Cf. lettres CXXIX et GLIX à Flotte et LXXVII à Chapelain
dit-il à Balzac. Et à Flotte qui l'exhortait à faire des comédies :
Ma Muse se voit de si loin
Que je crois qu'il n'est pas besoin
De la monter sur un théâtre \
Impossible de prendre en sérieuse considération ces déclarations contradictoires. La trop grande modestie que Mainard invoque dans les premiers vers est en complète opposition avec le sentiment qu'il exprime dans le tercet cité en dernier lieu, avec la haute opinion qu'il nourrit de sa Muse, fîère de sa beauté au point de ne pas daigner chausser le cothurne tragique. La conscience qu'il a de son incapacité dans le genre à la mode lui fait prendre en haine le théâtre, les comédiens, et même le public qui fréquente les salles de spectacle2. Il en veut même à Apollon qui, s'il lui avait versé ses dons d'une main moins généreuse, lui aurait permis, comme à tant d'autres, d'amuser les ignorants par de mauvaises pièces :
Je voudrois qu'Apollon ne m'eut jamais fait part Des secrets merveilleux qu'il cache dans son art On m'auroit veu paroistre avec plus d'assurance.
Sans craindre de faillir etd'estre diffamé, J'auroy fait mal parler le théâtre de France ; Et le peuple et la cour m'en auroient estimé '.
Il ne restait donc à Mainard que le moyen auquel depuis longtemps les poètes avaient recours pour augmenter leurs maigres ressources pécuniaires : les dédicaces, les morceaux de circonstance, les vers de ballets, les étrennes, les compliments de toute sorte adressés aux princes, aux ministres, aux grands seigneurs, aux financiers... Bien entendu, il fallait être à l'affût des fêtes de Cour, des naissances, des mariages, des événements politiques ou mondains propices à des rimes