L. XVI à Caminade
qu'il avait prise en 1638 en faveur de Mainard : elle l'agrégea à la Compagnie quoiqu'il n'eût jamais concouru pour l'obtention des fleurs1. Cependant les années 1639 et 1640 s'écoulèrent sans que Mainard reçut sa Minerve. Las de l'attendre, il reprocha à ses amis et protecteurs, a les savants ministres de la Thémis du second Parlement de France », de manquer à leur parole :
Grands ministres de la Thémis, Du second Parlement de France, Le don que vous m'avez promis Trompera t-il mon espérance ?
L'astre qui mesure le temps, A deux fois meury la vendange, Depuis le moment que j'attens Vostre Pallas du Pont-au Change2.
Si le peuple est trop indigent Par les dépenses de la guerre :
Gardez vostre image d'argent, Et m'en donnez une de terre.
Quand Rome estoit l'amour des Cieux, Et la source des grands exemples, L'art du potier faisoit les Dieux Qu'elle reveroit dans ses temples 3.
On aime voir Mainard formuler des prétentions si modestes, écrire une requête si noblement désintéressée. Mais il avait tort de s'en prendre au chancelier et aux vice-chanceliers des Jeux Floraux, le premier président Bertier de Montrabe et les présidents de Grammond et de Caminade. Ce n'étaient pas eux qui administraient les revenus légués par la légendaire Dame
1. Archives de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse. Actes et délibérations du Collège du Gay-Scavoir, 1584-1640, f° 351. Aous reproduisons aux Pièces justificatives la partie du procès-verbal de la séance du 1er avril, renfermant la proposition du président de Grammond.
2. Le Pont-au-Change de Paris était connu par le nombre et la richesse de ses boutiques de bijoutiers et d'orfèvres.
3. Ed. Garriss., t. III, p. 144. Le vers du deuxième quatrain de l'état définitif de cette pièce porte : A six fois meury la vendange. La variante : A deux fois, etc.. nous a été fournie par la version de la f. 232versodums.843delaBibl. de Toulouse. — Cf. pour l'inspiration d'où dérive la fin de cette pièce, Tite-Live : Mémento enim deos, cum propitii essent, fictiles fuisse et Properce (liv. IV, élégie 1) : Fictilibus crevere Deis haec aurea templa.
Clémence, mais les capitouls. Pour bien faire, Mainard aurait dû, comme le fiten sonnom l'honnête Pellisson ', s'indigner contre l'avarice ou la négligence de la municipalité de sa ville natale qui lui promit une statuette d'argent et ne lui en donna même pas une d'argile.
En dépit des éloges de ses amis, Mainard dont l'âge et l'expérience avaient affiné le goût et aiguisé le sens critique, se rendit compte des imperfections de son petit volume de 1638, composé à la hâte et insuffisamment poli2. A la nouvelle que ses pièces sont tombées dans les mains de Ferragus*, il se sent honteux d'avoir publié des vers qui ne correspondent pas à l'idée très haute qu'il s'est faite à cette heure de la perfection littéraire. Et sa confusion augmente quand il considère la nuée d'épigrammes, la multitude d'odes et de chansons qui lui ont échappé au cours de sa jeunesse et que le libraire Du Bray a soigneusement insérées dans ses anthologies. A regarder ses « sottises )) il se sent découragé. Certes ce n'est pas ce ramas où les vers raisonnables « ne passent pas le nombre de mille '■ » qui peut consacrer pour toujours sa renommée de poète. L'espoir l'a quitté qui naguère l'enfiévrait de gagner par ses chants honneurs et richesses. Maintenant son désir est de laisser une œuvre impérissable et de se faire décerner des lauriers qui ne se flétrissent jamais ; cette ambition lui reste encore, entière et ardente. Sa vie serait gâchée, s'il ne publiait pas l'œuvre qui résume son activité poétique. Il va bientôt atteindre la soixantaine. Il sent que son existence touche à sa fin. Mais la pensée de la mort toute proche est loin d'abattre son courage. L'âge des longs espoirs est passé ; il faut à tout prix, durant les quelques années qui lui restent à vivre, donner ce livre qui établira sa renommée dans les siècles futurs. Car