Lettre LV1I
SÉJOUR T)E MAINARD A ROME 249
antiquitez romaines et avec une telle diligence, que presque scay le compte de toutes les pierres qui ont resté au Colisée1 ». Voilà le tribut d'admiration qu'il rend à l'amphithéâtre de Vespasien ! Tout comme Saint-Amant, au fond de son cœur, il regarde cet édifice comme un
Nid de lésards et d'escargots, Digne d'une amere risée".
Le sourire narquois de Scarron glisse sur ses lèvres, à la pensée que dans les temps antiques on célébrait le culte des dieux « qui furent débauchez comme vous et moy » \ Pour un peu il verserait dans la raillerie impie de l'auteur de la Rome ridicule et de celui du Virgile travesti. Les souvenirs de son éducation classique, son apprentissage chez Malherbe, beaucoup plus de retenue dans le goût pour le burlesque et un peu moins de hardiesse d'esprit, l'empêchent de se livrer aux grotesques facéties de Saint-Amant et de Scarron.
Combien plus d'élévation montre Balzac qui, à ce même moment, soupirait en Angoumois de ne pouvoir refaire un pèlerinage dans « la plus belle partie de la terre ! » « Il y a longtemps que j'ay donné mon cœur à l'Italie... Si j'eusse gouverné ma vie à ma volonté, ajoute l'épistolier, jeserois citoyen romain dès l'an 1620 »''.
Il est naturel que les vers peu nombreux de Mainard où il est question de la Rome antique ou des vestiges qu'elle a laissés traduisent non les impressions personnelles du poète, mais des réminiscences livresques.
Rome n'a rien de son antique orgueil
Et le vuide enfermé de ses vieilles murailles
N'est qu'un affreux objet et qu'un vaste cercueil \
Ce sentiment n'est pas original. Montaigne avait déjà dit que ce qu'on voyait de Rome « n'estoitrien que son sépulcre»,