‹ Le poète François MainardChapitre 22 sur 375 · o. e., t. VIII, p · texte numérisé non relu

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.1 Saint-Poney (o. c, II, 435) nous présente le sieur Amant enseignant la musique à Usson, aux pages, demoiselles et enfants de chœur de Marguerite, mais il n'appuie pas de preuves son allégation. — CI', pour Jes gages de M. Amant, maître de musique, pour le quartier d'octobre-décembre 1008, Arch. Nat., KK 179, l'°* 8-9. Les maîtres de luth « Jacques et son compagnon » reçoivent, en juillet 1008, vingt écus. Arch. Nat,, KK 179, f 24.

M LE POÈTE Eli. MATNARD

les faire discourir. Dans ces réunions, Marguerite se faisait appeler Vénus Uranié pour mieux marquer la nature élevée des débats qu'elle dirigeait. Nombre d'écrivains dont les noms pour la plupart ont sombré dans l'oubli prirent part à ces assemblées. Claude Billard qui raconta en vers les péripéties du Voyage de la royne à Boulogne'; les avocats Jacques Corbin2 et Jean d'Alary- qui s'étendirent sur les vertus de cette « perle unique » et célébrèrent sur le mode dithyrambique la venue de la reine à Paris et sa rencontre avec son ancien époux; Scipion Dupleix qui traduisit à son intention une partie delà philosophie d'Aristote et qui, plus tard, pour être agréable à Richelieu, déversa des injures sur sa bienfaitrice4; le ridicule poète Maillet' que Mainard déchira cruellement dans ses épigrammes; la demoiselle de (iournay à qui, comme à Coefïeteau ", son aumônier, la reine allouait cinquante écus par trimestre.

C'est chez Marguerite que Mainard se lia pour la vie avec un autre poète, le provençal Laugier de Porchères, plus âgé que lui d'une dizaine d'années e( qui devait lui survivre. Après ses pérégrinations à Bordeaux et à Paris, Porcbères passa en

1. Paris, 1605, in-S. Cf. Lachèvre. Bibliogr. des rec. collectifs, l, 110. —Claude Billard, seigneur do Courgency, conseiller <-l secrétaire des commandements de la reine Marguerite, est né à Souvigny, prés de Moulins, vers Kilo H est mort en 1618.

2. La Royne Marguerite où sont descrites la noblesse, la grandeur de ceste grande Princesse, sa beauté, ses vertus... par Jacques Corbin, advocal en Parlement. Paris, lOO.i, Ln-18. V. sur lui Goujet, Biblioth. fr., XV. p. 30. — Corbii] est l'auteur de quelques petits romans entremêlés de vers : Les Amours de Philôcaste, Paris, 1601, in-12; Le martyre d'amour, Lyon, 1603, in-12; Les Trophées île l'amour, Paris, 1604, in-12, etc.

3. On a de ce poêle toulousain un Recueil de récréations poétiques, Paris, in-12,

i. Cf. Saint-Poney, o. c, II. 125.

.">. Saint-Amant l'appelle « le fou de la reine Marguerite, o Les Poésies du s' de Maillet à la louange de la reine Marguerite, Paris. 1611, in-12. Autre édition 1612, petit in-8°. Cette neine étant morte en 1615, le famélique poète dédia la réimpression de 1616 (Bordeaux, in-12") de ce volume à une autre protectrice. Cf. Lachèvre. Bibliogr. des rec. coll., I. Il, p. 350.

6. Cf. pour Mademoiselle de Gournay et Coeffeteau l'état de la dépense faite au quartier d'octobre-décembre 1608, Arch. Nat. KK 17'.), f" 8-ù. — Coeffeteau mentionné aussi en-jànv. 1608 (ibid, î" 6) et janv. 1610 (KK 180 f III verso). — Mademoiselle de Gournay semble avoir loué un immeuble à la reine, car à la date du 2 mars 1009 on lit (KK 180, f' Il verso) : « Le dict jour payé à Mademoiselle de Gourné la somme de vingt eseus pour son louage de quatre mois. » Elle ne figure plus sur les états de 1010 ».

