Cf. chap. VU, $ 1 du présont ouvrage
:{. (if. cliap. 111, § 1 de cet ouvrage.
't. Ad clfirissiiiiiim pnaesidetfi Mueiuirdum, Klegia, à la fin <]<>> Pièces Nouvelles de Mainard, Toulouse, 1638.
o. V. Pièces justificatives. En insérant s^ hendécasyllabes dans ses Miscellaitaea. Paris, 1052, in-4", Ménage leur donna pour titre : Suscnbendum imaqini Fr. Menardi, Tolosafis, epigrammalafïi prœstantissimi, affirmant une lois de plus l'origine toulousaine de notre personnage.
26 LE POETE Fil. MAINAlih
Jean, son frère aîné, et à la fille de ce dernier, Anne de Cambolas.
Sur la foi de Pellisson on a accepté 1582 comme année de la naissance* de Mainard. C'est sans doute la mention inscrite sur le portrait de Fr. Mainard, en tète de son volume de vers, achevé d'imprimer le 15 juin 1646, qui a servi de base à l'assertion de Pellisson. Mais les mots « à l'Age de 64 ans » sont vagues. Mainard devait-il bientôt prendre cet âge, l'avait-il accompli depuis peu, ou au contraire approchait-il de sa soixante-cinquième année? C'est là la question, car dans les premiers cas, Mainard serait né au début de 1583, et dans le dernier, il serait venu au monde à la fin de 1582. Les autres témoignages que nous avons sur ce sujet ne nous éclairent pas davantage.
Son testament daté du 10 juin 1644 débute de la manière suivante'' : « Je François Maynard, misérable pécheur adverse (sic pour adverti ou advisé) par la commune condition des hommes et par l'âge de soixante-un ans, me prépare à quitter la vie etc. ». Ce document nous porterait à croire que Mainard est né au commencement de 1583. Un passage de la lettre ccxlvii à Flotte, de juin 1639, indiquerait au contraire 1582 comme année de naissance du poète. En priant son ami de corriger les poésies qu'il lui avait envoyées, Mainard lui écrit : « Par là vous m'apprendrez la distance qu'il y a entre la langue du cabinet et celle du désert, et ce que je dois espérer de ce peu de vigueur que cinquante-sept ans ont laissé à mon esprit », et quelques lignes plus bas, en parlant des succès des armées du roi en Roussillon et en Flandre, il s'écrie: « Dieu veuille que vous et moy puissions encore jouir six ans de cette future tranquillité que les victoires de nostre grand Prince doivent donner à toute l'Europe , et que dans un profond calme les Muses m'inspirent des chants de triomphe qui soient dignes de la France et de vos oreilles. » 11 faut entendre par ces mots le vœu d'atteindre son an climalérique, c'est-à-dire sa soixantetroisième année, terme fatal, croyait on, qui, une fois franchi, permettait aux vieillards d'espérer quelques lustres de vie
tranquille et heureuse' Enfin Balzac, dans une lettre du 20 novembre 1045- à Chapelain, après avoir déclaré à son correspondant que les deux dernières pièces de Mainard ne sont pas à son goût, ajoute : « pour esviter les mauvais présages, je n'en veux point accuser Tan climatérique. » Qu'a voulu dire Balzac ? Son ami est-il près de passer ce tournant dangereux de la vie? Se trouve-t-il dans cet âge maléfique? Suivant que Ton penche pour l'une ou pour l'autre de ces interprétations, on placera la naissance de Mainard à la fin de 1582 ou au début de 1583'. Faisons remarquer cependant que cette dernière date nous semble préférable, attendu qu'elle est celle qu'on peut inférer du testament du poète, pièce faite à un moment où notre personnage dut examiner ses papiers et se rendre nettement compte de son Age, et en second lieu, parce que le registre de baptêmes de la paroisse Saint- Etienne de Toulouse, quoique complet pour 1582, ne contient pas d'indication relative à Fr. Mainard. 11 est regrettable que le registre baptistaire de 1583 de la même paroisse offre une lacune depuis le 1er février jusqu'au 1er novembre, car, s'il nous était parvenu à l'état complet, il nous aurait permis de trancher sans appel la question4.
1. Cf. Ic sonnet, à Tallcmant, éd. Garriss. III, .'il, dans lequel Mainard exprime sa joie de voir que :
Son an climatérique a terminé son cours.
