Mainard lui adresse ses lettres XXVI et CCLVI
lî. C'est à ce correspondant que Mainard envoie ses lettres CXVII et CLV. G. Cf. la lettre XXIV à Catel dans laquelle Mainard lui demande des nouvelles de la pièce de théâtre que ce conseiller a sur le chantier.
7. Mainard lui a dédié un sonnet, éd. Garriss., t. III, p. 26.
Fay donc céder tes lèvres à mes coupes, Et viens chez moy faire ton mardy-gras ; Mon fricasseur règne au pais des soupes, Et mon piot surpasse l'hipocras1.
A ce moment c'était l'ode à Flotte qui délectait la compagnie. Cette pièce, « adressée par un Toulousain à un Toulousain », réunissait tous les sufïrages et on ne se lassait pas à chaque repas d'en faire réciter un couplet à Mainard. Comme, cédant à leurs instances ainsi qu'à celles de Flotte, le poète promit de faire paraître son ode accompagnée d'une trentaine d'épigrammes, on résolut, autant pour le remercier que pour le consoler des gros mécomptes qui lui étaient arrivés à son retour de Rome, de lui offrir une petite satisfaction d'amour-propre.
Toulouse rendait depuis longtemps hommage au talent de son poète. On y était fier de pouvoir opposer le nom d'un enfant du pays de Gascogne aux réputations les plus hrillantes des provinces d'au-delà de la Loire. C'est ainsi que, le 1er janvier 1619, dans une lettre à Peiresc, l'avocat Guillaume d'Abbatia, futur capitoul, mettait Mainard sur le même rang que Malherbe, Ronsard et Desportes2. En songeant à faire décerner à leur ami, par les Jeux Floraux, un prix extraordinaire, les hauts magistrats de Toulouse, n'étaient, en somme, que les interprètes des sentiments avérés de tous leurs concitoyens.
Il était d'autant plus facile aux amis de Mainard de réaliser ce dessein que beaucoup d'entre eux faisaient partie de l'institution de Dame Clémence \ Jean de Bertier, baron de Montrabe, tenait de son père Philippe de Bertier, ancien président à la Cour suprême du Languedoc, auteur de vers latins dont Balzac a vanté la pureté, un goût très marqué pour la poésie4.
1. Ed. Garriss., t. III, p. 50. Ce sonnet n'a été composé, il est vrai, qu'en 16i3 en réponse à des vers latins que Delon avait adressés à Mainard (cf. 1. XLVIII et GLXXVI).
2. Guillaume d'Abbatia, Lettres inédites à Peiresc, publ.par Tamizey de Larroque fasc. X des Correspondants de Peiresc (Paris, 1885, in-4°).
3. Cf. Axel Duboul, Les deux siècles de l Académie des Jeux Floraux, Toulouse in-8°, 1901. — Poitevin-Peytavi, Mémoire pour servir à l'hist. des Jeux Floraux in-8% 1815.
4. A part quelques opuscules politiques, Philippe de Bertier publia en 161 ( Tolosœ sive Iconum libri duo (in-4°; réimpr. en 1611,in-8°et in-4"). D'Aldéguier (Hist de la ville de Toulouse, 1835, t. IV, p. 29-30) met ses ouvrages au-dessous de rien
Maître en la gaie science, il était chancelier des Jeux Floraux, tandis que ses collègues, les présidents Barthélémy de Grammond, le continuateur de YHistoria Thuana\ et Philippe de Caminade en étaient les vice-chanceliers. Ce dernier, esprit j fin et lettré, en relations avec Chapelain et Balzac, tournait en langue moundine des vers si bien faits que la gloire de la province, le poète Goudoulin, disait à propos de 1 eglantine, du souci et de la violette remportés précédemment aux concours par Caminade, que les Grâces déguisées en fleurs étaient venues ' le saluer2. Il prisait tout particulièrement les épigrammes de Mainard à qui, au rapport de Pellisson, il envoyait tous les ans, I pour ses étrennes, un Martial.
