‹ Le poète François MainardChapitre 232 sur 375 · fbid.,i") mai · texte numérisé non relu

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que je ne voulusse faire pour le cher président quelque chose déplus difficile qu'une préface... Mais à l'heure que je vous parle, je suis si las et si accahlé des travaux passés que si vous mesme m'en vouliez ordonner quelque nouveau, non sine indignatione tibidicerem: Qnem dasfinem, Cappelanelaborum? »\ Comprenant qu'il n'aboutirait à rien en insistant auprès de l'épistolier, Mainard s'adressa au romancier Marin Le Roy de Gomberville qui fut heureux de recommander au public l'ouvrage d'un ami de jeunesse *".

La particularité la plus frappante de ce volume est la présence dans certains exemplaires d'une lettre-dédicace au chancelier Séguier, tandis qu'en tête d'autres exemplaires figurent [uelques pages dans lesquelles l'auteur déclare à Mazarin qu'il lui fait hommage de ses productions \ Nécessairement le poète it faire deux tirages de l'introduction de son volume, renferlant soit l'une, soit l'autre de ces dédicaces, ce qui entraîna des changements dans la disposition des pièces liminaires et même l'omission de certaines d'entre elles.

Son livre décèle une égale préoccupation de complaire à Séguier et à Mazarin. Comme la métrique ne s'y oppose pas et que son intérêt le demande, le poète remplace dans certains vers Armand par Jules pour présenter au nouveau premier

1. Noter qu'à partir d'avril 1645 jusqu'à la mort de Maiuard, les lettres de Balzac à Chapelain contiennent de nombreux traits à l'adresse de notre auteur. Même, le 18 décembre 1645, l'épistolier ne s'interdit pas de le blesser directement dans une lettre (la 18e du livre XV, Œuvres complètes), où, se plaignant de ses insomnies, il requiert l'aide du poète pour conjurer le Sommeil de le visiter. Si le dieu Somnus s'obstine dans ses rigueurs, que Mainard le menace « de luy oster tous les honneurs qu'il a receus de la nation des poètes, depuis le règne d'Orphée jusqu'à celuy de Ms. de Grasse ». C'était toucher Mainard au point sensible ; on a déjà vu qu'i] ne souffrait pas qn'on élevât Godeau à ses dépens (cf. ch. V, § I). Il s'en plaignit à Claude Girard qui fit part à Balzac du mécontentement de son ami ; mais l'épistolier qui était rancunier avait tenu à se venger. Aussi réplique-t-il à l'official d'Angoulème (1. 34 du liv. XVT, 20 nov. 1646, Œuvres, éd. in-f) : « Quoy que veuille dire vostre poète présomptueux, je ne me sçaurois repentir d'avoir dit, depuis le règne d'Orphée jusqu'à celuy de Ms de Grasse. Personne ne peut disputer à cet excellent prélat, la couronne de Parnasse », etc.

2. Mainard adressa à l'auteur de Polexandre un sonnet (éd. Garriss., t. III p. 243) et une épigramme (Durand-Lapie et Lachèvre, Deux homon., p. 92).

3. Garrissôn a reproduit, en tète du t. III de son édition, la lettre dédicace à Séguier et en note (p. 316) celle à Mazarin,

ministre des pièces qu'il avait adressées à son prédécesseur1. Dès son arrivée à Paris, Mainard adressa au Cardinal des panégyriques sous forme de sonnets. En septembre 1645, lors de la nomination de Mazarin à l'emploi de surintendant de l'éducation du petit Louis XIV, notre auteur éleva aux nues « l'esprit puissant », la pénétration et les « prudens avis » du grand « Cléon 2 ». Il célébra encore le goût de Son Eminence pour les livres; son palais rempli « du travail des scavants3 », sa riche bibliothèque formée par Gabriel Naudé et ouverte aux gens de lettres. Au moment de la représentation, au Petit-Bourbon, de la Festa teatrale délia fînta pazza, il fit parvenir au Cardinal, introducteur de l'opéra en France, un sonnet « sur les machines de la comédie italienne '' ». De même que l'avait fait Corneille, dans la dédicace de Pompée, Mainard exalta l'hypothétique origine romaine de Mazarin '. Quant à Séguier, le poète le félicite d'avoir triomphé des complots des « âmes insensées 8 » qui voulaient ramener dans le pays l'ère malheureuse des troubles

1. Ainsi .les épigr. : Jules loin de l'aimable cour... Que l'art d'Apollon est

beau Divin homme à qui mes rivaux // faudra que mon cuisinier éd.

