Ed. Garriss., t. III, p
« impostures de l'envie ». Quant au poète, il assure ce héros qu'il passe ses jours à consacrer à l'éternité ses vertus et ses gestes :
Un labeur si digne d'estime Bravera les ans et la mort ; Et le Dieu mesme qui m'anime Sera ravy de mon effort, Les justes filles de Mémoire Veulent que j'esloigne ta gloire De l'obscurité du tombeau ; Tout ce que ma plume crayonne Les charme et leur temple n'est beau Que des portraits que je leur donne \
Nous retrouvons Mainard à Paris, dès la fin de décembre 1632 2. On le voit occupé à chercher un secrétaire pour François de Noailles, lieutenant-général de la Haute-Auvergne, désigné comme ambassadeur de Louis XIII près du Saint-Siège pour le triennat 1634-1636. Nous le rencontrons encore le jour des Rois, en 1633, en train de festoyer joyeusement en compagnie de Flotte, chez le conseiller François Hotman de Saint- Marc". Ce descendant d'illustres érudits du xvie siècle, luimême orientaliste distingué, traducteur de Saadi, ami de Saumaise, de Peiresc et des frères Du Puy, avait trouvé le, moyen d'être en même temps chanoine de Paris, abbé de Saint- Marc, abbé de Saint-Médard de Soissons et conseiller en lai Grand'chambre du Parlement de Paris 4. Fin gourmet au surplus, dont les repas exquis étaient vivement appréciés par les!
1. Ed. Garriss., t. III, p. 367. Cette strophe est la dernière du recueil de 1633.} Elle est remplacée par une version différente et est suivie de quatre très belles strophes qui modifient le sens de la pièce dans l'édition définitive de 1646.
2. Lettre de Chapelain à M. de Tremblay, datée par Tamizey de Larroque (éd. des Lettres de Chapelain, t. I, pp. 20-22) de fin décembre 1632.
3. Cf. lettre LXX1II dans laquelle Mainard rappelle, le 6 janvier 1636, à Flott le dîner qu'ils ont fait « il y a trois ans » chez M. de Saint-Marc.
4. Les registres du Conseil le mentionnent comme conseiller dès \i 23 décembre 1611. V. sur Fr. Hotman orientaliste une note de Tamizey d^ Larroque qui résume les articles que lui ont consacrés le Dictionnaire de Moréi et la Gallia orientale (III, 447 des Lettres de Peiresc aux Du Puy).
MAINARD ET RICHELIEU 199
Toulousains Flotte et Mainard, experts en matière gastronomique et ne jurant plus que sur Y « Evangile selon Saint- Marc J )). Il est vrai qu'ils ne dédaignaient pas non plus la cuisine de leur « illustre président de la place Royale», Michel Larcher, qui transmit à son fils et à ses arrière-petits-fils le siège qu'il occupa de 1626 à 1654 à la Chambre des Comptes2. Les deux amis faisaient honneur également à la table du voisin de Larcher, M Lartige, conseiller au Parlement de Paris, fils d'un meunier gascon que la minoterie avait enrichi !. Enfin à l'extrémité du Marais, près de la porte Saint-Martin, Flotte et Mainard étaient régalés avec magnificence par un autre de leurs compatriotes, Jean-Philippe de Bertier, abbé de Saint-Vincent, agent général du Clergé '.
Mais, comme bien l'on pense, notre personnage n'était pas uniquement préoccupé des affaires du comte de Noailles et avait des soucis plus graves que celui de parcourir la ville en compagnie du brave Flotte,
De la porte de Saint-Martin Jusques à la Place Royale '
et d'assister aux régals que leur offraient les magistrats et les ecclésiastiques fortunés. A ce moment il cherchait surtout un introducteur auprès du haut personnage en l'honneur duquel
1. Cf. la lettre LI, d'août 1635, à Flotte, où Mainard oppose à la mesquine cuisine italienne, les mets accommodés selon l'« Evangile de Saint-Marc. »
2. CL ms. i960 de la Bibl. de l'Arsenal, fus 17 et 352 (Catalogue des officiers de la Chambre des Comptes) et la lettre LI à Flotte. Mainard adresse à Michel Larcher les lettres XIX et LXV1II et en parle fréquemment dans sa correspondance.
3. Outre la lettre XCII qui lui est adressée, les passages les plus intéressants | de la correspondance de Mainard relatifs à ce personnage sont ceux renfermés
dans les lettres XXXIII, LXXIII et CLXIV.
4. Cf. pour l'adresse de l'abbé de Saint-Vincent la lettre CCXXX à Flotte. Mainard parle à maintes reprises des bons dîners offerts par cet ecclésiastique. V. notamment la lettre LVII (Home, nov. 1635) où le poète souhaite de se retrouver aux côtés de Flotte à table chez l'abbé de Saint-Vincent. Cet abbé fut député de la province de Toulouse à l'assemblée générale du Clergé de 1624, et de la province d'Audi à celle de 1635. V. la Déclaration de l'assemblée générale du Clergé de France sur les entreprises des réguliers et autres personnes exemptes contre l'aul/iorite episcopale... (Paris, Ant. Estienne, 1625), et la décision prise par l'assemblée générale du Clergé de France le 7 avril 1635 pour le démariage de Monsieur (Arcb. Aff. étrang., Rome, t. XL1X. F 419).