En l'absence de son oncle, le premier président, parti en
hâte pour Paris afin de porter au roi les représentations du
Parlement de Toulouse, mécontent du projet de création à
Nîmes d'un nouveau Parlement du Languedoc 3, ce fut sous la
présidence de Caminade que, les 1er et 3 mai, mainteneurs et
! maîtres ès-Jeux Floraux se réunirent aux fins de prendre
I connaissance des productions des concurrents et d'adjuger aux
| trois plus méritants les joyes ou les fleurs d'usage. Donc le
i 3 mai 1638, une fois que les membres du jury, réunis dans le
petit consistoire de la maison de ville, tombèrent d'accord pour
décerner l'églantine à l'avocat Jean Donjat ', le souci à son
collègue Chapuis, et la violette au gentilhomme Henry de
; tandis que Lafaille (Annales de la ville de Toulouse, 1685-1701, t. II, p. 19) les a : jugés excellents. Balzac les a beaucoup vantés dans une lettre du 7 janvier 1643 j (1. 11 du livre XV) adressée au premier président du Parlement de Toulouse (cf. aussi 1. CLIII bis de Mainard).
1. Le président de Grammond continua l'histoire du président de Thou, d'abord de 1610 à 1617 (Paris, 1641, in-f°), ensuite jusqu'en 1629 (Toulouse, 1643, in-f°).
2. Reçu en janvier 1637 président à la Tournelle, après avoir été conseiller et commissaire aux requêtes du Palais (Arch. Haute-Garonne, B. 571). — Sur ses vers en langue romane et sur les prix qu'il avait remportés aux concours des Jeux Floraux, v. Du Mège, Hist. des institutions de la ville de Toulouse, t. IV, p. 462. — Le 30 octobre 1638, Chapelain relate à Balzac les visites que lui rend Caminade à Paris (o. c, t. 1, p. 31). Chapelain parle encore dans sa lettre du 20 novembre 1638 à Tavocat lati-
! niste Doujat (la bonne orthographe est Donjat) de Toulouse des entretiens qu'il a dans la capitale avec Caminade (ibid., 329). V. aussi une lettre à Caminade du i 1" novembre 1640 (ibid., 712).
3. Cf. Dubédat, Hist. du Parlement de Toulouse, t. II, p. 210.
4. Sur Jean Doujat ou Donjat, futur membre de l'Académie française, professeur en droit canon au Collège royal et docteur régent de la Faculté de droit, v. Pellisson, o. c, t. I, p. 310.
Taraillan, le président Ph. de Caminade prit la parole. Il rappela à la Compagnie que, par le passé, elle avait gratifié des libéralités de Dame Clémence des poètes qui, sans avoir concouru aux Jeux Floraux, avaient la réputation d'exceller dans la poésie française, grecque ou latine. Il rappela à cet effet aux assistants une délibération du 3 mai 1554 du Collège du Gai savoir qui vota à Pierre Ronsard une églantine dont le prix, plus élevé que d'ordinaire, fut converti en une Minerve d'argent; il cita ensuite les termes d'une autre délibération du 3 mai 1586 par laquelle il avait été accordé à Jean-Antoine de Baïf un Apollon d'argent, et enfin la décision, prise le 3 mai 1637, de donner une églantine et ^m souci à messire Nicolas de Grille, évêque d'Uzès, bien que depuis 1612, année où son chant roya avait été récompensé d'une violette d'or, ce prélat n'eût plus rien envoyé aux Jeux Floraux. Puis il ajouta : « Et par et qu'il se trouve pour le jour d'huy que le sieur de Maynard filz de feu Monsieur le président (sic) de Maynard, natif de cett ville, est l'un et principal des pouetes ordinaires du roy, homm de grand mérite et réputation dans et hors le royaume, tenan des premiers rangz en la science de pouésie comme il es notoire par les témoignages qu'il en a rendeus mesmes en a collège ou il dicta il y a longtemps plusieurs chants royaux il prye