Cf. éd. Garriss., t. III, p
MAINARD ET RICHELIEU 219
intéressée à protéger les premiers dont les chants peuvent lui assurer l'immortalité. 11 est toujours dangereux de mépriser les Muses :
Vous avez un puissant empire Sur les ans et sur les tombeaux Et comme il plaist à vostre lire Les Roys sont difformes ou beaux.
L'assurance téméraire avec laquelle le poète affirme le pouvoir souverain des Muses est en désaccord avec les moqueries dont, au début de sa pièce, il avait poursuivi les « savantes pucelles ». Néanmoins, l'impression que cette pièce dégage est la confiance du poète dans la bonne volonté de Richelieu.
Il était difficile au premier ministre d'accorder à Mainard ce qu'il lui demandait. Le principal but de la superfétation des présidiaux par de nouveaux offices était, à cette époque de vénalité des charges, de faire rentrer quelques milliers d'écus dans les caisses toujours vides de l'Etat. En enregistrant le 8 mai 1634 l'édit de création de l'office de second président au siège d'Aurillac, le Conseil général des finances, d'après les spécifications de la Chambre des Comptes et du Grand Conseil, avait fixé à 16.000 livres le prix de cette charge. Evidemment cette somme semblait très forte à Mainard qui, en 1611, avait acquis sa place pour neuf mille livres seulement. Mais notre personnage se trompait doublement en pensant que Richelieu lui accorderait de « bailler » seulement « quelque partie de la finance » et que l'office nouvellement créé ne trouverait pas de compétiteurs. En déboursant ce qu'il fallait, Me François de la Chaise obtint, le 25 février 1635, des lettres de provision de cette place et le 5 mai suivant il y fut reçu '.
Comprenant que le Cardinal ne pouvait lui accorder la faveur qu'il en sollicitait, Mainard prit le parti de s'adresser directement à sa générosité. A cette date, il envoie à Charles de
1. Xous lirons ces détails du cahier de notes sur le présidial d'Aurillac dont il a été question plus haut. — Ce manuscrit nous apprend que François de la Chaise résigna en 1639 son office à Jean de Malvesin. On se rappelle qu'un rôle d'imposition du 16 juillet 1641, conservé aux Archives communales d'Aurillac, mentionne comme présidents Henri Darches et Jean de Malvesin.
Noailles une épigramme dont il parle assez mystérieusement à ses amis. Tantôt il redoute que cette pièce ne lui apporte « plus de mal que de bien » et recommande à Flotte et au comte de Clermont, à ce moment à Paris, de n'en pas laisser courir mal à propos des copies1, tantôt il manifeste à l'évêque de Saint-Flour ses appréhensions de voir ses innocentes railleries « fascher ceux de qui on recherche la protection2 ». C'est qu'il y faisait appel, plus franchement que dans ses autres pièces, à la générosité de Richelieu.
Armand, l'âge affoiblit mes yeux Et toute ma chaleur me quitte, Je verray bien tost mes ayeux Sur le rivage de Gocyte.
C'est où je seray des suivans De ce bon monarque de France, Qui fut le père des scavans, En un siècle plein d'ignorance.
Dès que j'approcheray de luy, Il voudra que je luy raconte Tout ce que tu fais aujourd'hui Pour combler l'Espagne de honte.
Je contenteray son désir, Par le beau récit de ta vie ; Et charmeray le desplaisir Qui luy fait maudire Pavie.
Mais s'il demande à quel employ Tu m'as occupé dans le monde, Et quels biens j'ay receus de toy :
Que veux-tu que je luy réponde 3 ?
Rien, répondit sèchement le Cardinal à Charles de Noailles qui lui avait donné lecture de Tépigramme comme de l'ode. Pourtant remarque le P. Rouhours, Mainard avait usé d'un