Cf. lettres CLXXI et CCLXXXIÏ au même
5. Cf. lettre CCLXXX à Flotte. — François de Crussol, duc d'Uzès (f en 1680, à l'âge de quatre-vingts ans) épousa Marguerite, fille unique de Jean II, baron d'Apcher (f en 1708, à l'âge de quatre-vingt-onze ans), qui lui apporta en dot la terre d'Assier ou d'Apcher, dans le Quercy, et de nombreuses terres en Auvergne. En 1641 ou au début de 1642, à l'occasion de la naissance de son premier fils, Emmanuel, futur gouverneur de Saintonge et d'Angoumois (mort, d'après le Dictionnaire de Moréri, le 1er juillet 1692, âgé de cinquante ans), Mainard composa le sonnet : Illustre guerrier dont le bras humilie (éd. Garriss., t. III, p. 56). L'identification de cet « illustre généreux » avec le comte de Crussol nous est indiquée par une var. du premier quatrain de cette pièce, f 12o du ms. 843 de la Bibl. de Toulouse :
Comte dont les vertus qui charmeroienl un Scile, Te font de tous costés tant d'illustres amis, Cesse d'estre pensif, ta belle Marguerite T'a donné l'héritier qu'elle t'avoit promis.
Mainard avait précédemment adressé au même seigneur l'« étrenne » : Comte illustre par mille preuves (éd. Garriss., t. III, p. 220) comme le prouve une strophe, supprimée dans la rédaction définitive, qui parle d'un « petit Crussol », impatiemment attendu, appui de la grandeur du comte (même ms. f° 237 v.).
couplets de ses chansons bachiques. La fête reprenait une quinzaine plus tard chez le marquis de Bournazel ou ailleurs. La compagnie du comte de Clermont, à Castelnau, était néanmoins celle où, de l'aveu commun, on pouvait de la meilleure grâce du monde faire « une galanterie de table ». La réputation du comte était de ce chef établie dans toute la province, et, grâce aux soins de Mainard, était arrivée jusqu'aux oreilles de Balzac, en Angoumois1. Grand chasseur devant l'Eternel, le voisin du poète faisait, dans chacune de ses excursions cynégétiques, des hécatombes de sangliers et de cerfs, cependant que ses gens rapportaient en abondance de la Dordogne toute proche ces magnifiques saumons qui avaient valu au château de Castelnau le surnom de « Palais des Saumons » et à son propriétaire celui de « Prince des saumons ». Pour faire passer ces morceaux, dignes selon l'expression emphatique du grand rhétoricien Balzac, de composer « un festin à Marc-Antoine et à sa maîtresse », les convives du comte avaient à leur disposition le meilleur muscat du Languedoc. C'est à Castelnau surtout qu'on faisait joyeusement carillonner les coupes en l'honneur du bon Flotte, l'esclave de Bacchus et que Mainard, « parfumé » — c'est son mot — tout son content, débitait aux gentilshommes, réjouis par le Frontignan, ses rimes hardies, ses gaillardises exemptes du fard dont « les polis de la Cour » couvrent « espouvantablement » leurs fades productions*.
Mainard accompagnait parfois son ami de Castelnau dans ses promenades à travers le Quercy et même à travers les provinces limitrophes. Ainsi, à la fin de 1638, nous trouvons le
1. D'après une lettre du 30 juin 1639 de Balzac, on voit que le comte avait copié de sa main les Relations à Ménandre du rhétoricien. A la date mentionnée, Balzac lui en envoie une version plus correcte. Cette lettre, qui est la 31' du liv. XXVII de l'éd. in-f , porte dans celte publication la date erronée 30 juin 1635 au lieu de 1639, date exacte indiquée par les Œuvres diverses de Balzac, 16i4, Paris, (llocolet, in-i'). L'ami au visage de Fabrice dont l'épistolier parle au comte de Clermont dans sa lettre 26 du liv. XIV, du 23 juin 1639, est Mainard. (Consule Fabricio dignusque numismate vultus a dit ailleurs Balzac de notre personnage). Xotre auteur est désigné par #% dans la lettre 23 du liv. XIV que Balzac adresse au même, le 11 septembre 1639).
2. Cf. lettres CXXVI, CXXVII, CXLIII, CXLVI, CLXXV, CCXVI, CCXXT, CCXXV, CCXXX. — Pohr la citation de la dernière phrase relative aux priapées de Mainard, v. lettre CLXIX. — V. à propos de ces passe-temps de nobles de province, l'ouvrage déjà cité de M. Pierre de Vaissière : Gentilshommes campagnards de l'ancienne France.
poète et le grand seigneur, voyageant ensemble dans le Limousin. La présence de Mme d'Harambure au Pin les y retint pendant dix jours1.