MAINARD A LA COUP, 4.1

Savoie à la cour de Charles-Emmanuel, qu'il appelle son « maître » clans des stances sur les Courses et la Pastorale du Parc, faites à Turin, devant son Altesse \ Il accompagna le duc dans le pèlerinage à pied que celui-ci fit à Notre-Dame de Mondovi et lui prodigua de chrétiennes consolations à l'occasion de la mort de son fils aîné, Philippe-Emmanuel, prince de Piémont, mort le 9 février 1605, à l'âge de dix-neuf ans -. Revenu en France, Porchères fut bien accueilli par Marguerite. Ce poète courtisan, ne se souvenant plus des pièces qu'il avait faites pour vanter le charme des yeux et la splendeur de la chevelure de Gabrielle d'Estrées, avait brusquement changé de ton à la mort de cette favorite'. 11 fit honte au roi de ses « vices )), de ses « sales amours » avec cette « infâme Laïs », cette « impudique Flore », l'adjura de se laver comme David « en l'eau de repentance » et osa lui parler de fidélité et d'amour conjugal. Ces stances durent particulièrement plaire à Marguerite qui, abhorrant sa rivale, traînait en longueur la dissolution de son mariage, pour ne pas céder sa place à cette « bagasse '• » .

A l'hôtel de Sens, comme à Usson et à Nérac, l'amour était le sujet de conversation qui revenait le plus souvent sur le tapis'. Le plus illustre des hôtes de Marguerite, le fameux

1. Pellisson et d'Olivet, Hist. de l'Académie, éd. Livet, I. I, p. 183, note. — Tallemant des Réaux, Historiettes (éd. citée), t. IV, pp. 321-3M. — Goujet, Biblioth. fr., t. TV, pp. xvi, 169-171. Les stances su/- les <-<>urses ei lu pastorale du Parc parurent pour la première l'ois dans les Muses ralliées de 1603, et'. Lachèvre, o. c, L I, pp. 278 et suivantes.

2. L'Estoile reproduit dans son Journal(éd. c., chap. .XI, pp. 160-193) les stances de Porchères « sur la mort du filz ayné du due de Savoy » et celles faites « à nostre Dame de Mondevis, où son altesse fil un pèlerinage à pied. » Celle pièce nous semble inédite ; la premier»1 esl insérée dans le Parnasse françois de 1607, t. II.

3. « Stances par sixains sur la mort de Madame Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort et marquise de Monceaux », dans l'Estoile, Mémoires-Journaux, XI, pp. 164 et suivantes. — Porchères semble avoir joué double jeu, en composant d'une part ces stances destinées à être lues par Marguerite et en exprimant d'autre part, au nom du roi, des /tef/rels sur lu mort de Madame la duchesse publiés dans le Parnasse de 1607 (I, 372).

\. Lettre île Marguerite à Sully du 29 juil. Iîi99 reprod. p. Mongez, u. c, p. 37.').

5. En parlant de la cour de Nérac, Sully dit : « cette cour était douce et plaisante. . . on n'y parloit que d'amour, » cité par Victor du Bled, Lu société française du XIIe siècle au XX' siècle. Paris, 1905, Ie série, La cour de Henri IV,

