Tallemant, Historiette de Balzac, t. IV, p
5. V. entre autres, Ménagiana, éd. 1729, t. III, p. 75. — Il quitta Paris 6 septembre 1631, cf. la lettre VII du liv. VII, à la Motbe le Vayer. — Balzac put même pas tirer profit d'un maigre bénéfice que le Cardinal avait fini par donner (cf. les lettres LI et LU du liv. VII à Richelieu, 8 nov. 1631 et o janviei 1632).
6. V. par exemple les éloges qu'il lui décerne dans une lettre du 16 avri 1633 à Boisrobert (lettre XII du liv. V).
MAINARD ET RICHELIEU 207
écrit avec des rebuffades l . Certes, dans ses lettres aux familiers de Monseigneur, il couvrira ce dernier des fleurs de sa rhétorique, mais, dans ses conversations familières, il épanchera sa bile contre le dictateur sanguinaire qui asservissait la France ! Enfin, après la mort de Richelieu, sous couleur de flétrir dans ses épigrammes latines et dans ses périodes françaises la tyrannie de Tibère et de Théodoric, il jettera l'opprobre sur la mémoire du despote abhorré2.
A la suite des entretiens qu'il eut de vive voix ou par écrit avec son ami de la Charente, Mainard fat saisi d'appréhensions sur le résultat de sa cour au grand homme d'Etat. L'année s'écoulait sans que Monseigneur daignât se souvenir de lui. Pourtant il était avéré qu'un grand nombre des adulateurs de Son Eminence n'avaient point perdu leur peine. Ainsi Richelieu s'était attaché en qualité de domestique Godeau3, qui lui avait dédié la prose et les vers de ses Œuvres chrestiennes (Paris, 1638) et, marque évidente du cas qu'il faisait de ce petit maître, avait appris par cœur sa paraphrase du Benedicite. Le « nain de Julie )) semblait vouloir renoncer aux succès mondains qu'il avait obtenus dans le salon de Mme Desloges ainsi qu'à l'hôtel de Rambouillet, où son rival Voiture l'avait menacé, dans un rondeau célèbre, de le châtier « comme un galant ». Il obéissait maintenant aux inspirations de le Muse chrétienne. Ses paraphrases en prose des Epltres de Saint-Paul, parues en 1632, sont l'ouvrage par lequel Godeau brise avec sa première manière, celle de poètereau alambiqué et précieux. Ce changement d'attitude lui vaudra en 1636 l'évêché de Grasse, dont il cumulera bientôt après les bénéfices avec ceux de l'évêché de Vence.
Sa rapide fortune auprès de Richelieu suscita à Godeau
1. « Je puis dire que, moy indigne, j'ay annoncé le premier aux peuples les merveilles de vostre vie » etc., lettre LU du liv. VII, à Richelieu.
2. Cf. le Socrate chrestien, discours 8 et 9 ; ses trois épigrammes sur Tibère (p. 38 de la deuxième partie du t. II de ses Œuvres, éd. 1665) et sa lettre du S octobre 1643 à Chapelain {L. inéd., I, 124). Il charge directement Richelieu dans son Discours à la Reyne {Œuvres, éd. 1665, II, 474) et expose à Chapelain qui défen- •lail le Cardinal, pour en avoir reçu maints bienfaits, les raisons de ses attaques. V. sos lettres des 4 et 18 janvier etdu 7 février 1644 {Lettres inéd., pp. 463, 469 et 482).
3. Lettres de Peiresc, publ. par Tamizey de Larroque, t. IV, p. 161.
nombre de jaloux1, dans le clan desquels il faut compter Mainard, à en croire La Monnoye qui applique à Godeau une épigramme de notre auteur sur un homme de petite taille2 et à en juger par cette épigramme inédite :
Tes livres déplaisent au Dieu Qui monstre l'art de bien escrire, Et les yeux du grand Richelieu Ne s'amusent plus à te lire.
Godeau recognoy tes defïauts :
L'esclat de tes rimes est faux, Ta Muse n'est point raffinée, Et ta prose est un vain caquet, Dont l'éloquence efféminée Fait parler Saint Paul en coquet ■''.
A' la fin de 1633, Flotte put apprendre a son ami les libéralités qu'avaient reçues la plupart des thuriféraires du Cardinal- Duc : Gombaud, Baudouin, Porchères d' Arnaud, le « pauvre Colletet )), Chapelain enfin, que Richelieu avait eu la bonté d'inscrire de sa propre main « au rang de ceux auxquels il distribua de ses grâces ' ». Quoi donc, parce qu'il végétait loin des Dieux du jour, fallait-il que lui, Mainard, n'eût pas de récompense ? Devait-il longtemps encore subir les effets du mauvais destin, alors que ses confrères moins doués avaient été copieusement gratifiés par les puissants du siècle ? Pour
1. Cf. Lettres de Péiresc aux frères Du Puy, publ. par Tamizey de Larroque, t. II, p. 501, lettre à Pierre Dupuy du 18 avril 1633. L'abbé Coignet, à qui nous empruntons quelques détails sur Godeau, n'a pas relevé dans sa thèse (Antoine Godeau, évèque île tirasse et de Vence, Paris, 1900) cet incident de la vie de son écrivain.
2. Cf. Ménagiana, éd. 171a, p. 301. C'est l'épigramme : Le grand ventre de la\ nature, éd. Garriss., t. II, p. 223, insérée tout d'abord dans le Recueil de Du Brayj de 1626.
3. Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f. 141. Mainard avait mis d'abord :
N'en déplaise au G(rand) R(ichelieu),
Tes livres n'ont rien qui me touche,
Je crois qu'Apollon est un Dieu,
Oui n'entra jamais dans ta bouche.
Ce dernier vers est bien mauvais ; l'auteur s'en aperçut et refit le début de sor épigramme, en altérant toutefois la vérité historique. Se trouvant à Rome au moment où il était question de nommer Godeau à l'évèché de Grasse, Mainard retoucli cette épigramme et en envoya à Flotte les six derniers vers, avec la variante Denys au lien de Godeau (v. 6) et avec une antre leçon pour le v. 7 : Ne nu croy plus de tes rivaux (v. sa lettre XCV, de mai 1636).