La précieuse et savante huguenote, veuve et fort riche, faisait en ce moment tourner bien des têtes. Le comte de Germon t demeura sensible au charme du visage aimable, quoique grêlé, de cette dame et Mainard fut ravi de sa conversation ». Pour de l'esprit, nous apprend son dénigrant cousin, Tallemant des Réaux, « elle en avoit du plus brillant etdisoitles choses d'un air tout à fait agréable ». On s'entretint de poésie et de belleslettres. Mme d'Harambure montra à son visiteur le madrigal très connu que l'abbé de Gérisy avait composé à son intention:
Je mourray de trop de désirs Si je la treuve inexorable....
et Mainard se récria d'admiration sur cette précieuse piécette. Il estimait l'abbé, neveu de son ancien ami Pierre Habert de Montmort, évêque de Cahors de 1627 à 1636, et prisait tout particulièrement ses paraphrases des psaumes. « Jamais, écritil à propos de ces compositions sacrées, jamais la poésie française n'a parlé si hautement, ny avec tant de doctrine. Chaque vers vaut un livre tout entier. » C'était aussi l'avis de Balzac qui le déclare « disciple de feu M. de Malherbe 2 ».
Madame d'Harambure estimait depuis longtemps le talent de Mainard, car, en 1631 ou 1632, lors de la perte de sa sœur naturelle, Angélique Dupin — appelée Philoclée par le Dictionnaire des précieuses ,:f — elle avait écrit, sous le nom de Livie, des
1. Lettre XXVI à Marmiesse. — V. Y Historiette de Mmt d'Harambure dans le t. VI de Tallemant des Réaux, en la complétant par les indications du Supplément aux commentaires, t. IX, pp. 473-474.
2. Sur Germain Habert de Cérisy, cf. René Kerviler, Le chancelier Séguier, Paris, 1874 (pp. 494-507). Le madrigal cité a été attribué à tort à Charleval et à Mme des Loges, cf. Lachèvre, Bibliogr. de rec. coll., t. II, p. 184, note 3. — Mainard, à plusieurs reprises, a montré le cas qu'il faisait des paraphrases des psaumes de cet écrivain, cf. lettres XLII, GXV et CXXXIX. — V. aussi sur Cérisy, Lettres inédites de Balzac, 9 octobre 1645, à Chapelain. — Sur le caractère de l'abbé, enclin aux fredaines, v. dans le t. XVIII des Rec. Conrart, 1119-1123, une série de rondeaux SUT les quatre Haberts.
3. Ed. Livet, t. I, p. 195 et t. II, pp. 224-225. — V. aussi YHistoriette de M. d'Estrade (amoureux de cette belle) dans Tallemant des Réaux, t. VII, pp. 7-9 et le commentaire des éditeurs, ibid., p. 11.
regrets qui, d'un bout à l'autre, imitent les stances élégiaques composées par notre auteur sur la mort de sa fille1. En outre, son frère, le conseiller au Parlement de Paris, Gédéon Tallemant qui, à ce moment même, abjurait le protestantisme - pour pouvoir épouser la fille de l'opulent partisan Montauron, était un des protecteurs de Mainard. Non content de le « régaler d'une petite bibliothèque » et de le combler de « bienfaits ' », ce parvenu qui voulait se faire passer pour un Mécène, avait attiré au poète les bonnes grâces de Montauron, son beau-père, gros financier qui plaçait sa vanité à tutoyer les grands seigneurs et qui était heureux de s'écrier, quand on lui citait un nom illustre : a II est sur Testât de ma maison ! » Le grand Corneille lui dédia Cinna et Mainard vanta « l'infaillible appuy » que les « vertus malheureuses » trouvaient en ses bontés'. Croyons que c'est d'un cœur plus sincère que partit la consolation, touchante dans sa simplicité, que le poète adressa à Gédéon Tallemant, lors du décès de Mme d'Harambure :
La morte que tu plains fut exempte de blâme ;
Et le triste accident qui termina ses jours
Est le seul déplaisir qu'elle a mis dans ton âme 5
L'âge rend de jour en jour à Mainard ces excursions plus fatigantes et les incommodités de la vieillesse l'empêchent de
1. Rec. Conrart, t. XXI, p. 1037 (Ms. 4126 de la Bibl. de l'Arsenal) : « Regrets de Mm* D'Harambure, sous le nom de Livie, sur la mort de M"" Angélique Tallemant sa sœur. »