1. Lettres inéd. de Balzac, publ. par Tamizey de Larroque dans les Mélanges historiques, T. I. (Documents inéd. sur l'IIist. de France).
3. Dans une lettre que .Mainard adresse de Rome à Flotte, en janvier 1636, se trouve un passage singulièrement obscur : « Les almanachs nous promettent que Tan mil six cens cinquante calmera l'orage qui agite toute l'Europe; je voudrois que nous fussions en quarante neuf et que j'eusse l'ail six pas davantage vers mon Age climatérique r. A moins que l'on admette que six soit une faute d'impression pour dix, on sera bien embarrassé d'expliquer ces lignes ; le calcul auquel on se livrerait aboutirait à ce que, en janvier 10110, Mainard eût ;'»" ans, qu'en 1616, il en eût 67 et non 64 comme l'indique son portrait, et enfin qu'il fnt né en 1570, date de la naissance de son frère Géraud (baptisé le 20 septembre). Heureusement Mainard vient lui-même nous tirer de notre perplexité en ajoutant aussitôt après sa déconcertante déclaration : « Pensez-vous que je sçache ce que je vous escris; je ne le sçay pas, je vous le jure, je resve le plus souvent, et ne dis rien de bien à propos. »
4. Par acquit de conscience, nous avons contrôlé pour les années lo70-158.'l non seulement les registres de baptêmes de la paroisse Saint-Etienne, mais encire ceux de la Dalbade, de la Daurade et de Saiul-Sernin. Le registre baptis-
28 LE POÈTE FR. MAINAIil)
On a fort peu de données sur les années de jeunesse de Mainard; aussi ne nous livrerons-nous pas à des conjectures plus ou moins hasardeuses sur celte époque de sa vie. En l()07, au bas dune pièce en l'honneur de son père, il prend le titre d'avocat en Parlement1, cl plusieurs actes de ION le qualifienl de docteur el avocat *. Il esl presque certain qu'il lil son droil aux Écoles de Toulouse, dont son père gardait un si bon souvenir, et dans la ville même où Géraud exerçait une haute fonction judiciaire. Gomme lui, François Mainard prit for! probablement son dernier grade universitaire vers l'âge de vingt-et-un ans' el, aussitôt après, se (il receveur avocat. Impossible pourtant de découvrir l'arrêt touchant sa réception, à cause- des lacunes (pie présente le registre des audiences de la Grand'Chambre. Ce lui vraisemblablement vers 1601 (pie Fr. Mainard, après avoir prêté le serment a de bien el dûment se comporter en sa charge, d'observer les ordonnances el règlements, porter honneur el respecl à la Cour », commença à faire le stage prescrit par les Edits aux candidats aux offices de judicature. On demandait quatre ans aux postulants aux charges de conseiller à la Cour, el trois «mus aux solliciteurs de places dans les sièges subalternes, sénéchaussées et présidiaux. Comme ses jeunes amis, Fr. Mainard dut se présenter quotidiennement en bonnet carré el en robe longue au barreau de la Grand'Chambre, afin d'en suivre les débats '. Comme ces avocats in parlibus, il dut maintes fois lui aussi, au risque de s'attirer les remontrances des « sénateurs » el les foudres
taire de l'Eglise du Taur ne commence qu'en 1593; celui de Saint-Nicolas, qu'en 1002. Quant à Saint-Pierre, cette église esl située en dehors de Ja ville de Toulouse.
1. V. cette pièce à VÂppendice bibliographique. CI', aussi Je chap. 1. $ I de cet ouvrage.
2. V. l'analyse de ces aides, cliap. 3, § 1 el leur reproduction aux Pièces justificatives.
\i. Il nous a élé impossible de trouver la date à laquelle Vw Mainard termina ses éludes. La liste des bacheliers en droit civil el canon de l'université de Toulouse ne commence qu'en 1610, el le registre des licenciés et docteurs passés en toutes Facultés, que te 15 janvier 1639.
i. On ne plaidait qu'à la barre delà Grand'Chambre. Aux Enquêtes on jugeait les procès par écrit. V. sur les attributions de chacune des Chambres qui composaient le Parlement de Toulouse. Lapierre, lntrod. a l'Inventaire des Arch. de la Haute-Garonne, t. II, pp. XXYII-XXX.
