Lettre XLIV à Flotte (novembre
cause de la grossièreté de ses poésies erotiques 1. — En ce cas le grand homme d'Etat aurait dû écarter de son entourage, aussi bien que de l'Académie, le poète Guillaume Colletet, condamné en 1623 par le Parlement de Paris non seulement pour des vers contre 1' « honnêteté publique », mais aussi pour ses attaques contre Dieu et l'Eglise. Si Richelieu avait poussé jusqu'à ce point son dégoût pour la gravelure, il n'aurait pas toléré la présence au Palais-Cardinal de Bautru — un libertin qui s'amusait à dire qu'honnête homme et bonnes mœurs ne s'accordent pas ensemble — ni celle de Boisrobert que la rumeur publique accusait de vices contre nature.
Le témoignage de Pellisson n'est pas le seul en faveur de l'admission officielle de Mainard à l'Académie, dès la fondation de cet établissement. En 1635, un obscur savantasse, Jacques d'AuzollesLa Peyre, dédia au Cardinal un ouvrage, où, à la mode du siècle, il appliquait son érudition à d'étranges matières : Esclaircissements chronologiques et nécessaires pour les véritables positions des matières qui sont dans les poètes et autres historiens fabuleux des règnes de Priam, Roy de Troye, Aegeus, etc., etc. 2. Le livre de La Peyre est précédé d'une tailledouce qui représente un soleil renfermant le portrait de Son Eminence Ducale. L'astre jette trente-huit rayons dont chacun contient le nom de l'un des trente-huit académiciens de cette année. Parmi ces immortels, figure aussi M. Meynard Une épître liminaire dédiée à YEminente, « ceste nouvelle et glorieuse Académie, la plus illustre et relevée de toutes celles qui ont jamais esté », valut à l'auteur les remerciements de la
1. Dans sa brochure déjà citée sur Fr. Maynard (p. 18), M. Clavelier reprend la thèse de M. Faguet, en l'affaiblissant de ses propres conjectures : « Peut-être aussi notre poète mettait-il comme un point d'honneur à déclarer qu'il n'était pas d'une compagnie aux ordres du Cardinal. »
2. Paris, Gervais Alliot, 1635, in-8°. Epître liminaire datée du 25 octobre 1635. j
3. Mainard connaissait personnellement l'auteur des Esclaircissements chrono-' logiques. En 1638, le poète écrit à Flotte (1. CXXIX) : « Le bonhomme La Peyre, m'a escrit une longue lettre de complimens ; assurez-le que je travaillerai à cej qu'il désire de moy, pourveu qu'il abandonne l'imprimerie et le Père Petau. » Le P. Denis Petau est un chronologiste que La Peyre combat dans ses ouvrages. I G. Colletet était lui aussi un ami de ce personnage ; cf. les vers qu'il lui a dédiésj dans son volume à'Epigrammes, Paris, 1653, in-12, p. 63.
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Compagnie ' . Pellisson « qui trouve plaisante cette imagination » du bonhomme La Peyre, ne relève dans son tableau qu'une seule erreur : celle d'avoir introduit parmi les membres de Y « éminente » assemblée M. de Bautru-Cherelles qui ne fut jamais académicien. Il laisse entendre par là que les autres indications de cet auteur sont exactes. Conséquemment et en tenant compte des inadvertances de Pellisson, il faudrait ranger parmi les membres de 1635 de la Compagnie le continuateur de YAstrée, Balthazar Baro, dont Pellisson a négligé de donner la date de réception et que M. Livet" présente, sans preuves, comme le successeur de Granier, expulsé de l'Académie en 1636. On devrait encore compter parmi les premiers Quarante cet énigmatique M. de la Brosse, dont Balzac a vanté l'obligeance et les lumières et chez qui les immortels tenaient leurs séances en avril 1635 !.
Mais voici qui est décisif dans la question. Le 28 avril 1638, en fulminant contre la Comédie des Académistes qui, avec une verve parfois grossière, mais souvent plaisante, satirise les beaux esprits de l'assemblée, Chapelain écrit à Mainard : « Le peuple se resjouit aux despens de l'Académie et s'entretient d'une mauvaise comédie manuscritte où nous sommes la pluspart introduits personnages, à ce qu'on dit peu agréablement. Vostre esloignement vous aura sans doute fait oublier par ce mauvais comique et nous défrayerons la compagnie sans vous»4. Preuve irréfutable de la qualité d'académicien de Mainard, bien avant la date assignée par M. Faguet.
1. Le titre des Esclaircissements chronologiques porte qu'ils sont dédiés au Cardinal ; mais dans l'épître liminaire, Tau leur fait hommage de son livre à VEminente. Sur cette qualification donnée à l'Académie, cf. Pellisson, éd. c, t. I, p. 18.