‹ Le poète François MainardChapitre 120 sur 375 · Ed. Garriss., t. III, p. 14o · texte numérisé non relu

Ed. Garriss., t. III, p. 14o

MAINARD ET RICHELIEU 221

tour fin et flatteur, « pour se plaindre honnestement de sa mauvaise fortune... on ne peut pas demander de meilleure grâce1. » Sans doute, si c'est la première fois qu'on demande, et qu'on n'a pas rebuté quelqu'un par de nombreuses et pressantes sollicitations. Mais, en moins de deux ans, c'était le cinquième assaut que le poète livrait à la libéralité de Son Eminence. Monseigneur, comme beaucoup de grands, aimait qu'on lui laissât la gloire de donner de son propre mouvement" et souffrait difficilement qu'on l'importunât par d'incessantes prières. Son « rien » n'est pas l'arrêt concerté, la réponse préméditée d'un ministre écrasant de son mépris insulteur un écrivain antipathique. C'est le cri spontané d'un homme agacé par la ténacité d'un quémand. Car c'est ainsi que Richelieu traitait Mainard, et cette qualification, avouons-le, n'était pas trop déplacée.

La réponse du Cardinal abattit le courage du poète. Malgré ses pressentiments, il s'attendait à ce que ses « étrennes » fussent mieux accueillies. « J'ai honte, Monseigneur, écrit-il le 24 janvier 1635 3 à l'éveque de Saint-Flour, de la peine que je vous ay donnée. Vos soings ont fait voir à Monseig(neur) le Cardinal les vers que je vous avais envoyé(s), mais à ce que j'apprens par la depesche de Flotte, ils n'ont pas esté trop bien receus. Mon malheur me persécute partout ; il n'y a remède ; il faut que je m'en console et que je ne me désespère pas d'un mal que l'accoutumance me doit avoir rendu familier et supportable.» Et comme Flotte, pour réconforter son ami, l'assurait que a la troupe des beaux esprits » se récriait d'admiration à la lecture de ses vers, Mainard lui répondait avec ironie et amertume :

Cet illustre applaudissement Me chatouilleroit doucement Sans le destin qui m'importune.

1. Manière de bien penser dans les ouvrages de l'esprit, Paris, 1687, p. 203.

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