Ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f° 150 v
2. Pellisson et d'Olivet, Hist. de l'Académie, éd. Livet, Paris, 1858. — Abbé Fabre, Chapelain et nos deux premières académies, Paris, 1890, in-8". — Petit de Julleville, Hist. de la littérature française, t. IV, chap. 3 ; La fondation de l'académie française. — Les registres de /' 'Académie française, publiés par l'Institut de France, Paris, 1896.
adjoint, avec l'agrément de son protecteur, treize nouveaux membres. Pellisson place Mainard dans le groupe qui vint s'ajouter au noyau primitif d'académiciens, représenté par les habitués du cercle Conrart. Pourtant, il semble bien qu'à cette date Mainard fut seulement désigné comme académicien. On dut procéder à son égard comme on procéda à l'endroit de Balzac que IJoisrobert convia par une lettre, lue dans la séance du 13 mars 1634, à se faire admettre dans la Compagnie. Le poète répondit aux propositions qui lui furent faites en ce sens, en sollicitant avec une modestie excessive l'honneur de faire partie du corps créé par Richelieu. Il adressa à cet effet d'humbles messages à Boisrobert et à Chapelain, qui l'un et l'autre s'occupaient de très près de tout ce qui touchait à la nouvelle institution. Le 21 août 1634, en se plaignant à Conrart du peu d'assiduité des académiciens aux séances, Chapelain lui fait part de la missive pleine d' « humilité » que Mainard lui avait adressée au sujet de sa candidature. Quelques jours après il rend compte au président de la manière dont ils avaient, lui et Boisrobert, rempli leur mission. « Nous leusmes l'un et l'autre à l'Académie les termes honorables avec lesquels vous parliés d'Elle et fumes ouïs avec ressentiment de tous. Il seroit long de vous desduire sa forme et ce qui s'est passé depuis son institution. Ce qui la rend considérable est l'approbation de Mgr le Cardinal et le mérite de ceux dont elle est composée. Le reste qu'on s'en est promis pourra estre et pourra aussi n'estre pas. Quand il n'y auroit autre avantage qu'une fois la semaine on se voit avec ses amis en un réduit plein d'honneur, je ne croirois pas que ce fust une chose de petite consolation et d'utilité médiocre » \
Certes, Chapelain avait raison, mais l'avantage sur lequel il insistait ne dut guère toucher notre provincial. Comment jouir i en Quercy des honneurs que lui conférait son titre? Ainsi,; le 2 janvier 1635, l'Académie avait décidé qu'à partir de la première semaine de février chacun de ses membres serait tenu
1. V. pour cette lettre et la précédente, la correspondance de Chapelain, publiée par Tamizey de Larroque, t. I, pp. 74 et 75,
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de prononcer un discours « sur telle matière et telle longueur qu'il lui plairoit ». La bizarrerie du sort, auquel on avait confié le soin de désigner les conférenciers, mit au premier rang le nom de Mainard. Retenu loin de Paris par ses affaires, notre provincial fut remplacé par Paul Hay du Chastelet qui harangua la Compagnie le 5 février 1635 i.
D'autres motifs devaient également refroidir l'enthousiasme de Mainard pour l'Académie. Il avait conçu l'illusion que les membres du nouveau corps recevraient des émoluments. C'était un mécompte. Cette fois encore, se plaindra-t-il dans une lourde épigramme à Silhon, cette fois encore, on ne distribuera pas la moindre botte de foin à Pégase, monture éternellement affamée des poètes2.
Cependant Mainard remercia ses solliciteurs, notamment Boisrobert, avec une chaude effusion qui marque son contentement d'appartenir à un corps dont Monseigneur était le chef. « De quelque source que cette félicité me vienne, écrit-il, je la considère comme arrivée par miracle sur la fin de mes jours, pour me faire gouster quelqu'une des douceurs que j'ay si longtemps cherchées 3 ».
Malgré l'assertion formelle de Pellisson, M. Emile Faguet a révoqué en doute4 la nomination de Mainard, comme membre de l'Académie française, avant la mort de Richelieu. Pour contester au poète l'honneur d'avoir figuré parmi les premiers immortels, M. Faguet s'appuie sur quelques passages tirés de la correspondance même du président d'Aurillac. Mainard n'aurait pas fait partie de l'Académie française avant 1643: 1° attendu qu'à plusieurs reprises, au lieu d'appeler les membres
1. Y. Pellisson, Hist. de V Académie, t. I, pp. 73-74, et lettre du 25 février 1633 de Chapelain à Balzac, éd. c., t. I, p. 92. Pellisson, comme Chapelain, parlent de Du Chastelet. Il est évidemment question de Paul Hay du Chastelet, son frère Daniel, abbé de Chambon, n'ayant été élu que le 26 février 1635.
2. Ed. Garriss., t. III, p. 74 « Silhon je suis adorateur... »
3. Lettre XXXIX à Boisrobert. Les lettres que Mainard adressa au même et à Chapelain, en août 1634, pour solliciter leurs voix, et l'épitre adressée à Chapelain pour le remercier de ses bons offices ne figurent pas dans la correspondance de Mainard, publiée en 1652.
4. Revue des cours el conférences du 15 novembre 1894. — En réalité M. Faguet a repris, en la développant, une opinion que Livet avait énoncée dans une note de son édit. de VHistoire de VAcad. de Pellisson, t. I, pp. 197-198.
de ce corps « mes collègues », il les nomme « Messieurs de l'Académie » ou les désigne à ses amis de la capitale par les mots « vos académistes » ; 2° vu qu'il se moque de l'Académie dans son épigramme de 1634 à Silhon ; 3° enfin, et c'est le point sur lequel M. Faguet insiste le plus, parce que le poète, en promettant à Flotte, dont la prose épistolaire l'enchante, d'être sur la fin de ses jours « canonisé par Messieurs de l'Académie », ajoute : « si j'ay quelque jour l'honneur d'y entrer, je leur en ferai la proposition et croi qu'elle me réussira ' ».
Ne retenons pas les arguments de la première ni de la deuxième catégorie. Balzac, lui aussi un des Quarante, en demandant en 1644 à son confident Chapelain, lequel de matière ou d'étoffe était le terme propre dans une phrase qu'il venait d'employer, lui conseille, pour le savoir, de s'adresser à « Messieurs de l'une et de l'autre Académie 2 ». Balzac entend par là l'assemblée qui avait Richelieu pour protecteur et celle qui tenait ses assises sous la présidence des érudits frères Du Puy. Et encore, en 1645 : « Ne scachés point mauvais gré à un homme qui... m'a donné moyen d'estre patient, équitable, débonnaire, je n'oserois aller jusqu'à généreux et autres grands mots dont se servent Messieurs de l'Académie en d'aussy petites occasions que cette-cy :1 ».
Quant aux académiciens qui ont raillé l'Académie, ils ont été nombreux de tout temps. Balzac la qualifie en 1646 de « chose ridicule » et même a l'audace de témoigner ses sentiments au chancelier Séguier, protecteur de ce corps 4. Godeau, bien qu' « enrôlé » sur le tableau de la Compagnie, ne se fait pas un scrupule, lui non plus, d'en « railler les mystères 5 ». Le burlesque Saint-Amant prend grossièrement à partie ses
1. M. Livet avait cité, avant M. Faguet, les preuves de la deuxième et de la troisième catégorie pour asseoir son opinion sur l'élection de Mainard à l'Académie quelque temps après la fondation de ce corps.