‹ Le poète François MainardChapitre 136 sur 375 · Essais, t. I, p · texte numérisé non relu

Essais, t. I, p

de Mainard, il n'en était plus ainsi. Les « misérables prélats romains », s'écrie-t-il avec indignation, « ne vivent que de raves et d'un peu de fenouil, n'usent de cure-dents que pour tromper le monde, faisant accroire qu'ils ont disné lorsqu'ils sont encore à jeun (et) n'ayment les bonnes viandes que sur les tables d'autruy. »

Quand ils étaient las de faire mauvaise cbère, les gentilshommes romains venaient eux aussi restaurer leur estomac délabré à la bonne table de l'ambassadeur ou du cardinal de Lyon'. Si les prélats et les nobles romains faisaient, à l'ordinaire, d'aussi piètres repas, on devine combien peu appétissant devait être le menu des traiteurs italiens. Il était impossible à Mainard de faire dans les cabarets de Rome les parties qu'il s'offrait clans ceux de Paris. Saint-Amant, ce brave « goinfre qui, deux ans avant Mainard, s'était rendu à Rome pour y chercher fortune auprès du duc de Créquy, nous a tracé de la cuisine des hôtelleries romaines un piquant tableau :

Ouay, l'hoste se met en dépence !

Une fritate d'œufs couvez, Et d'huile puante abbreuvez, Se vient offrir à notre pauce :

Un morceau de serpent rôty, De menthe et d'hyssope assorly, L'accompagne avec une rave ; Et barrette sur le genouil, Battiste, d'un pas lent et grave, Fait marcher trois brins de fenouil 2.

Mainard doit se contenter du simple souvenir des parties fines d'antan chez les riches magistrats et chez les abbés fortunés du Marais. Où sont « les bisques selon Sainct-Marc et selon Sainct-Martin ? » La table de l'ambassadeur est bonne, mais on est obligé de s'y tenir selon l'étiquette. Il serait impoj sible d'y renouveler ces « actions héroïques » en l'honneur di « Dieu des plats et des bouteilles1 » auxquelles Mainard

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