‹ Le poète François MainardChapitre 149 sur 375 · Lettre LU à Girard · texte numérisé non relu

Lettre LU à Girard

à notre écrivain, ses prévenances pour un poète dont Richelieu avait méprisé le talent, comme quelque chose de plus que les marques d'estime d'un amateur de poésie. Qui sait si ces chaudes manifestations ne partaient pas du désir de jouer le rôle de réparateur des torts commis par autrui, si elles ne provenaient pas surtout de l'intention de faire ressortir aux yeux de la colonie française de Rome, l'esprit d'injustice qui animait le premier ministre du roi Très Chrétien.

Chose piquante ! Sa Sainteté qui, dans une élégie latine, invitait la jeunesse à ne mettre en œuvre que des pensées élevées, Urhain qui déplorait dans ses rimes italiennes la complaisance manifestée par la légion des poètes contemporains pour d'impudiques chansons d'amour, et qui lui-même ne composait presque que des vers de piété1, prenait plaisir à entendre Mainard lui débiter ses lestes bagatelles, ses lascives folâtries. Le Saint Père se désopila grandement en écoutant les déclarations que le poète faisait à sa « sempiternelle », les conseils rabelaisiens qu'il donnait au « bigot à petit collet », et les drôleries de son invective à une trop chaude amie 2. Les suffrages du pape et de la « Cour des bas de soie », après l'indifférence que lui avait témoignée la « Cour des bottes », comme Mainard appelle plaisamment le Louvre ', consolaient un peu le poète de ses nombreuses déconvenues. Cette approbation lui ôtait du moins le regret dont il avait été pris en France de s' a estre opiniastré après une estude inutile et qui l'avoit esloigné des affaires et de la fortune » ''.

Chez Sa Sainteté, Mainard avait l'occasion de frayer avec les plus hauts dignitaires de l'Eglise, qui souvent étaient aussi des représentants éminents des lettres italiennes. C'est ainsi qu'il y rencontrait les deux neveux du pape, les cardinaux Antoine et François Barberini, l'un ami de Philippe IV, l'autre, allié à la politique de Louis XIII. Dans leur zèle à bien servir la cause des deux états ennemis, les éminentissimes personnages

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