44 le poète rn. maïnard

abbé de Tiron, Philippe Desportes, était par ses déclarations et ses lamentations versifiées dûment qualifié pour disserter sur cette brûlante matière. A l'époque où, ne possédant aucune prébende, il n'était que le fringant compagnon du duc d'Anjou, Desportes avait raconté à mots couverts certaine aventure d'alcôve dont Marguerite avait été l'une des héroïnes1. Depuis il avait joui, selon les mauvaises langues, des faveurs de la reine de Navarre, et s'était tellement initié à l'histoire amoureuse de cette princesse, qu'il en avait fait une rédaction « en chiffres », dont du Yair, malgré ses instances, ne put obtenir communication J. Dans ses visites chez cette grande dame aux pieds de laquelle il avait jadis déposé ses hommages, Desportes était accompagné de son neveu, Mathurin Régnier3. Cet excellcnl satirique, si réaliste dans ses portraits, donnait parfois lui aussi dans les fadaises ;i la mode. Tout comme son oncle, l'amant de Diane, i'Hippolyte et de Cléonice, Régnier rimait des « élégies zélotypiques », où il laissait éclater sa flamme, suppliait sa belle d'être moins inhumaine et mourait sans cesse par métaphore. Ces deux écrivains, à la réputation consacrée, se prirent d'amitié pour le secrétaire de Marguerite. Desportes qui se plaisait à faire profiter ses confrères de ses trente mille livres de rente, ne manqua pas de convier à sa campagne ce jeune homme dont les débuts étaient remplis de promesses. A Vanves, l'amphytrion était d'une amabilité rare, et, à l'encontre de la plupart des gens de lettres, dune bienveillance extrême non seulement envers les talents naissants, mais à l'égard des moindres rimailleurs. Sa table était exquise, et Mainard qui savait apprécier la bonne chère et les vins fins, dut faire honneur à ces dîners au sujet desquels les contemporains nous ont laissé d'unanimes éloges'.

1. Michiels, Introduction à son édition des Œuvres de Desportes, p. XVIII-XX et Desportes. Adventure première {Elégies, liv. II, p. 307).

2. Lettres de Peiresc aux frères Du Puy, publ. p. Tamizey de Larroque. 1. 1, p. 193.

3. L'identification de dame Frédégonde dont Régnier se moque à la fin de sa sat. IV avec la reine Margot, est des plus contestables. Elle ne repose sur aucun fondement solide. Il est étonnant (pie M.Vianey y ait ajouté foi. (Mathurin Régnier, Paris, 1890, p. 20).

4. Cf. ce qu'en dit Scévole de Sainte-Marthe, cité par Sainte-Beuve, Tableau de la poésie franc, au XVI siècle, art. Desportes.

MAINARD A LA COUR 45

Il dut souvent rencontrer dans cotte maison de plaisance du riche abbé de Tiron un autre maître du Parnasse français de l'époque, Jean Bertaut, aumônier de Marie de Médicis, et, à partir de mars 1606, évêque de Séez. Émule et non rival de Desportes qui avait présenté ses essais poétiques à Ronsard ', il garda toute sa vie un inaltérable dévouement à son ami et fut toujours très lié avec Matliurin Régnier qui lui fit hommage de sa Ve satire.

Bertaut et Desportes, voilà les deux maîtres tout d'abord suivis par Mainard. Dans ses chansons, ses plaintes d'inconstance, ses assurances de fermeté, il reprendra les thèmes sur lesquels ces deux galants abbés avaient exécuté tant de variations et de fioritures, et tâchera de faire passer dans ses productions les images et même les expressions dont ils avaient abusé.

C'est à ce moment de la vie de Mainard qu'il faut reporter la composition d'un ouvrage qui diffère, par de nombreuses particularités, de ses autres publications. « En sa jeunesse, nous dit Pellisson", il vint à la Cour et fut secrétaire de la reine Marguerite, aimé de Desportes et camarade de Régnier. Il fit alors, un long poème en stances, qu'il intitula Pliilandre, de la manière de celui de M. d'Urfé et des Changements de la Bergère Iris de Deslingendes ». On n'a pas accordé à ce témoignage précis l'examen attentif qu'il mérite. La date tardive de la première édition connue de ce poème — 1619, à Tournon — a induit en erreur beaucoup d'historiens littéraires. Certains d'entre eux3 ont avancé que ce fut seulement en Auvergne, où il exerçait la charge de président au présidial d'Aurillac, que Mainard mit en œuvre cette enfantine idylle et prit la peine de nous apitoyer sur le triste sort d'un naïf berger, trop vite oublié par une volage bergère.

1. Cf. YÉlègie sur les Œuvres de M. Despories par Bertaul (éd. Chenevière, p. 514).

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