Lettre CCLXXXV
maintenant « toute la lecture » de Mainard qui, pour purifier son âme trop longtemps sensuelle aime s'attarder » sous les portiques de Zenon »'. La sagesse païenne Ta conquis. Il ne s'aperçoit pas de la différence profonde qui sépare la morale antique de celle qui découle du dogme chrétien. Certaines réflexions attristées d'Horace, les leçons du stoïcisme, les doctrines de l'Ecriture se mêlent chez Mainard qui n'en retient que ce qu'elles ont de commun concernant le renoncement aux voluptés du monde et la gravité sereine avec laquelle il faut envisager l'entrée dans l'au-delà :
Nous avons beau nous mesnager
Et beau prévenir le danger La mort n'est pas un mal que le prudent évite.
Il n'est raison, adresse, ni conseil, Qui nous puisse exempter d'aller où le Cocite Arrouse des pais inconnus au soleil....
Le cours de nos ans est borné
Et quand nostre heure aura sonné, Cloton ne voudra plus grossir nostre fusée.
C'est une loy, non pas un chastiment,
Que la nécessité qui nous est imposée De servir depasture aux vers du monument2.
Le goût de la pompe et du bruit a passé à Mainard. L'idée de donner à son « désert les restes de sa vie » ne le fait plus souffrir. Ces forêts de Saint-Céré si longtemps insupportables, il les trouve belles ; ces champs, il les trouve plaisants. Il y respire les voluptés secrètes de la solitude ; rien n'y viendra troubler le calme de ses dernières années. « Les ans m'ont changé, le monde m'importune » déclare à ses amis étonnés cet ancien adorateur de la Cour. Il ne souhaite plus d'aller en « ce païs ingrat et dangereux » où le grand mérite est souvent persécuté et l'innocence parfois regardée comme un crime3.
1. Ed. Garriss., t. III, p. 72: « Veux-tu sçavoir comme j'endors »...