sa famille: — SA JEUNESSE 29
paternelles, quitter ce costume appelant trop l'attention du public pour le chapeau à larges bords, l'épée au coté, les habits de couleur et le manteau court, tenue moins compromettante les jours de joyeuse équipée ou de galantes escapades. Espérons du moins pour la bonne renommée du fulur président d'Aurillac, qu'il ne profana pas, comme tel de ses confrères, la majesté sacrée du temple de la justice, en y paraissant sans toge ni barrette, « marques de ses vacations », et qu'il n'osa pas prendre le Palais pour un « cabaret public et ordinaire » en y provoquant « des riotes et querelles ' ».
Ce qui est certain, c'est que les plaidoiries, les rapports et les arrêts intéressaient moins notre personnage que les œuvres des poètes en vogue. C'est lui, sans doute, qui fit goûter à son père, imbu d'humanisme, mais dédaigneux des écrits français, les « paraphrases des pseaumes » de Desportes, dont Géraud cite un passage dans le dernier livre de ses Arrêts1. Le jeune Mainard était engoué non seulement de l'abbé de'Tiron, mais encore de Bertaut, d'Urfé, de Lingendes, et de leur maître à tous, Ronsard. 11 y cueillait des images, des expressions, des tournures qu'il glissait dans ses propres compositions. Car il était né poète et de bonne heure il se complut aux jeux du rythme et de la rime. En savonnant aux vers, répond-il à ceux qui l'en blâment, il ne fait que suivre l'influence secrète de son astre. Comme son maître Malherbe, il se vantera d'avoir reçu dès son berceau « les faveurs de Parnasse » :
C'est a quoy je fus destiné Dès le premier jour de ma vie ; Et la Muse m'auroit traisné, Si je ne l'eusse pas suivie '.
Aussi n'y aurait-il qu'à remplacer Poitiers par Toulouse
1. Mémoires do P. du Belo^ à la suite <\o> Notables Questions dé Géraud, liv. IXj^cnap. 59.
2. Liv. VIII, chap. 10, il cité à propos de la durée de la vie humaine, la « translation du pseaume nonante » de Desportes : « Car à la fin Seigneur, sepl dizaines d'années, oie. »
3. Cf. l'épigr. de Mainard, éd. Garriss. I. III, p. 69; On me dit que j'ai trop
donmj...
30 LE POÈTE FR. MAINAIil)
pour appliquer à Mainard écolier les vers d'un autre poète de cet âge, Vauquelin de la Fresnaye ', qui, « pipé des Muscs », suivait leurs jeux au lieu de démêler les débats ardus du droit. 11 est à remarquer que, loin de contrarier les penchants de son fils pour la poésie, Géraud les favorisa de son mieux. Sans aller jusqu'à croire que les débuts du poète soient salués des blasphèmes affreux et des imprécations amères qu'un moderne" attribue aux proches du futur prêtre du Verbe, il faut concéder qu'il est rare de rencontrer uàe vocation poétique qui se développe librement, grâce aux i:oins et aux encouragements paternels. Ronsard nous a rapporté les railleries dont l'accablait son père lorsqu'il le surprenait en train de courtiser Apollon et les Muses, et Régnier nous a parlé des verges dont le tenancier du jeu de paume de Chartres, « tout houfïy de colère », menaçait les insouciantes chansons de son lils '. Par contre, dans des strophes curieuses, éliminées de la rédaction définitive de son ode en quatrains à Richelieu, Mainard, s'adressant aux « neuf savantes sœurs », leur confie :
Mes parens qui me virent nnistre Sous le règne de Henry trois Dès mon avril me firent estre Amy de l'ombre de vos bois.
G'estoit lors que les grands de France Se piquoientde vous rechereher Et qu'en despit de l'ignorance Vous estiez du petit coucher4
Car Géraud avait été témoin des succès extraordinaires de Ronsard, qui avait logé et avait été nourri au Louvre, et, par surcroit, avait été honoré de l'amitié de Charles IX. Il avait
1. En ce lemps, ô quel lieur ! sans haine et sans envie Nous passions dans Poitiers, l'avril de noslre vie: Au lieu de desmcler de nos Droits les Desbals Muses, pipez de vous, nous suivions vos esbals !
Vauquelin delà Fresnaye, Art poétiquelix. 11.