Les Espagnols occupaient à ce moment le Milanais
2. Cf. lettres L et L1X à Flotte, août et septembre-octobre 1635. Dans celte dernière lettre, Mainard déclare tomber en frénésie à la pensée qu'il devra passer encore un été en Italie, avant de traverser toutes les souverainetés qui sont depuis cette ville jusqu'au Pont de Beamroisin. Il ajoute que Flotte est heureux de ne pas « courre fortune» comme lui, Mainard, d'être pris par les Espagnols en « touchant aux terres du duché de Milan, » ce qui prouve qu'il ne traversa pas le Milanais, occupé par les troupes de Philippe IV. — Dans sa lettre LXXIII, il dit ne pouvoir retourner à Paris sans passer les Alpes, ce qui montre qu'il les passa à l'aller.
3. V. dans notre Tableau chronologique une lettre inédite du 27 septembre 1635 de Mainard à l'évêque de Saint-Flour au sujet des affaires de l'ambassade de François de Noailles. — Cf. aussi la lettre LUI dans laquelle Mainard déclare qu'il est las de « la depesche de l'ambassade. » Dans une lettre datée de Rome (12 sept. 1635) François de Noailles se plaint vivement à son frère de ne pas avoir reçu les sommes qu'il lui avait demandées : « représentés-vous... si je dois estre fort à mon ayse d'avoir esté réduit à l'extrémité dont vous escritpar mon ordre M. le prés(ident) May(nard) » (Arch. Aff. étrang., Rome, t. XLIX, f° 415).
4. Au moment du départ du comte, c'est le président qui est chargé de la surveillance de ses bagages.
Notre écrivain ne devait guère s'entretenir de poésie avec son patron, ni lui réciter ses vers. Ces matières étaient fort peu du goût de Noailles, qui se laissait divertir tout au plus par les accents pathétiques de laLéonora, chanteuse dont Montreuil, futur membre de l'Académie française, célébra, en stances enthousiastes, a les doux et cruels accords » l. En revanche, le comte estimait beaucoup les sciences et la philosophie, à en juger par la protection qu'il accorda à Campanella et à Galilée. 11 facilita le passage en France du premier qui, à Rome même, craignait les traitements odieux que les Espagnols lui avaient fait subir dans les cachots de Naples. Quant à Galilée, on sait que Noailles rapporta à son retour en France, le manuscrit de ses Discorsi e dimostrazione matematiche que l'illustre astronome et physicien, victime du fanatisme du Saint-Office, n'osait faire imprimer en Italie. C'est grâce à Noailles, à qui il est dédié, que cet ouvrage parut en 1G38, àLeyde, chez les Elzéviers.
Quant les tracas diplomatiques lui en laissent le loisir, le comte pense surtout à satisfaire son immense vanité. Sous couleur de représenter avec éclat la personne du roi, son maître, son suprême plaisir est de traîner à la file, les jours de visites, quatre-vingt-dix carrosses à la suite du sien. Son grand souci est de ne pas laisser éclipser son fils, le baron de Noailles2, par le fils de l'ambassadeur d'Espagne, le marquis de Castel- Rodrigo. Il veille à ce que les livrées de ses estaffîers et de ses laquais soient aussi luxueuses que celles des gens appartenant aux prélats français, à ce moment à Rome, et que sa table soit aussi somptueuse que la leur '.
1. « Stances de M. de Montreuil pour la Léonore à Rome qui chantait devant le mareschal de Toiras et M. de Noailles », dans le tome XXIV des Rec. Courait, p. 509 (ms. 4129 de la Bibl. de l'Arsenal). — V. sur Jean de Montreuil, venu en Italie à la suite de M. de Bellièvre et qui se donna au cardinal Barberini, Pellisson, Hist. de l'Acad. franc., éd. Livet, t. I, p. 140. — Cette chanteuse est vraisemblablement la Signora Leonora Baroni Dama célèbre per la sua impareggiabile eccellenza ne lia musica, en l'honneur de qui Fulvio Testi écrivit une pièce de stances (cf. Poésie liriche, Bologne, 1645, in-12, II, 143).
2. Le P. Anselme donne ce titre à Charles, mort au siège de Maëstricht, en 1632. Ce titre passa très probablement au frère cadet du défunt, Anne, futur duc de Noailles. Le baron de Noailles quitta Rome pour gagner l'armée française d'Italie, le 18 février 1636 (cf. Gazette de France du 29 mars 1636).
3. Cf. lettres du 22 novembre 1634 et de janvier 1635 à l'évêque de Saint-Floui (Arch. Aff. étrang., Rome, t. XLVIII, f 324 et 413).
