Lettre CCLXXXIV
4. Cf. les trois sonnets chrétiens de Mainard : A tort on m'a blâmé de redouter la mon... Je suis dans le penchant de mon âge de glace... et La vie est un grand bien, mais ce bien me tourmente, reproduits par M. Lachèvre dans les t. II et III de sa Hiblwgr. des rec. collectifs, d'après le Hortus Epilaphiorum selectorum ou Jardin (l'épitaphes choisies, Paris, 1648 et le Recueil de poésies chrestiennes de M. de la Fontaine, Paris, 1671. M. Lachèvre a eu tort de croire aux affirmations du Parnasse françois, Paris, 1732, de Titon du Tillet et aux dires des anthologies citées, postérieures à la mort de Mainard, comme quoi ces sonnets auraient été faits « quelques jours » ou même « quatre heures avant la mort » de notre auteur, attendu que les deux tercets de la première pièce figurent dans la lettre CCXXVI a« chanoine Frémin et le deuxième quatrain de la dernière pièce est adressé par Mainard, de Home, en 1636, au même correspondant (1. LXXX11),
Tes désordres sont grands. Tes vertus sont petites.
Parmy tes maux on treuve peu de bien, Mais si le bon Jésus te donne ses mérites,
Espère tout et n'appréhende rien.
Mon âme repens-toy d'avoir aymé le monde Et de mes yeux fay la source d'une onde Qui touche de pitié le Monarque des Rois.
Que tu serois courageuse et ravie Si j'avoy soupiré durant toute ma vie
Dans le désert sous l'ombre de la Croix1 !
La témérité des premiers caprices de ses Muses le fait rougir. Les épigrammes même ne lui semblent plus répondre « au respect qu'il doit à ses cheveux blancs ». « La morale, annoncet-il à Flotte, sera désormais ma favorite et c'est là qu'il faut que je montre la sagesse de mon esprit... » ". « Je suis sur le bord du tombeau, écrit-il à la fin de 1642 à Scarron, et ne fus jamais si plein du désir d'estudieret d'escrire. Vous ne sauriez vous figurer le nombre infini de pensées poétiques qui m'empeschent de dormir aussi bien que mon mal ; mais il n'y en a pas une qui puisse entrer dans l'épigramme. La morale m'occupe tout entier et vous ne vistes jamais de productions plus sages que celles que ma Muse va publier à l'advenir » \
On voit bien qu'il a abandonné les modèles naguère suivis, qu'il ne lit plus Catulle ni son cher Martial. Il feuillette encore) Horace, mais s'arrête de préférence aux pages mélancoliques des odes à Dellius et à Posthume, aux passages qui parlent de la séparation inévitable des biens et des plaisirs d'ici-bas. Il lit surtout Juvénal et Sénèque. Il s'enflamme pour les âpres etj véhémentes invectives du premier contre les puissants et les! riches, il se raidit comme lui à défier la fortune inclémente ;j il se délecte aux tableaux où ce farouche poète oppose aux; turpitudes de la cour de Néron une vie simple, vertueuse et libre. Mais c'est surtout Sénèque qui le passionne ; les déclamations tragiques et philosophiques de ce rhéteur stoïcien sont