‹ Le poète François MainardChapitre 153 sur 375 · L'achevé d'imprimer est du 26 février · texte numérisé non relu

L'achevé d'imprimer est du 26 février

8. Cf. N. Borbonii Apoloqelicx commentationes ad Phylarcum, Paris, 1636, in-4°. A en juger par les allusions qui y sont faites par Peiresc (Lettres, III, 476), cette lettre avait déjà paru à la fin d'avril 1636,

frères Du Puy où s'assemblait, selon l'expression de Balzac lui-même, « le vray, le légitime Sénat, qui a droict de juger de nos affaires de livres »*, on trouvait que les missives du grand rhétoricien renfermaient « quelques bonnes tirades, mais aussi bien des hyperboles et façons de parler extravagantes»", et que c'étaient « des viandes creuses » qui pouvaient satisfaire seulement le goût d'un public superficiel'.

A la même date, Du Moulin, dans son Hyperispitos sive dèfensor veritatis, distribuait à Balzac quelques égratignures. Ce pamphlet, imprimé à Genève, était une réponse du ministre protestant au libelle d'un jésuite romain, irrité des sorties faites contre l'église catholique par Du Moulin, dans sa récente polémique avec Balzac '. Enfin le discours du rhétoricien sur la tragédie d'Heinsius, intitulée Herodes infanticida ', était l'objet des discussions passionnées des docteurs de la Sorbonne'1. Envenimant le débat, les Sorbonnistes amenèrent bientôt le professeur « en politique » de Leyde à lancer contre Balzac un factum acerbe7 et à publier, pour lui faire tort, son juvénile et républicain discours sur l'état politique des Pays-Bas, dont autrefois l'épistolier avait laissé des copies en Hollande.

Ces agissements de l'envie contre un « homme extraordinaire » indignaient Mainard. Il se fit le champion de Balzac qui, à son avis, méritait par ses écrits « l'approbation de tous ceux qui ont de la science et de la conscience, pour user des

1. Cité par Uri, /'// cercle savant aa XVII' se, Fr. Guyel, Paris, 1888, p. .20.

2. Lettre de Jacques Du Puy à Peiresc, du 12 avril 1027, à propos de Y Apologie de Balzac, écrite par Ogier — en réalité par Balzac lui-même (Lettres de Peiresc, t. I, p. 843, appendice).

3. Jacques du Puy n'avait pas modifié, en 1636, son opinion sur Balzac, à en juger par une lettre que Peiresc lui adresse, le 11 mars 1636. Cf. Lettres de Peiresc, t. 11, p. 452.

4. Cf. P. Paris et Monmerqué, commentaire des Historiettes de ïallemant, t. IV, p. 100. — Sur la polémique de Balzac avec Du Moulin, v. notre étude : Lex originaux du « Barbon » de J.-L. Guez de Balzac, dans la Revue d'hist. littéraire de la France, janvier-mars 1908.

5. Paris, 1636, in-8°, réimprimée dans le t. II de l'éd. in-f, troisième dissertation critique dédiée à Huyghens. — La tragédie de Heinsius avait paru en 163:

6. Cf. les lettres II et III du liv. XVII à Chapelain, 15 et 20 juin 1636.

7. Dan. Heinsii epislola, qua disserlationi Balsaci ad Ilerodem infantici<l«n> respondetur, Leyde, 1636, in-8\

termes de feu Monsieur de Malherbe » '. D'ailleurs, il n'avait pas beaucoup de peine pour convaincre la prélature romaine du talent de l'épistolier. Sa Sainteté avait autrefois fait à Balzac l'honneur de le «caresser))2. Bentivoglio l'estimait tout particulièrement puisqu'il avouait à ses amis de France que les mérites de cet écrivain étaient supérieurs aux siens3. Enfin le cardinal François Barberini, étant nonce à Avignon, avait étudié le français dans les ouvrages de l'épistolier \ Ajoutons encore que la première manière de Balzac, sa majesté guindée, ses métaphores tirées de fort loin, l'ordonnance de ses antithèses et l'enflure de ses hyperboles plaisaient aux Italiens dont le rhétoricien imita quelque temps les péchés mignons. « Vous ne scauriez vous imaginer, écrit Mainard, comme ce grand homme est estimé en ce pais où l'on ne cognoist nostre langue que fort peu » '.

On appréciait tout autant à Rome, mais pour des motifs différents, le rival de Balzac, Vincent Voiture, l'« âme » de l'hôtel de Rambouillet. On prisait fort la familiarité impertinente, la grâce ironique, le baladinage souvent exquis de ses lettres et de ses vers. Constatant la joie qu'avait suscitée dans le cercle de Julie son retour, après ses trois années de séjour à l'étranger au service de Gaston, Voiture redoublait de désinvolture audacieuse. Tout récemment il avait laissé gambader sa plume sur un sujet leste entre tous. Il venait de chansonner avec espièglerie Mlle de Marolles « dont la jupe fut retroussée, en versant dans un carrosse à la campagne » :

Philis je suis dessous vos lois,

Et sans remède à cette fois,

Mon âme est votre prisonnière... ,;

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