Le frère du premier ministre, Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, archevêque de Lyon et grand aumônier de France, y était venu chercher le chapeau rouge, mais surtout seconder l'ambassadeur dans les affaires concernant le service du roi. Assez détourné des préoccupations religieuses, riche par ses nombreux bénéfices \ le cardinal de Lyon, comme on appelait le frère de Richelieu, faisait avec ostentatation paraître sa fortune dans son train de maison et dans les festins qu'il offrait^ En avril 1635, à son entrée dans la Ville sainte % à la tête d'une brillante cavalcade, il avait forcé les dames romaines à se récrier d'admiration sur sa belle prestance.
Un autre envoyé du roi, Pierre de Fenouillet, évêque de Montpellier, rejoignit en novembre l'ambassadeur qu'en haut lieu on estimait au-dessous de sa tâche. Ce prélat3 devait soutenir auprès de Sa Sainteté les vues de Louis XIII et de l'assemblée générale du Clergé sur la nullité du mariage contracté clandestinement par Monsieur avec la princesse Marguerite de Lorraine. Il y avait encore à Rome les évêques du Mans et d'Albi, Charles II Lavardin de Beaumanoir et Gaspard de Daillon du Lude qui rivalisaient de faste avec l'ambassadeur et le cardinal de Lyon. Le premier de ces seigneurs ecclésiastiques cherchait à obtenir du Vatican la permission de succéder dans l'archevêché de Lyon au frère du Cardinal, car celui-ci était désireux de résigner cette dignité. Le deuxième y poursuivait l'obtention des bulles de l'évêché d'Albi, que le pape s'obstina longtemps à ne pas lui accorder, attendu que l'ancien titulaire de cette place, Alphonse d'Elbène, affilié au complot de Montmorency et de Gaston, en avait été, au sentiment du souverain pontife, injustement dépossédé.
1. Il était abbé de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Panl de Cormery, de la Case-Dieu, doyen de Saint-Martin de Tours, proviseur de Sorbonne. — Sur ses fredaines, v. Tallemant, Historiettes, éd. c, 11, 185.
2. L'archevêque de Lyon était arrivé à Rome le 1" avril 1635, Arch. Aff. ëtrang., Rome,!, LUI, f"s 194, 197 et t. XL VIII, f° 569 (lettres de Noailles à Bouthillier et à l'évèque de Saint-Flonr, d'avril 1635) ; t. LIV, f° 16'± (lettre du roi à Noailles, 20 janv. 1635).
3. L'évèque de Montpellier quitta Paris le 17 octobre (cf. Gazette de France du I oct. 1635). Arch. Aff. étrang., Rome, t. LV1, f° 199 : Instruction donnée à H, l'évèque de Montpellier s'en allant à Rome sur le sujet du mariage de Monsieur.
La résidence de l'ambassadeur, le palais Aquaviva, rue Julia, ainsi que la demeure de ces prélats, ne désemplissaient pas d'abbés et de gentilshommes, de moines et de gens d'épée. Le jeune abbé Scarron, leste malgré son précoce embonpoint, bien différent de ce « raccourci de misère humaine » qu'il devait devenir quelques années plus tard, frétillait joyeusement autour de son patron, Charles Lavardin de Beaumanoir, évêque du Mans1. Les deux poètes se prirent en affection. Bien que Scarron, à son retour en France, perdit quelque peu de vue notre écrivain \ il adressa à Mainard, au moment de l'impression de ses œuvres, une longue épître burlesque et orna le volume posthume de lettres de son ami d'un plaisant quatrain. Chez l'ambassadeur, notre personnage coudoyait fréquemment Merlin, auditeur de Bote, à qui il adressa un sonnet désabusé", le P. Caiïardy, procureur général des cordeliers français auprès du Saint-Siège, qui oublia plus tard l'amitié promise au poète « sur le mont Capitolin » ', et surtout le médecin de Noailles, l'abbé Pierre Michon Bourdelot.
Médiocre poète français et latin — il écrivit entre autres une ode latine en l'honneur des œuvres de Mainard — Bourdelot était en revanche un excellent humaniste. A son passage à Aix, en compagnie de Noailles, ce jeune homme de vingt-trois ans émerveilla Peiresc par l'étendue de son érudition, et surtout par la manière dont il citait à propos « les propres paroles du texte de son Hippocrate, qu'il scavoit tout par cœur » 5.
1. Cf. Morillot, Scarron et le genre burlesque, Paris, 1888, p. 17.
2. Cf. lettre CCLXXXIV (nov. 1642) à Scarron : « Xostre amitié contractée dans Rome vous donne-(t-)elle de la peine ?... Escrivez-moi, s'il vous plaist, une fois le mois... »
3. Ed. Garriss., t. III, p. 48. — Merlin faisait partie delà Rote au moment du séjour de Mainard à Rome, cf. la Gazelle de France du 3 novembre 1635 qui] parle de lui à propos de la cavalcade des auditeurs de ce tribunal. Composée! de douze membres dont l'un français, la Rôle tirait sou nom de la roue en mosaïque qui figurait sur le pavé de la salle du Vatican ou, à l'origine, ce tribunal] ecclésiastique tenait ses séances.