‹ Le poète François MainardChapitre 209 sur 375 · Lettre GLXXIX à Le Febvre · texte numérisé non relu

Lettre GLXXIX à Le Febvre

."). Cf. lettres XLII du liv. VII et XXIV du liv. XIV de l'éd. in-f ; et lettre du 23 octobre 1645 dans la correspondance inédite de Balzac, publ. par Tamizey de Larroque, Mélanges tmt., t. I, p. 708. — Cf. aussi lettre CLXXII de Mainard au P. Théron (fin 1642) : Balzac « a esté sur les bords du tombeau, »

tous les Amours1. Ne pensez pas que ces derniers mots viennent du transport de mon esprit ou de l'excès de ma passion ; c'est la sienne que je vous exprime imparfaitement et je ne suis que le triste historien du héros le plus guay et le plus galand qui fut jamais. Si vous ne m'en croyez sur ma parolle voicy de quoy vous persuader, et je vous veux faire part d'un ouvrage qui m'a ravy. » L'ouvrage qui avait suscité l'enthousiasme de Balzac était une pièce amoureuse, une ode que Mainard venait de composer pour la belle Gloris.

Oui, Cloris que dans sa jeunesse le poète avait adorée, la jeune fille qui, brisant ses serments, avait donné sa main à un autre, la femme que Mainard avait plus tard importunée de ses reproches et de ses plaintes. Avec le temps, le dépit que l'inconstance de sa dame avait fait naître dans le cœur de l'amant trahi s'était consumé ; les rancunes de Mainard s'étaient éteintes et le poète avait, depuis plusieurs années, recommencé à poursuivre de ses assiduités l'objet de ses premiers feux. Cloris était devenue veuve et cet événement ranima l'espoir presque évanoui du poète de voir ses vœux enfin exaucés. Maintenant que la belle était déliée des obligations du mariage, sans doute elle se rendrait à ses prières. Puis, comme la vieillesse avait dépouillé la passion de Mainard de sa fougue première, le poète prit son temps avant de presser de nouveau Cloris, affligée par son deuil récent. Il savourait à cette heure le singulier plaisir de voir en peine celle qui l'avait cruellement fait souffrir et se délectait à contempler le visage charmant de l'aimée, d'une beauté nouvelle sous les larmes qui le baignaient :

Ne croyez pas, Cloris, que je me lasse De voir durer l'excez de vostre dùeil : Quelle Artemise a de si bonne grâce Lavé de pleurs le marbre d'un cercueil?

Que vos soupirs font d'aimables orages ! Je voudrois mal à la raison des sages, Si vostre esprit en estoit consolé.

1. En écrivant ces lignes, Balzac s'est souvenu de l'ép. 13 du liv. XI de Martial.

Vos déplaisirs ont je ne scay quels charmes Par qui mon cœur se trouve ensorcelé, Tant la douleur est belle dans vos larmes1.

La mort de la femme de Mainard supprimait le dernier obstacle qui aurait pu empêcher la jolie veuve de répondre aux soupirs de son adorateur. Leur juvénile liaison avait été troublée; les hasards delà vie avaient séparé leurs existences. Mais à cette heure ils se retrouvaient libres, disposant à leur gré de leur personne. Après mille traverses, l'union qu'ils avaient projetée pouvait se réaliser. Pour être plus pure, la flamme de Mainard n'était pas moins vive que jadis, et, à soixante ans, il était aussi épris qu'il l'avait été à trente. Les cheveux argentés de Cloris faisaient une auréole plus douce à ses traits toujours aimables et tout son aspect démentait le mot injuste jadis échappé à Balzac qu'il ne saurait y avoir de belle vieille2. La constance des feux de Mainard devait assurer à Cloris qu'en liant sa destinée à la sienne, celui-ci ferait tout pour la rendre heureuse. Quant au poète, c'aurait été une douce consolation pour lui de voir, au déclin de son âge, sa passion récompensée... Et puis Cloris était un beau parti. Mainard l'avait avoué à Balzac et celui-ci de le dire spirituellement à Chapelain : « Scachez, au reste, Monsieur, que ses amours sont chastes et légitimes et que Cloris ne porte pas tout son argent sur la teste : elle en a dans ses coffres pour accommoder les affaires de nostreamy" ». Or on sait si le pauvre président en avait besoin ! C'était donc, pour nous servir des expressions de Balzac ', « la passion conduite et employée par le jugement » qui guidait Mainard. En proposant poétiquement le mariage à la belle vieille, il montrait bien que le secret si rare d'aimer et

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