Garriss., t. III, pp. 61, 72, 84 et 94 sont adressées dans le ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f 229, 215 verso, 219 et 232 à Richelieu.

2. Ed. Garriss.. t. III, p. 13. —Ce sonnet porte dans les Elogia Mazarini, 1666, le titre]: « A Mazarin, surintendant de l'éducation du Roy » (cf. Lachèvre, Bibliogr. des rec. collect., t. III, p. 445). — Sur l'élévation de Mazarin à cette dignité, v. Chéruel, Hist. de France pendant la minorité de Louis XIV, Paris, 1879, t. II, pp. 113 et s.

3. Ibidem, t. III, p. 49. Ce sonnet figure dans les Elogia Mazarini, sous le titre : « A Mazarin sur sa bibliothèque » (cf. Lachèvre, /. c).

4. Ibid., t. III, p. 8. — Voiture adressa lui aussi un sonnet au cardinal Mazarin sur la comédie des Machines (éd. Ubicini, t. I, p. 313 ; l'éditeur date cette pièce de 1647 ; en ce cas elle viserait Orphée et Eurydice, opéra joué en cette année, ou la reprise de la Festa teatrale). Deux feuilles faisant partie du ms. F. fr. 24447 de la Bibl. Nat., portant chacune au bas du recto la mention : Paris, de l'imprimerie d'Augustin Courbé, au Palais et la signature de Mainard, contiennent l'une ce sonnet et l'autre celui A Mazarin sur sa bibliothèque. Il est probable que Mainard dut user du même procédé pour présenter à Séguier, à Richelieu, etc., les vers qu'il leur dédiait.

5. Cf. les sonnets à Mazarin et à la reine, éd. Garriss., t. III, pp. 7 et 11. — Un sonnet à Mazarin : Héros dont le génie étonne les humains, reproduit par M. Lachèvre, Bibliogr. des rec. collect., t. III, p. 758 d'après le Recueil de poésies chrestiennes et diverses de La Fontaine, 1671, manque dans les Œuvres de 1646. — Mainard distribue encore des louanges à Mazarin dans le sonnet de la p. 29 du t. III, de l'éd. Garrisson.

6. Allusion à la cabale des Importants, brisée en septembre 1643. — V. ce sonnet, éd. Garriss., t. III, p. 18.

civils ; il tâche de persuader au Parlement, dont les démêlés avec le chancelier devinrent tout à fait aigus en mars 1645, que le ministre « n'a devant les yeux que le bien de l'Etat » et n'appuie jamais un « injuste conseil' ». Enfin, en dépit de ce que rapportaient les mauvaises langues sur l'avarice, les « pillauderies espouvantables », l'avidité de louanges et les vices honteux du chancelier2, Mainard chante sur un ton dithyrambique la modestie, la générosité et « la vertu antique » du « tuteur des lois4 ».

Vers flatteurs et épîtres adulatrices n'avancèrent pas beaucoup le sort de Mainard. Séguier et Mazarin furent-ils froissés du procédé de notre écrivain, de leur faire partager l'hommage du même volume ? Leur avarice les empêcha-t-elle de récompenser, selon son mérite, leur thuriféraire? Crurent-ils bon de ne pas prodiguer des largesses à un poète qui ne se recommandait que de son talent? Notons qu'à part les affaires de l'Etat, le chancelier ne s'intéressait qu'aux ouvrages de science et d'érudition et le cardinal qu'aux écrits politiques. Toujours est-il qu'en dehors des menues gratifications semblables à celles qui lui avaient déjà attiré de trop chaleureux remerciements de la part de notre auteur, Séguier ne lui témoigna pas de particulière bienveillance. Mainard ne réussit pas mieux auprès de Mazarin. Par malheur pour Mainard, l'académicien Silhon, le secrétaire du Cardinal, fut gravement malade pendant l'été de 1646 et ne put intercéder en faveur de son ami1. Son Eminence se contenta de lui faire cadeau de mille livres 5 et peut-être de faire accorder à Charles, le fils aîné du poète, le titre de

1. Le Parlement de Paris prit à ce moment fait et cause pour le peuple à propos des édits concernant « le toisé de maisons ». — V. le sonnet de Mainard au Parlement, éd. Garriss., t. III, p. 34.

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