Ed. Garriss., t. III, p
2. An xvii' siècle, le mot ne signifiait pas toujours jeune fille, mais souvent voulait dire femme de bonne mais ni.
3. Cf. lettre 30 du liv. XVII de Balzac à Chapelain. La date 20 décembre 1630 en est probablement erronée.
victorieuse de toutes les autres ». Après avoir piqué la vanité de Cloris, l'épistolier se mit en devoir d'exciter sa jalousie, en lui confiant que d'après les nouvelles reçues de la Cour, il s'y trouvait une veuve qui assurait que c'est à elle qu'appartenaient les stances amoureuses de Mainard. « Je vous souhaite, terminait-il, à l'un et à l'autre une longue et parfaite félicité, à la charge que cette helle vie sera tousjours fertile en heaux vers, et que le prophète ne s'assoupira pas de telle sorte entre les bras de la nymphe qu'il y oublie à prophétiser. Il faut qu'il rende des oracles à l'accoustumée et qu'il chante ses contentemens comme il a chanté ses espérances. Mais il faut pour cela que vous disiez oui. Il ne tiendra donc qu'à vostre consentement que nous n'ayons bien-tost vostre épithalame, et je vous demande au nom de toute la France un poème qui ne se peut faire sans vous 1 ».
Ce n'étaient pas seulement des confidences amoureuses que notre auteur épancha dans le sein de son ami ; il lui fit part aussi de ses intentions de se rendre à Paris pour y gagner au moyen de ses vers les faveurs des nouveaux dieux. Certes, ce ne fut que mollement que Yermite le détourna de ce projet. Lui aussi, dans sa campagne distante de huit grandes journées « du monde poli », regrettait parfois de vivre parmi les « sauvages », et, bien qu'ayant prôné les charmes de son désert, trouvait, à certaines heures, que a les plus belles solitudes sont celles qui sont les plus proches de Paris2 ». Eloigner Mainard de son dessein de flatter à nouveau les puissants ! La conviction lui manquait pour jouer ce rôle de moraliste sévère, lui qui, tout récemment, avait tâché de se faire bienvenir de la nouvelle Cour. N'avait-il pas fait présenter, en janvier 1644, un discours flatteur à la reine régente 3 ? N'avait-il pas fait
1. Cf. lettre 19 du livre XV, 20 août 1643. Cette date semble bien être sujette à rectification. En effet, d'après les missives déjà mentionnées du 27 juin et du 4 juillet 1644, on voit qu'à cette époque seulement Balzac connut la passion de Mainard pour Cloris. L'épitre en question a fort probablement été écrite pendant l'été de 1644.