‹ Le poète François MainardChapitre 188 sur 375 · Racan, Vie de Malherbe, éd. c, t. T, p · texte numérisé non relu

Racan, Vie de Malherbe, éd. c, t. T, p

2. Cf. 1. GLXIV, pour une des visites que le comte de Vaillac, avec « une cohorte de nobles de province », rend à Mainard, à Saint-Céré.

! marquis de Sourdis (ce dernier, un protecteur du poète)1, pour I chasser les Espagnols des îles Lérins, sur les côtes de Provence 2. Quelques mois plus tard, le président vit tous les gentilshommes campagnards, ses voisins, courir se mettre sous les ordres du i duc d'Halluin afin de défendre le Languedoc, envahi par les Espagnols. Les armées de Philippe IV avaient bloqué Leucate, mais la bravoure des assiégés et la vaillance des milices languedociennes forcèrent l'ennemi à décamper (29 septembre). Aux festins qu'on donna dans les châteaux du Haut-Quercy en l'honneur des vainqueurs, de retour dans leurs foyers, dans ces grandes « fréries » où se trouvaient côte à côte le comte de Glermont, montrant fièrement sa blessure gagnée à Leucate, le comte de Crussol qui, à la même journée, avait joué un beau rôle, le baron de Saint-Géry qui s'y était distingué, de même que ce brave Montbrun qu'on gratifiait du sobriquet de tortue aux réunions bruyantes de Gastelnau, Mainard sentit la part de vérité du propos de Malherbe sur le peu d'utilité des poètes dans un état * :

En ce temps amy de Mars

Où l'on oyt de toutes parts

L'airain bruyant des trompetes,

Les Dieux du gouvernement

Mettroient devant cent poètes

Un drille de régiment \

A ces heures de péril national, Mainard trouvait naturel que Richelieu préférât « aux luths des Muses les flûtes de l'Arsenal. » A la différence des rêveurs de cabinet qui :

Sont lyons dans un sonnet Et cerfs dans une bataille,

1. Cf. la 1. CLXIV à Flotte sur le désir du marquis de Sourdis, gouverneur l'Orléans, frère du cardinal archevêque de Bordeaux, de faire venir le poète à 'mis. Y. la 1. GXVI de Mainard à ce personnage.

2. Nous tirons les détails relatifs au comte de Vaillac d'une lettre envoyée "Aix, le 10 mars 1637, par Peiresc au prieur Guillemin et d'une autre lettre citée en iote par Tamizey de Larroque {Correspondance de Peiresc, t. V., p. 225) et adressée l'Vix, le 31 mars 1637, au même personnage par Perrol.

3. Sur la conduite de ces gentilshommes quercynois à Leucate, v. Hist. du .mguedoc, t. XI, pp. 1109, 1116, 1117, 1126. — Un fort méchant quatrain inédit de lainard, ms. 843 de Toulouse, f° 226 v., contient sur Monthrun la plaisanterie à laquelle nous faisons allusion ci-dessus.

i. V. l'ode à Flotte, éd. Garriss., t. III, p. 200 et s.

les guerriers avaient risqué leur vie pour la défense du pays, pour la sécurité du peuple, pour celle de ses biens. C'est grâce à

ces François indomptables

Qui courent droit aux canons Comme Flotte aux bonnes tables,

que son ami, l'adorateur de Bacchus, avait pu, Tannée d< Corbie, verser sans crainte dans son verre « tant de flacons el de pots ! »

Sans le sang qu'ils ont versé

A la teste de nos troupes,

Jean de Wert eust fracassé

Tes bouteilles et tes coupes,

Galas seroit l'héritier

Des bourgeois de ton cartier,

Dont la richesse est si grande ;

Et sur le nez des maris

Auroit troussé la holande

Des coquettes de Paris !

Ce sont eux qu'on doit combler de biens et non les poète Ce sont à ces « hardis généreux » que les richesses devraierl aller et non aux partisans ni aux trésoriers qui, malheureus ment pour la France, se sont fait, dans les dernières année aux dépens des gens de mérite, des fortunes énormes.

Cet abandon de ses prétentions de poète en faveur de valeur militaire, cet effacement des lauriers pacifiques deva la gloire des armes, ce revirement complet de sentiments dura guère chez notre auteur. Qu'importe. La mobilité d sentiments n'en exclut ni la sincérité ni la force, et les poèt s'ils sont doués, peuvent fixer dans des chefs-d'œuvre d impressions fugitives mais fortement senties, des pensées p coutumières mais qui, pour un jour du moins, ont ébra leurs intimes convictions.

Flotte, à qui s'adressait l'épître rimée dont nous avo donné des extraits, la fit voir, dès la fin de 1637, à tous amis de Paris et, par l'entremise de Chapelain, en envoya, mars 1638, une copie à Balzac, dans la Charente'. Mais à ce

\. Lettres de Chapelain, éd. c, t. I, p, 213, 15 mars 1638, à Balzac.

dernière date, Mainard l'avait déjà fait imprimer à Toulouse, en attendant que le libraire Golomiez la mît en tête d'une mince plaquette qui contient, à part cette épître ou, comme Mainard l'appelle avec plus de prétention, cette ode à Flotte, trente-quatre épigrammes, dont l'une du comte de Clermont1. C'était tout ce qu'on avait pu arracher au poète. Depuis longtemps ses amis l'exhortaient à réunir ses pièces en un volume, mais il avait opposé des refus à toutes leurs demandes, en alléguant le nombre restreint de ses bons vers qui auraient fourni à peine « la matière de quatre feuilles de papier2 », ou encore en mettant en avant ses tracas domestiques qui ne lui laissaient pas le loisir de s'occuper d'une besogne pénible, ou enfin en prétextant que son éloignement de la Cour l'empêchait de se rendre compte des goûts du jour du public \ Il y avait du vrai dans toutes ces raisons, mais surtout, il faut le dire, Mainard se défiait de Flotte qui, en son absence, aurait surveillé à Paris l'impression de ses vers, en y apportant des changements auxquels notre auteur ne pouvait consentir4. Aussi résolut-il de mettre à profit un séjour fait à Toulouse, au début de 1638, pour s'entendre avec le libraire Colomiez au sujet de la publication d'un livret qui devait contenir son ode et ses dernières épigrammes.

Un procès avait, à ce moment, appelé Mainard dans la grande ville du Midi, et l'affaire avait tellement traîné qu'il y avait perdu tout le mois de février « en une fainéantise de bourgeois sans occupation5 ». Mais un séjour prolongé à Toulouse n'était pas fait pour déplaire au président.

Il est certain que Mainard ne descendait pas dans la maison décrite par Labouïsse-Rochefort, comme ayant été la demeure du poète à Toulouse. Cet immeuble, démoli aujourd'hui, se trouvait au coin des rues des Pénitents-Gris et des Lois et aurait été acquis, en 1774, par l'ancienne Ecole de Médecine

1. Pièces nouvelles, Toulouse, 1638, in-16 (Arnaud Golomiez).

2. Cf. 1. LX et LXXXV, envoyées de Rome à Gomberville et à Guill. Golletet.

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