Cf. 1, CLXXX
dont les locaux en étaient voisins. L'auteur des Lettres biographiques sur Fr. de Maynard tient, à coup sûr, cette légende du chevalier Du Mège (Hist. des institutions de la ville de Toulouse, 1844-46, t. IV, p. 627), qui, dans l'espèce, comme en de nombreux autres cas, a appuyé ses allégations douteuses de preuves fournies par son imagination1. A défaut de logis possédé en propre 2, Mainard trouvait un accueil hospitalier chez sa nièce Anne, mariée depuis 1620 au conseiller de Parlement François de Cambolas, ou encore chez son cousin germain, Balthazar de Fraust, président aux Enquêtes, ou enfin chez son beau-frère, l'écuyer Jean de Boyer.
De nombreux souvenirs et de puissants liens d'amitié l'attachaient à cette ville où il était né et où s'était écoulée sa première jeunesse. La plupart des sièges du Parlement appartenaient aux fils des collègues de Géraud et de Jean de Mainard ou étaient occupés par d'anciens condisciples du président honoraire d'Aurillac. Plus favorisés par le sort, ces magistrats avaient mieux fait leur chemin ; néanmoins ils gardaient à notre personnage toute leur affection et, quand leur ancien camarade se rendait à Toulouse, ils rivalisaient d'empresse-
1. Nous avons vainement cherché dans les archives de la Faculté de médecine de Toulouse le procès-verbal de 1774 sur l'acquisition par la municipalité de la maison de Mainard, à l'effet de l'agrandissement de l'Ecole de médecine adjacenle. Pourtant un historien récent de la Faculté de médecine de cette ville, le Dr Barbot (Les chroniques de la Faculté de médecine de Toulouse du XIII' au XIXe siècle, Toulouse, 1905, t. I, pp. 280-281) admet l'assertion sans preuves de Du Mège. La pierre avec l'inscription secessui et otio, qui aurait été placée au-dessus de la porte d'entrée de cette habitation et qui, d'après Labouïsse-Rochefort et Du Mège, aurait été transportée au Musée de la localité, ne s'y trouve pas. Comme nous l'a fait remarquer M. Rachou, conservateur du Musée, seuls les catalogues de Du Mège, auteur connu pour l'inexactitude souvent voulue de ses travaux, font mention de cette pierre. Noter encore qu'elle est cataloguée sous les n"' 437 et 809 dans la Notice des monuments antiques et des objets de sculpture moderne par A. Du Mège (Toulouse, 1828) et dans la Description du Musée des Antiques de Toulouse par même (Paris, 1835), tandis que la cote qu'en donne Labouïsse-Rochefort est 28C Labouïsse-Rochefort parle encore d'une plaque de marbre noir, contenant le quatrain misanthropique bien connu de Mainard : Las d'espérer et de me plait dre..., qui proviendrait de cette même maison et qui, vers 1804, se serait trouve dans la cour de l'ancienne Ecole de médecine de Toulouse. Assurément ce publicist a été victime de sa trop grande crédulité, de même qu'il l'a été au sujet d'ui inscription relatant l'inhumation de Mainard dans la petite église des cordelier de Toulouse (o. c, 161), alors qu'un acte authentique prouve que notre personnage fut enseveli à Saint-Céré.
2. Il semble d'après un acte de 1611 (cession de Mainard à J. Farganel, Pièces justif. 6*) que Mainard possédait une maison à Toulouse, dans le quartier de Saint- Etienne. La phrase où il en est question est néanmoins assez ambiguë.
ment à fêler sa venue. On prisait la franche cordialité de son caractère, la sûreté de son commerce, sa bonhomie souriante qui détendait agréablement ses traits un peu durs de Romain du temps de la République; l'enjouement de sa conversation, la gaillardise de ses saillies, sa communicative gaîté qui, malgré ses déboires, se réveillait à table, quand il était en bonne compagnie ; son robuste appétit que trahissaient la rondeur de sa taille et son double menton; son entrain à vider les brocs qui en faisait à Toulouse, ville gourmande et joyeuse, un inappréciable convive.
Aussi, en février 1638, depuis le premier président Jean de Bertier jusqu'à Pressac, greffier en chef de la Cour, les membres de l'auguste « sénat » se disputaient-ils le plaisir de régaler Mainard qui, deux fois par jour, « au risque de mourir de la mort que César disoit estre la meilleure», faisait honneur à ces copieux repas de carnaval, dont la tradition s'est perdue de nos jours 1. Que ce fût chez Bertier, dans le vieil hôtel paternel de la rue des Filatiers ; chez le conseiller clerc Victor de Frézals, dans sa demeure proche de la Dalbade2; ou, rue Coraille 3, chez le président à la Tournelle Philippe de Caminade, c'étaient presque toujours les mômes amis qui entouraient Mainard. En dehors de ceux que nous avons déjà nommés, l'avocat général Marmiesse4, le juge criminel de Loupes B, les conseillers Charles de Catel ", Puymisson 7 ou leur collègue, le studieux Delong qui quittait avec peine, pour assister à ces festins, le silence de son cabinet :
Cesse Delon, de te remplir la teste Des beaux secrets de Pinde et d'Helicon. Le carneval est une grande feste Qui nous oblige à vider le flacon.