‹ Le poète François MainardChapitre 134 sur 375 · Cf. lettre VII de Mainard · texte numérisé non relu

Cf. lettre VII de Mainard

5. Pierre Rourdelot, né à Sens le 2 février 1610, est le neveu de JeanRourdelot, avocat au Grand Conseil, éditeur de Lucien, d'Héliodore et de Pétrone. — Sur poésies françaises voir la Bibl. des rec. collect. de Lacbèvre, t. III, p. 227 et une no! de Tamizey de Larroque dans le t. II, des Lettres de Peiresc (p. 548). Sur son éru-j dition, v. Peiresc, Lettres, t, III p. 6(J et t. IV, p. 103. Xoailles en parle à son frèi

Mainard recherchait avidement la société des Français influents qui, à ce moment, étaient les hôtes de Rome : évoques et cardinaux, seigneurs de haut parage comme le maréchal de Toiras, gens de robe comme le président Nicolas de Bellièvre1, nomméen 1635 ambassadeur extraordinaire en Italie. Qu'était-il venu faire à Rome sinon relever sa situation matérielle? Or ces personnages sont d'éventuels protecteurs, en mesure de lui faciliter l'accès du Louvre ou de lui acquérir (sauf Toiras) les largesses du premier ministre. Il faut les flatter, leur faire la cour. Naturellement ces hommages vont en première ligne au cardinal de Lyon. Mainard ne se lasse pas de visiter le Palais Farnèse, demeure de Son Eminence, de suivre le cardinal dans ses excursions dans les environs2, de lui soumettre ses rimes, de prôner son extraction illustre, d'exalter ses vertus et ses mérites'.

L'affïuence des Français à Rome qui était agréable à Mainard avait, on le sait, contrarié Montaigne '. C'est que l'état d'âme de ces deux voyageurs différait complètement. Montaigne visitait la Ville aux sept collines, pour y contempler les lieux qui avaient été le théâtre, les monuments qui avaient été les témoins de la grandeur et de la déchéance du peuple Roi, dont l'histoire lui était familière dès son enfance. Il y cherchait aussi dans les habitudes, les mœurs, les idées de contemporains appartenant à une autre race et vivant sous un autre ciel, une pâture à sa curiosité toujours en éveil et jamais satisfaite, des apports à son enquête tendant à la connaissance de l'homme « ondoyant et divers », des éléments nouveaux à son scepticisme souriant

dans deux lettres, l'une du 31 janvier, l'autre du 11 août 1635 (Arch. Aff. étrang., t. XLVIII, f° 432 et t. XL1X, f° 160), ce qui prouve que le séjour de Bourdelot à Rome fut plus long qu'on ne le dit.

1. Bellièvre quitta la France en mars 1635 avec la mission de faire entrer tous les princes italiens dans une ligue contre les Espagnols. Il arriva à Rome dans la seconde moitié de novembre 1635 et en partit le 4 décembre 1635 (cf. Arch. Aff. étrang., Rome, t. LIT, f° 286, et t. LUI, f° 347. Lettres de Noailles à Bouthillier du 22 novembre et du 5 décembre 1635). — Cf. pour ses relations avec Mainard les lettres LXXI et CLVII de notre auteur.

2. Il l'accompagna à Caprarola, cf. lettres LXVI, XCVII, CI et CIL

3. Sonnet à Monseigneur VEminentissime Cardinal de Lyon, éd. Garriss., t. III, p. 251.

4. Journal de voyage de Montaigne en l ta lie par la Suisse et l'Allemagne publ. par Alessandro d'Ancona, Gittà di Gastello, 1889, in-8°, p. 197.

et universel. Comment à Rome, n'aurait-il pas été agacé de s'entendre à chaque pas saluer dans sa langue, lui qui voyageait surtout avec l'intention de voir des exemplaires d'une humanité différant de celle qu'il connaissait déjà'.

A Rome, Mainard ne fait que penser à Paris, et la ville bâtie sur les rivages du Tibre est, à son gré, loin de valoir celle des bords de la Seine. Elle n'est pas « divertissante ». Môme en déliant largement les cordons de sa bourse, on ne s'y amuse pas. « Il vaut mieux estre misérable à Paris que riche à Rome. » Après trois mois de séjour, lepoèteen est tellement las, qu'il lui semble porter « sur ses espaules cette grande machine de la Rotonde, avec celle de Sainct-Pierre. Qui veut vivre heureux ne doit point chercher sa félicité hors de Paris, s'il n'a le goût dépravé et la cervelle démontée * ». Si une fois, par extraordi naire, il trouve Rome « la plus belle demeure du monde », c'est que les folies du carnaval remplissent les maisons et les rues de leurs joyeuses extravagances, que les débauches des jours gras ont mis en belle humeur notre poète bachique, et surtout « qu'une trentaine de santés », vivement avalées, lui ont fait voir la vie en rose'. Les coutumes italiennes lui semblent « tyranniques » ; la régularité des révérences et des cortèges, l'étiquette et la cérémonie observées en tout, lui sont insupportables. « La liberté françoise vaut mieux que toutes les gravités contrefaites » en usage à Rome'. Puis, l'été, ce sont des chaleurs accablantes, donnant aux malheureux qui étouffent dans ces parages un avant-goût des flammes du Purgatoire5. Ralzac, l'ami de notre auteur, avait imaginé, dans ces brûlants climats, d'étranges procédés pour se préserver de l'embrasement de la canicule. « J'ay un éventail qui lasse les mains de quatre valets(| et fait un vent en ma chambre qui feroit des naufrages en

Page 1