‹ Le poète François MainardChapitre 148 sur 375 · Lettre LVII au même · texte numérisé non relu

Lettre LVII au même

3. Bourdelot, le médecin de Noailles, avait envoyé en décembre 1635 une copie de cette ode à Peiresc. Le grand érudit lui répond (Lettres, t. VII, p. 742, notel), le 3 janvier 163G : « J'ay prins un plaisir non pareil à la lecture de cette belle ode que M. Menard (sic) a faicte pour le pape, laquelle a esté grandement admirée icy de touts les plus curieux. J'ay de grandes inclinations à vénérer ce personnage et tout ce qui part de sa main, à cause que j'estois partial du pauvre feu M. de Malherbe de qui personne ne suit les pistes, ce me semble, comme celny-cy. Je vouldrois avoir moyeu de luy donner quelques dignes preuves de ma dévotion à son service... » — Comme Mainard avait chargé Bourdelot de remercier Peiresc du panégyrique que celui-ci avait fait de ses vers (Les correspondants de Peiresc, fasc. XXI, p. 14), le conseiller du Parlement d'Aix écrit, le 6 mars 1636 (Lettres, t. VII, p. 745, note 2) : « Je ne mérite pas l'honneur que me daigne faire M. Maynard et vouldrois bien m'en pouvoir rendre digne en le servant selon mon debvoir et mes vœux. Ses vers ont esté imprimez à Dijon et ailleurs ; il y a des gens qui les ont voullu mettre en latin tant ils sont du commun aveu. » Flotte, qui se fit l'écho des amis de Paris du poète, n'était pas de l'avis de Peiresc. Bien que Mainard eût sollicité son indulgence pour « de pauvres enfants de qui le père est hors du royaume » (lettre LXVIl), ce joyeux compagnon qui rimaillait luimême de lestes couplets et de mordants vaudevilles, ne cessa de morigéner son ami, en lui indiquant les corrections qu'il fallait apporter à son ode (voir entre autres, lettre LXVI).

enchanteur du lac Albano. Urbain aimait s'entretenir avec le poète et l'entendre réciter des vers. A plusieurs reprises, il contraignit Mainard à « réveiller sa plume » et à sortir de l'agréable far niente dans lequel il s'assoupissait à l'imitation de ((Messieurs les Romains »\ « C'est une ville toute cour et toute noblesse : chacun prant sa part de l'oisifveté ecclésiastique » note Montaigne, et Balzac confirme son témoignage : la nonchalance des (( honnestes gens » serait si grande à Rome que, « pour sauver la moitié du monde, un homme ne se leveroit pas de table à la haste de peur de troubler la digestion »2. Heureusement la poésie exige des efforts moins rudes et il était permis au poète, pendant ses longues heures de sieste, d'aligner des vers sans trop se fatiguer.

Le sonnet de Ferragus obtint chez le souverain pontife un grand succès \ La cour de Rome nourrissait à l'endroit de Richelieu, une sourde hostilité. Bien des fois déjà, la politique du Cardinal, qui devait aboutir bientôt à de graves démêlés avec le Vatican, avait froissé l'amour-propre des ultramontains. C'avait été sur son invitation que l'assemblée générale du Clergé s'était prononcée, en 1635, sur la dissolution du mariage de Monsieur, empiétant, affirmait-on, à Rome, sur les droits du Sacré- Collège. Les prétentions de Richelieu de se faire concéder les bénéfices vacants par suite du mariage du cardinal François de Lorraine, ses instances pour obtenir la coadjutorerie del'évêché de Spire ou de l'archevêché de Trêves et pour être investi du généralat de l'ordre des Cîteaux ainsi que de celui des Prémontrés, avaient vivement mécontenté le pape. On accusait déjà le Cardinal de méditer un schisme, d'aspirer au patriarcat de l'Eglise gallicane. Le pape ne s'opposait nia la publication, ni à la vente à Rome des pamphlets contre le premier ministre, et secrètement il approuvait ses détracteurs.

Aussi dut-il applaudir d'un cœur sincère aux vers moqueurs de Mainard. Peut-être même ne serait-on pas tout-à-fait dans l'erreur en considérant les cajoleries prodiguées par Sa Sainteté

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