Cf. Lettres inéd. de Balzac, 12 décembre
3. Ve d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, livre III, chap. V. Les intendants.
plus embarrassé que jamais dans ses propos comme dans ses gestes. Il s'était toujours laissé prendre à la glu des belles paroles. Etait-ce l'âge qui alourdissait son esprit, était-ce le décor brillant du Palais-Royal qui le déconcertait? Sa maladresse et sa simplicité1, ou pour mieux dire sa candeur, s'étaient accrues. Parfois, il était bien forcé de s'avouer que n'ayant rien d'un Boisrobert ni d'un Bautru et ne sachant pas tendre la main avec grâce ni avec à propos, il devait s'interdire tout espoir de faire fortune à la Cour. Mais, à ces heures troublées, ses amis, soit par affection mal entendue, soit par aveuglement, lui donnaient bon courage et Balzac lui-même qui s'étonnait dans ses lettres familières à Chapelain que le cher président courût les antichambres 2, appelait à son aide toutes les figures de sa verbeuse rhétorique, pour réconcilier Ménandre « avec cette bonne déesse, la pieuse et charitable espérance qui n'abandonne jamais les malheureux, non pas mesme après le naufrage, non pas mesme dans les chaisnes, non pas mesme sur l'eschaffaut » \ Mainard continuait donc à espérer et à faire sa cour aux grands, pour se livrer à des réflexions amères le jour qu'il s'apercevait avoir été une dupe de plus « au pais de la fraude » et des « pièges dorés ». Même, on doit bien l'avouer, il y a de la naïveté dans ses plaintes contre les imposteurs qui l'ont abusé :
Le front impérieux et l'orgueilleuse pompe D'un heureux imposteur incommode mes yeux, Et je ne puis souffrir qu'un favory me trompe Après l'avoir assis entre les demi-Dieux.
Les imprécations fougueuses de Juvénal '* contre les puissants
.... ces âmes de boue Que la Fortune élève au plus haut de la roue Lorsqu'elle est en humeur de se mocquer de nous,
1. V. ce que dit à ce sujet Balzac, Lettres inéd., 25 juin 1646.