Lettres inédites de Chapelain, t. I, pp. 53, 56 et
MAÏNARD ET RICHELIEU 209
rappeler au ministre les vagues promesses qu'il lui avait faites, il composa un placet et chargea vraisemblablement Bautru de le présenter au Cardinal pour ses étrennes de 1634 :
Muses, je consens qu'on me passe Pour vostre ennemy capital, Hippocrene, Pinde et Parnasse Sont les chemins de l'hospital.
La fortune me persécute Depuis le cours de vingt hyvers ; Il luy fasche que je ne bute Qu'à polir seulement des vers.
Elle me tient loing de mon Prince, Entre des brutaux de province Dignes d'estre soûlés de foin.
Quel secours faut-il que j'appelle, Si Richelieu ne prend le soing De me mettre bien avec elle * ?
Pas de réponse. Faisant de nécessité vertu, Mainard s'arma de patience et attendit que le Cardinal voulût bien lui marquer de nouveau sa bonne volonté.
Sur ces entrefaites la nouvelle de la protection accordée par le Cardinal au petit cercle de lettrés qui se réunissaient chez Conrart, rue des Vieilles Etuves2, mit en émoi le monde des écrivains. Cette petite société d'amis des lettres devait être agrandie et transformée en un corps officiel ayant pour but la réglementation et l'embellissement de la langue française. En mars 1634, la Compagnie qui, placée sous l'autorité du Cardinal, s'était déjà donné le nom d'Académie française, s'occupait de la rédaction de ses statuts et s'était