Lettre XC
nouvelle de la mort de ses amis, du président Fieubet ', du conseiller Hotman, de l'évêque Pierre Habert', des pensées chrétiennes le hantent. Il tourne les yeux vers le ciel et songe que bientôt son âme se présentera devant Dieu'. Il assiste avec ferveur aux processions de la Ville Sainte *. Il fait faire, pour le rétablissement de ses amis souffrants, des oraisons à Saint-Pierre, à Saint-Jean de Latran et à Sainte-Marie Majeure5. En mai 1636, Mainard accompagne Noaillesdans un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette pour y accomplir un vœu qu'il avait fait dans sa longue maladie6. Il s'agenouille devant le célèbre sanctuaire de la Vierge et implore la Madone pour le bonheur des siens, pour la conservation de Flotte, pour la délivrance de ses deux « illustres malheureux », Bassompierre et Garmain, emprisonnés à la Bastille7. Malgré ses débauches, en dépit des gravelures où il s'est complu et des vers lascifs qu'il a rimes, son âme a gardé avec candeur la foi naïve et entière d'un enfant.
L'arrivée du maréchal d'Estrées à Rome, en mars 1636 8, abrégea sensiblement le séjour de Noailles ainsi que celui de
1. Lettre XIII à Fieubet, « conseiller du roy en ses conseils et trésorier de I'espargne », frère de Fieubet, premier président au Parlement de Provence, mort le 1" septembre 163o (cf. Gazette du 8 sept. 1635). Mainard adressa au trésorier un sonnet épitaphe sur la mort de son frère, cf. éd. Garriss., t. III, p. 40.
2. La Gazette du 1" mars 1636 rapporte la mort de Pierre Habert, évèque de Gahors, et de Hotman, conseiller en la Grand'Chambre, abbé de Saint-Marc. — ' Cf. lettres LXXX1V, LXXXVI et XC de Mainard.