‹ Le poète François MainardChapitre 225 sur 375 · Cf. lettres XXXVIII et CCXXXVI · texte numérisé non relu

Cf. lettres XXXVIII et CCXXXVI

4. « Il fit encore un voyage à la Cour sous la régence de la reine Anne d'Autriche et c'est là que je l'ai vu et connu », dit Pellisson, éd. c, t. I, p. 199,

amitiés. Plus d'une fois, Pellisson assista aux leçons de correction grammaticale que le vieux poète donnait à son fils Charles. Souvent encore il fut témoin des remontrances faites par Mainard au jeune avocat qui délaissait le code pour les lettres, abandonnant ainsi un métier fructueux pour une carrière décevante i.

L'Académie travaillait à ce moment au Dictionnaire de la langue française, avec cette nonchalance si plaisamment raillée par Boisrobert dans son Epître à Balzac :

Depuis six ans dessus l'F on travaille

Et le destin m'auroit fort obligé

S'il m'avoit dit : « Tu vivras jusqu'au G ».

Parfois Mainard prenait la parole pour défendre des vocables sur lesquels s'acharnaient certains académistes, avec une fureur semblable à celle qu'avait témoignée naguère Gomberville en pourchassant la conjonction car. C'est grâce

Au vieux Maynard le satyrique A Silhon le mélancholique Au janséniste de Bourzay

et à quelques autres membres du corps chargé de par ses statuts du soin de veiller à la correction et à l'embellissement de la langue, que furent maintenus certains mots ou expressions : un quidam, néanmoins, un tel, ledit, d'autant, partant,, cependant, etc., qui, au goût des puristes, sentaient le Collège ou le Palais3. C'est ce que nous apprend Ménage dans cette fameuse

1. C'est le souvenir de ces entretiens qui inspira à Pellisson une épigramme sur Mainard que Labouïsse-llochefort a reproduite, o. c, p. 55.

2. La sixième des Espislres du sieur Boisrobert Melel, abbé de Chastillon, Paris, 1047, in-4° est une réponse à YEpistola ad Clarrissimum et révérend issimum antistitem Metellum de Bosco-Roberto, adressée en janvier 1646 par Balzac à « l'abbé comique ». Les vers suivants qui annoncent à Balzac que Flotte

Chante Mamure et dit qu'avant l'esté En plein Pont-neuf on le verra chanté

prouvent que Boisrobert composa son épître non vers 1643, comme le prétend M. Petit de Julleville (Hist. de la litt. franc, t. IV, p. lo7), mais au cours du printemps de 1646. — Quoique le recueil d'Epitres soit daté de 1647, l'impression en était achevée le 21 juillet 1646.

3. Cf. Brunot, dans Y Hist. gén. de la litt. franc, de Petit de Julleville, t. IV, Hist. intérieure de la langue. L'Académie.

Requête des Dictionnaires composée vers 16351, retouchée à plusieurs reprises- et qui devait fermer à son auteur les portes de l'assemblée. C'est Ménage encore qui nous rapporte les reproches que le vieux poète, étranger au mouvement que la langue avait accompli pendant son long séjour en province, recevait même de la part de ses amis — l'exigeant Faret était peut-être du nombre — au sujet des mots hors d'usage dont il se servait'. Il résistait à leur critique et ne voulait pas tenir compte de leurs observations. Si ses productions étaient surannées, leur répliquait-il, l'Age l'avait rendu incapable de mettre sa langue dans « les justesses si régulières » auxquelles ils pensaient l'astreindre '. Enfin, fatigué de discuter avec eux, il leur envoyait en guise de riposte ce quatrain mélancolique :

En cheveux blancs, il me faut donc aller Comme un enfant tous les jours à l'escole. Que je suis fou d'apprendre à bien parler Lorsque la mort veut m'oster la parole \

Les discussions sérieuses de l'Académie formaient pour Mainard un piquant contraste avec les entretiens plus frivoles du cercle de Mmede Choisy dont la « ruelle illustre », au faubourg Saint-Germain, était le rendez-vous des précieuses de marque de l'époque.

1. Cf. Fabre, o. c, p. 165. — V. la lief/uète des Dictionnaires dans les Miscellanea de Ménage, Paris, 1652; dans YHist. de l'Acad. franc., de Pellisson, éd. Livet,etc.

2. Ainsi il y fait allusion à la harangue prononcée par Patru, lors de sa réception, le 3 septembre 1640. — En 1040 circulaient de nouvelles copies de la Requête de Ménage, cf. Lettres inéd. de Balzac, des 12 et 19 mars de cette année et les notes de Tamizey de Larroque, pp. 752 et 706 de cet ouvrage. De tons les académiciens dont Ménage s'était moqué, il n'y eut que l'abbé de Boisrobert qui s'en fâchât sérieusement. Il est vrai que les plaisanteries scabreuses débitées sur son compte étaient de nature à lui nuire dans la considération du public.

3. Menagiana, éd. de 1715, t. II, pp. 314-315. — Tel n'était pourtant pas l'avis de Boisrobert. En rendant compte à Balzac (JEpitres, Paris, 1647, p. 30), des travaux des académiciens, il lui parle de Mainard en ces termes :

Ton vieux Ménard, ce merveilleux génie Nous y fait voir sa i\luse rajeunie Qui sous la presse augmente sa vigueur Et qui des ans mesprise la rigueur.

Nouvelle preuve que YEpître VI à Balzac n'est pas, comme on l'a dit, de 1643, attendu qu'à cette date Mainard n'était pas à Paris.

4. V. dans le t. III de l'éd. Garriss., les lettres-dédicaces à Séguieret à Mazarin du volume de 1646 de ses Œuvres.

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