou de l'Hôtel de Ville, où les mêmes personnes dansèrent ce ballet. Le comte de Soissons et ses compagnons battirent des entrechats jusqu'à huit heures du matin quand il leur fut servi une collation. Ces infatigables danseurs la méritaient bien.
C'était une excellente occasion de se faire valoir auprès de ce personnage et il s'agissait de ne pas perdre de temps.
Vite il se mit à l'œuvre et choisit comme thème de son ode à la louange du Cardinal « l'heureux succès » de son voyage en Languedoc.
De mai à août 1629, cette province avait été le théâtre du talent militaire et diplomatique du Cardinal. Les places fortes protestantes qui, môme après la reddition de La Rochelle, bravaient encore les armées du roi, avaient toutes fini par se rendre de gré ou de force. A la suite de la « paix de grâce » qu'il imposa aux religionnaires, Richelieu avait fait procéder au démantèlement de toutes leurs forteresses. Les habitants de Montauban, courageuse cité que Louis avait vainement investie en 1621, consentirent au dernier moment à reconnaître cette paix, à condition que le Cardinal viendrait lui-même la leur apporter. Partout on lui avait rendu des honneurs quasiroyaux, et son retour à Paris fut un triomphe.
Ce triomphe était légitime. L'écrasement des huguenots à La Rochelle et dans le Languedoc marquait à tout jamais la fin de leurs rébellions. La sécurité de l'Etat, menacée par leurs velléités d'indépendance, était maintenant établie sur des bases inébranlables. Le calme était assuré à l'intérieur et on allait enfin goûter les bienfaits de la paix. Les récoltes ne seraient plus ravagées, les églises ne seraient plus profanées, ni les villes livrées aux flammes et au pillage. Les existences ne devaient plus être en butte aux dangers que crée le déchaînement furieux des passions dans des provinces livrées par les querelles intestines aux violences et au désordre. La famine, conséquence sinistre des récentes guerres religieuses, plaie hideuse qui avait rongé le Midi et le Centre en 1628 et en 1629, ne ferait plus son apparition 1 !
Voisin de Montauban, la grande ville huguenote du Midi, Mainard avait des raisons particulières de se réjouir de la paix. Elle le délivrait des appréhensions qui le tourmentaient depui près de six ans au sujet de la sécurité de ses biens. Bourgeois