l'assemblée de délibérer s'il ne seroit nécessaire d'uze envers luy de pareille recognoissance et par quelque presen luy donner tesmoignage de la bonne volonté qu'elle a en so endroit. Sur quoy l'affaire mise en délibération, d'une commun voix a esté arresté que pour tesmoignerau dict sieur de Maynar lestime que la compagnye faict de ses mérites, naissance rare scavoir en la science de la pouésie, il lui sera donn un prix tel que par les dits seigneurs vice-chancelier et prés dents de Gramont avec les dits sieurs de Rudelle, de Saint-p( et de Montagut, capitouls baillés, sera adjugé et ce aux fra du revenu de la fondation. Lequel avec la présente délibératio luy sera envoyé1 ». — Les délégués du Collège prirei
1. Arch. de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse. Registre des actes délibérations du Collège du Gay scavoir, 1584-1640, î°* 345-348 verso. Relevons parmi] main teneurs et maîtres qui prirent part à cette délibération les noms de trois ai
bientôt après la résolution de remettre à Mainard comme prix extraordinaire une Minerve d'argent.
Sollicité par Flotte, le gazetier Théophraste Renaudot entretint ses lecteurs des quatre coins de la France de la solemnite de Toulouse1. Une inexactitude, contre laquelle le poète s'empressa de protester, s'était glissée dans le compte rendu de la Gazette. Les Jeux Floraux, y était-il dit, avaient couronné des vers envoyés par Mainard : or, en dépit de cette allégation et malgré l'assertion de Caminade, jamais le poète - n'avait présenté de chants royaux aux concours de sa ville natale. Au contraire, il marquait beaucoup d'aversion à l'égard de ces a épisseries », comme Du Bellay, jadis, avait appelé ces compositions, et était même si peu instruit au sujet de l'institution de Dame Clémence qu'il n'en put fournir aucun renseignement précis à Flotte, désireux d'être éclairé sur ce point.
Touché de l'honneur qui lui avait été publiquement rendu et qui, disait-il, « n'a été faict qu'à deux écrivains que le siècle de nos pères a regardés avec admiration », Mainard remercia avec effusion Caminade de la peine qu'il s'était donnée « de le placer entre les illustres du temps » et lui promit, afin de laisser une marque durable de sa reconnaissance, de travailler à une pièce à la gloire du vice-chancelier et de ses collègues des Jeux Floraux'. L'année passa sans que la municipalité, exécutrice des décisions du consistoire, envoyât à Mainard la récompense promise. En revanche le 1er avril suivant, comme le Collège du Gai savoir s'était assemblé à l'effet de conférer sur les mesures à prendre en vue du concours de mai, Mainard reçut un autre honneur. Sur la proposition du vice-chancelier des Jeux, le président de Grammond, qui tenait vraisemblablement à faire prendre patience au poète, le Collège compléta la mesure
de notre auteur, le conseiller à la Cour Charles de Catel, qui travaillait à cette époque à des pièces de théâtre qui n'ont pas paru (cf. lettre XXIV de Mainard) et traducteur de la Morale d'Aristote (Toulouse, 1644, in-4b) ; le juge criminel de Loupes et l'avocat Saint-Blancat « orateur, historien et poète » comme l'appelle Chapelain, poète surtout dont, en 1014, Mainard fit admirer les Sylves à Balzac (cf. 1. CCLXVI).
1. Gazette de France du 22 mai 1638 (nouvelles de Toulouse du 14 mai 1638).
2. Cf. 1. CLXXXVII. — V. aussi sa 1. CLXXVI. Il y prie Flotte de s'adresser à M. de Lopes (ou de Loupes), l'un des mainteneurs, pour les détails qu'il désire connaître sur le Collège des Jeux Floraux.